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Le fabricant de rubans Julien Faure tisse sa toile dans le luxe 
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Le fabricant de rubans Julien Faure tisse sa toile dans le luxe 

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Créateur et fabricant de rubans depuis 1864, Julien Faure a su, au fil du temps, tisser sa toile dans le luxe. L’entreprise, qui travaille aujourd’hui pour les plus grandes maisons parisiennes et italiennes, s’est fait remarquer récemment en réalisant le ruban qui ornait le chapeau de la reine Camilla d’Angleterre lors de la célébration du Jeudi Saint au Pays de Galles.

Julien Faure représente la cinquième génération à la tête de l'entreprise éponyme — Photo : @hubertgenouilhac PhotUpDesign

La photo a fait le tour du monde. A l’occasion du Jeudi Saint, Camilla, reine consort d’Angleterre, arbore un chapeau bleu marine orné d’un ruban bleu roi, garni de dentelles et d’un fil d’or. Un ruban tout droit sorti des archives de la société Julien Faure, créateur et fabricant de rubans depuis 1864.

"C’est le chapelier Philip Treacy qui m’a demandé de lui reproduire une pièce sans me dire que c’était pour la reine", s’amuse Julien Faure, dirigeant de la société ligérienne. C’est via un SMS de son client londonien, accompagné d’une photo de la reine et du message "Your beautiful ribbon is a star here", que Julien Faure apprend la nouvelle.

Ici le ruban utilisé pour décorer le chapeau de la reine Camille d'Angleterre — Photo : Gilles Cayuela

Depuis, la PME familiale (48 salariés ; 4,5 M€ de CA), labellisée "Entreprise du Patrimoine Vivant" ne cesse de recevoir des sollicitations du monde entier… "C’est fou ce buzz. Nos followers sur les réseaux sociaux sont passés de 2 000 à 3 500", indique le président de l’entreprise.

Des rubans "utilitaires" à la "haute nouveauté"

Cette exposition médiatique illustre parfaitement la trajectoire gagnante que l’entreprise a su tisser au fil de son histoire dans le luxe. Une histoire qui démarre en 1864 avec Henri Faure, l’arrière-arrière-grand-père du dirigeant actuel, qui décide de créer sa rubanerie à Saint-Étienne. "À l’époque, les fabricants étaient des commerçants et créateurs. Le tissage était assuré par les passementiers. On travaillait pour les grands magasins parisiens dont Le Bon Marché. On fabriquait des rubans "utilitaires" pour les vêtements, les chaussures, les chapeaux", explique Julien Faure.

En 1898, Georges, Pierre et Jean prennent la succession de leur père Henri et rebaptisent l’entreprise Faure Frères. "Ils ont commencé à développer le ruban de haute nouveauté, ce que l’on appellerait aujourd’hui haute couture, avec des dessins jacquard élaborés".

Cap sur les ornements d’églises

Au sortir de la première guerre mondiale, Julien, fils de Georges, et grand-père du dirigeant actuel, opère un virage encore plus affirmé dans le luxe en se positionnant sur les ornements d’églises. "Il a développé ça dans les années 20 en laissant ses cousins s’occuper des rubans plus classiques", explique Julien Faure.

En 1942, les associés se séparent. "Mon grand-père a pris l’activité ornements d’églises, un tiers du personnel, un tiers des machines et a créé Julien Faure. Les cousins ont conservé ce qui restait de Faure Frères avant d’être racheté, 10 ans plus tard, par mon grand-père", relate le dirigeant. Entre 1960 et 1970, l’entreprise familiale acquiert d’autres sociétés rubanières dont les collections viennent enrichir son fonds d’archives textiles.

Ruban jaquard en soie produit par Julien Faure — Photo : Julien Faure

Le temps des soyeux

En parallèle des rubans très haut de gamme, l’entreprise se développe dans les années 70 dans la soierie. "On travaillait avec les grandes maisons de mode parisiennes qui commençaient à se développer mais aussi dans la chaussure et la maroquinerie", relate le dirigeant. Entre 1980 et 1990, Julien Faure connaîtra ses années fastes. "Le deuxième choc pétrolier a tellement enrichi les pays du Golfe que les soyeux lyonnais se sont mis à vendre massivement du tissu pour les princesses. Toutes les sociétés de soieries ont gagné de l’argent et nous aussi", explique-t-il.

Fort de cette expansion, son oncle Daniel (3e fils de Julien) décide de faire construire, à la fin de la décennie, l’actuelle usine de Saint-Just-Saint-Rambert (Loire). Mais c’était sans compter sur la guerre du Golfe. "Notre chiffre d’affaires dans la soie s’est effondré. On s’est retrouvé à 40 millions de francs en 1992 alors que l’usine avait été dimensionnée pour une charge d’endettement supportable à 53 millions", explique Julien Faure.

1995-1997, la restructuration

En 1995, après quatre années de pertes, Daniel se tourne vers son neveu Julien, qui avait décidé de voler de ses propres ailes en reprenant, en 1991, la société de Saint-Just-Saint-Rambert Vert & Renouat, spécialisée dans le ruban de décoration. "Mon oncle m’a passé un coup de fil en me disant qu’il allait devoir restructurer mais qu’il ne s’en sentait pas le courage. Il m’a dit : "viens m’aider, on ne t'a pas appelé Julien (Faure) pour rien !", se remémore le dirigeant.

Appelé au chevet de l’entreprise éponyme, Julien Faure s'attache à pérenniser les savoir faires spécifiques tout en cédant les activités périphériques au tissage. "J'ai trouvé un partenaire pour reprendre l'équipe d'ingénieurs et le logiciel CAO développé en interne pour le jacquard. 30 ans après, on travaille toujours avec lui. Et j'ai conservé les métiers à tisser à navettes que nous avions construit en interne mais j'ai cédé l'équipe de mécanique à Max Linossier, qui démarrait son aventure avec Linotech (qui deviendra Eurotab ; NDLR)". Au final, l’entreprise ne licenciera que 9 personnes et renouera avec la croissance dès 1997.

L'étape du tordage qui consiste à entrelacer plusieurs fils de soie — Photo : Julien Faure

Recentrage sur le ruban de luxe

Dans les années 2000, l’entreprise familiale vit au rythme des crises économiques et de la concurrence asiatique croissante. Après avoir externalisé la production de la soierie au ligérien Les Tissages de Charlieu en 2006 (en cédant ses 17 métiers à tisser), Julien Faure prend la décision en 2014 d’arrêter purement et simplement cette activité, qui l’avait entraîné par le fond. "En 2013, j’ai déposé le bilan. On s’en est sorti avec un plan de continuation sur 9 ans qui consistait à se recentrer sur le ruban et le luxe", relate le dirigeant.

Des clients allant de Dior et Chanel à Givenchy et Rolex

Un pari gagnant puisque Julien Faure se met à travailler pour toutes grandes maisons parisiennes et italiennes : Dior, Chanel, Vuitton, Saint-Laurent, Louboutin, Givenchy, Gucci… Même Rolex vient chercher la PME ligérienne pour relancer sa marque Tudor avec des bracelets textiles. "C’est devenu depuis un partenaire essentiel", confie le dirigeant.

Aujourd’hui, le luxe représente plus de 90 % du chiffre d’affaires de l’entreprise familiale. "L’objectif c’est d’aller de plus en plus vers des produits finis. On va lancer à l’été notre propre marque de bracelets en tissu jacquard. Et nous avons d’autres idées pour la suite", conclut le dirigeant.

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