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Comment Michelin a réduit les émissions de particules de ses pneus
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Comment Michelin a réduit les émissions de particules de ses pneus

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Alors que la norme Euro 7 entrera en vigueur en 2028 afin de limiter les émissions de particules d’usure des pneumatiques, Michelin travaille depuis des années à la réduction du phénomène d’abrasion. Au point que ses pneus émettent déjà aujourd’hui 26 % de particules en moins que ceux des quatre autres manufacturiers premium, selon une association automobile indépendante.

Michelin a réduit de 5% ses émissions de particules d'usure entre 2015 et 2020, évitant le rejet de 100 000 tonnes de particules — Photo : Michelin

En cours d’élaboration, la réglementation Euro 7 va introduire pour la première fois en Europe des limites sur les émissions de particules d’usure qu’émettent nos pneumatiques. Ces particules fines sont une source de pollution pour l’environnement. Chaque année, le transport routier en génère près de 500 000 tonnes en Europe. Des seuils d’émission, encore non fixés, viendront d’ici juillet 2028 conditionner la mise sur le marché des nouveaux pneumatiques.

Une méthode de test en laboratoire contestée

Pour l’heure, c’est la méthode de test utilisée pour calculer ces émissions qui est au cœur de toutes les attentions. Début septembre, alors que les experts internationaux chargés d’établir les règles se réunissaient à Genève, le groupe Michelin est monté au créneau pour défendre une méthode exigeante, basée sur "les conditions réelles de transport sur route" et dénoncer celle reposant sur des simulations en laboratoire qui comporte des "risques majeurs" non seulement "économiques, en favorisant l’importation de pneus à bas coût et peu innovants en Europe ; mais aussi environnementaux, en affaiblissant considérablement l’efficacité de la réglementation Euro 7". Car, si cette méthode en laboratoire est moins coûteuse, elle est surtout "beaucoup moins fiable", alertent Michelin et d’autres fabricants européens.

Les experts ont reporté à février 2026 leur décision sur la méthode à retenir mais Michelin s’illustre déjà dans cette réduction des particules. Selon l’ADAC, association automobile allemande indépendante, les pneus Michelin émettent en moyenne 26 % de particules en moins que ceux des quatre autres manufacturiers premium : Bridgestone, Continental, Goodyear et Pirelli.

786 millions investis dans la R & D

Des résultats qui sont le fruit de 20 ans de travail. "Nous avons conscience que nos pneus laissent de la gomme dans la nature. Notre responsabilité, en tant que fabricant, c’est de limiter cet impact sans toucher à la sécurité. Cela va de pair avec une meilleure longévité des pneus et une consommation minimale de matières premières. Tout se combine dans notre démarche d’écoconception", précise Cyrille Roget, directeur de la communication scientifique et de l’innovation du groupe Michelin.

Ainsi, le manufacturier auvergnat a réduit de 5 % ses émissions d’usure entre 2015 et 2020, évitant le rejet de 100 000 tonnes de particules. Pour y parvenir, Michelin opère des choix technologiques et investit massivement en R & D. Le groupe a consacré en 2024, 786 millions d’euros en R & D afin notamment d’améliorer la maîtrise des matériaux et l’optimisation des ressources. "Nous avons beaucoup travaillé les gommes, c’est-à-dire les polymères que nous utilisons et combinons à d’autres ingrédients comme la silice, le noir de carbone. Nous mettons moins de matière dans nos pneus pour les rendre plus légers et avons introduit de nouveaux types d’élastomères créés chez Michelin", illustre Cyrille Roget.

Travail sur le design du pneu

Le procédé pour mélanger les différents matériaux est lui aussi primordial. "Nous introduisons des procédés très innovants qui permettent d’obtenir des gommes beaucoup plus dispersées, donc plus fines qui s’usent beaucoup moins vite", explique l’expert avant de poursuivre : "Nous arrivons à associer des performances à la fois en adhérence, indispensable pour la sécurité, de résistance au roulement et de résistance à l’abrasion, ce qui veut dire moins d’émissions de particules".

Autre facteur clé, le design des pneus. "Nous avons travaillé le dessin que vous voyez sur la bande de roulement. Ce qu’on appelle la sculpture du pneu, les petits canaux avec les coupures sur le dessus qui permettent d’évacuer l’eau sur la route. Nous avons conçu des sculptures nouvelles et complexes qui combinent évacuation de l’eau et résistance à l’abrasion. Cette innovation est rendue possible par l’impression 3D métal d’une partie des moules utilisés pour la cuisson de nos pneus", explique le directeur de la communication scientifique et de l’innovation de Michelin.

Des progrès notables

Et les progrès sont notables, y compris sur les gammes équipant les véhicules sportifs. Le nouveau CrossClimate 3 Sport réduit ainsi les émissions de 23 % par rapport au Pilot Sport 5. Mais Michelin ne compte pas relâcher ses efforts. "Nous sommes confiants sur le fait que nos pneus répondront aux seuils de la réglementation Euro 7. D’ici là, nous allons identifier tous les produits qui ne passeraient pas", assure Cyrille Roget.

Bibendum s’est aussi associé au CNRS pour imaginer des pneus qui émettent des particules bio assimilables par la nature. Objectif ultime pour parvenir à un pneu vertueux.

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