Syntetica rejoint le Centre des Matériaux Durables de Michelin pour s’industrialiser
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Syntetica rejoint le Centre des Matériaux Durables de Michelin pour s’industrialiser

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Grand oublié du recyclage, le nylon pourrait faire une irruption remarquée dans l’économie circulaire grâce à la collaboration annoncée le 21 mai entre Syntetica et le Centre des Matériaux Durables (CMD) de Michelin à Clermont-Ferrand. Un partenariat pionnier pour recycler à l’échelle industrielle des textiles mélangés riches en nylon.

Marco Bertone et Louis Monsigny, cofondateurs de Syntetica vont s’appuyer sur l’expertise industrielle de Michelin — Photo : Syntetica

Une maille filée ou plutôt une faille de marché, c’est ce à quoi s’attaque la cleantech rémoise Syntetica, fondée en novembre 2023 par Marco Bertone et Luc Monsigny. Son procédé chimique breveté de dépolymérisation à basse température, s’avère capable de traiter des textiles mélangés riches en nylon sans pré-tri préalable, pour restituer du Nylon 6 et du Nylon 6,6 recyclés de haute pureté. Un nylon recyclé chimiquement identique au nylon vierge, exploitable dans les filières textile, automobile et industrielle, et dont le coût de production vise à rivaliser avec sa version fossile.

La technologie de recyclage brevetée par Syntetica permet de traiter des textiles mélangés riches en nylon sans pré tri préalable — Photo : Syntetica

S’appuyer sur l’expertise industrielle de Michelin

Syntetica (20 salariés) veut franchir le fossé entre la preuve de concept en laboratoire — déjà couronnée par une levée de fonds en amorçage de 4,2 millions d’euros en septembre 2024 — et la production industrielle reproductible. Et ce, en s’alliant au Centre des Matériaux Durables (CMD) de Michelin (26 Md€ de CA en 2025 ; 129 500 salariés dans le monde), installé au sein du Michelin Innovation Park – Cataroux, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

Ce centre, piloté par le manufacturier auvergnat de plus en plus investi dans la chimie verte des matériaux, a précisément été conçu pour accompagner des technologies de rupture vers l’échelle industrielle, en mettant à disposition infrastructures, équipes techniques et expertise opérationnelle. " La collaboration avec Syntetica illustre notre ambition de mettre l’expérience industrielle de Michelin au service de solutions concrètes pour accélérer la circularité des matériaux ", souligne Patrice Kéfalas, directeur du CMD.

Le Michelin Innovation Park Cataroux abrite le Centre des Matériaux Durables, dédié à l’industrialisation de technologies de rupture dans les matériaux — Photo : Michelin

L’installation pilote de Syntetica bénéficiera des infrastructures industrielles, des équipes techniques et de l’excellence opérationnelle mises à disposition par le Centre des Matériaux Durables, afin de transformer une innovation de laboratoire en solution industrielle robuste et reproductible. " L’expertise industrielle et la rigueur opérationnelle mises à disposition par Michelin constituent un levier clé pour faire passer notre technologie à l’industrialisation ", souligne Marco Bertone, cofondateur et président de la start-up.

Un calendrier sous pression réglementaire

Le projet pilote installé au CMD vise à recycler plusieurs tonnes de textiles dès la phase initiale, avant une montée en puissance vers des volumes industriels à partir de 2027, date prévue pour le démonstrateur industriel. Le calendrier n’est pas anodin : il s’inscrit en cohérence avec l’agenda réglementaire européen. L’obligation de collecte séparée des textiles, entrée en vigueur en 2025, et les exigences croissantes de contenu recyclé attendues dès 2027 créent une fenêtre d’opportunité — et une pression commerciale — idéales pour accélérer l’industrialisation. Avec la perspective de réaliser un chiffre d’affaires de 2 à 3 millions d’euros d’ici 2029.

Les équipes de Michelin (casques bleus), dont Margarita Dorata, directrice technique du CMD, accueillent Syntetica — Photo : Michelin

Mi-juin, la deeptech devrait annoncer une nouvelle levée de fonds de l’ordre de 1,5 million d’euros.

En s’appuyant sur Michelin comme partenaire d’industrialisation, la start-up illustre l’émergence d’un modèle hybride où le grand groupe joue le rôle d’accélérateur opérationnel, comme le Bibendum l’a déjà fait pour Carbios, spécialiste du recyclage enzymatique du PET. Au-delà du nylon, Syntetica envisage d’étendre sa plateforme de chimie verte à d’autres polymères, ouvrant la voie à une nouvelle génération de solutions circulaires industrielles.

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