C’est une doudoune bleue unique en son genre. Sa particularité : elle est rembourrée avec un mélange de cheveux recyclés et de laine de mouton. Derrière ce produit, deux ans de développement et une entreprise clermontoise, Capillum, spécialisée dans le recyclage des cheveux.
"On s’est rendu compte de leur pouvoir isolant. Notre mélange garde mieux la chaleur qu’un rembourrage 100 % laine, coton ou soie", détaille James Taylor, cofondateur de la start-up aux côtés de Clément Baldellou. "Notre combat, c’est de faire en sorte que le cheveu puisse avoir une seconde vie, qu’il ne soit pas jeté et devienne, au contraire, une ressource", poursuit le dirigeant.
Avant de passer à une production industrielle, Capillum teste l’appétit du marché et les attentes des consommateurs via une campagne de financement participatif. Elle a aussi reçu quelques pré-commandes d’entreprises et d’une équipe de foot féminine pour ses doudounes qui seront fabriquées par une entreprise textile lyonnaise. "C’est un nouveau terrain d’expérimentation et cela permet de nous diversifier", souligne James Taylor.
15 à 20 tonnes de cheveux collectés par mois
Un nouveau débouché pour la start-up fondée en 2019 qui valorise déjà la fibre capillaire en paillage naturel pour l’agriculture et la forêt. "Au démarrage, nous voulions développer des boudins de dépollution pour les océans et réfléchissions à produire de l’isolant pour le bâtiment. Mais ce qui a finalement décollé, c’est le paillage", retrace le cofondateur de Capillum qui a déposé cinq brevets sur ses technologies.
Ses tapis en cheveux recyclés sont aujourd’hui distribués dans 800 points de vente spécialisés, avec une croissance spectaculaire portée notamment par les projets de reboisement. "Il y a 3-4 ans, nous vendions 1 000 dalles à l’année, nous prévoyons d’en vendre un million cette année. Ce paillage 100 % biodégradable permet notamment de protéger les jeunes arbres des aléas climatiques, mais aussi de la faune sauvage grâce son effet répulsif unique lié à l’odeur humaine", explique le dirigeant qui a réalisé l’an dernier la moitié de son chiffre d’affaires (2,1 M€ ; 20 salariés) avec le paillage et vise désormais des marchés à l’étranger (Royaume-Uni, Espagne).
Une première ligne de valorisation de cheveux
Grâce à cette activité, Capillum a trouvé sa rentabilité. Mais elle tire également ses revenus de la formation et de l’adhésion des 6 000 coiffeurs partenaires (France, Belgique et Luxembourg), auprès desquels elle collecte chaque mois entre 15 et 20 tonnes de matière.
Pour transformer ces volumes, l’entreprise s’est dotée d’une première ligne de valorisation des cheveux, installée dans une ancienne friche industrielle de Michelin, au cœur de Clermont-Ferrand, et financée par une levée de fonds, dont le montant reste confidentiel. "Par des procédés techniques uniques, la machine garantit un niveau de performance constant malgré la diversité des cheveux. C’est ce qui fait que cela devient une matière première homogène et reproductible", indique James Taylor. L’entreprise travaille déjà sur de nouvelles applications et vise 3,5 millions d’euros de chiffre d’affaires lors du prochain exercice.