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Après sa mise en procédure de sauvegarde, le réseau de bars-restaurants Ninkasi prépare son rebond
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Après sa mise en procédure de sauvegarde, le réseau de bars-restaurants Ninkasi prépare son rebond

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Placé en procédure de sauvegarde fin 2025, le réseau de bars-restaurants lyonnais Ninkasi poursuit sa réorganisation. Après des efforts pour générer des économies en interne, l’entreprise s’apprête à négocier pour restructurer sa dette. Avec des ambitions commerciales maintenues et des innovations à venir, le groupe entend démontrer sa capacité à rebondir.

Christophe Fargier, président-fondateur de Ninkasi — Photo : Gaëtan Clément

Trois mois après le placement en procédure de sauvegarde pour quatre filiales du groupe : Ninkasi Entreprises, Ninkasi Fabriques, Ninkasi Ale House et Ninkasi Immobilière Tarare, le groupe lyonnais Ninkasi cherche à reprendre la main sur sa trajectoire financière. Christophe Fargier, président-fondateur du groupe qui exploite un réseau de bars-restaurants tout en produisant ses propres bières et spiritueux, a voulu rassurer : "Ninkasi n’est pas une entreprise agonisante, en danger ou qui risque de disparaître. […] Il s’agit d’un acte de gestion réfléchi pour créer les conditions de la pérennité du projet."

Une crise de croissance liée à un investissement massif

À l’origine des tensions actuelles, un pari industriel de grande ampleur. En 2023, le groupe a investi plus de 32 millions d’euros dans une nouvelle brasserie-distillerie à Tarare (Rhône), dotée d’une capacité de 120 000 hectolitres.

Un outil dimensionné pour accompagner une stratégie nationale, notamment en grande distribution. "Le développement de l’entreprise et la montée en puissance commerciale n’ont pas suivi le rythme attendu pour pouvoir assumer les échéances de remboursement de cet investissement, d’où la nécessité de restructurer notre dette pour pouvoir nous remettre dans une situation saine", déclare le dirigeant. Il poursuit : "Notre fabrique de bières a connu une croissance de 4 % en 2025 alors qu’on espérait 10 %".

La brasserie-distillerie de Ninkasi, située à Tarare dans le Rhône — Photo : JGuillou_CBL

Ce déséquilibre intervient dans un contexte macroéconomique dégradé : inflation, hausse des coûts de l’énergie, baisse du pouvoir d’achat. Le marché de la restauration à table a reculé de 7 % en 2025. Ninkasi limite la casse avec un repli de 2 % sur son réseau de bars-restaurants.

Un chiffre d’affaires stable et une distillerie en plein boom

Malgré ces difficultés, le groupe, fort de 200 salariés, revendique une certaine résilience. Son chiffre d’affaires 2025 s’établit à 23 millions d’euros (contre 23,6 M€ en 2024), pour un excédent brut d’exploitation de 2 millions d’euros.

Le modèle intégré (production et distribution de bière dans ses propres établissements) continue de soutenir les marges. "Notre réseau maintient des niveaux de rentabilité intéressants", souligne le président.

À noter que certains relais de croissance se distinguent même. La distillerie, qui fête ses dix ans, a doublé son chiffre d’affaires pour atteindre 774 000 euros, avec 68 000 bouteilles vendues.

Une stratégie de désendettement progressive

La procédure de sauvegarde, ouverte le 23 décembre 2025, doit permettre de restructurer la dette du groupe. L’objectif est clair : adapter les échéances de remboursement à la capacité réelle de génération de cash. Avant d’ouvrir les discussions avec les banques, Ninkasi s’impose une discipline interne. Après 500 000 euros d’économies en 2024 et 1 million en 2025, le groupe vise encore 500 000 euros supplémentaires en 2026. La renégociation de contrats, notamment énergétiques, a permis de dégager près de 300 000 euros en 2025, par exemple. "On ne peut pas demander à nos banquiers de faire des efforts si nous n’en faisons pas nous-mêmes", insiste le dirigeant.

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Une audience clé est prévue le 23 juin devant le tribunal des activités économiques. "À cette date, la procédure de sauvegarde sera très certainement renouvelée pour six mois (un seul renouvellement autorisé : N.D.L.R) et devrait donc durer un an. Nous espérons présenter un plan de réduction de la dette concerté à l’automne, pour une validation d’ici la fin de l’année".

Développement ralenti, mais ambitions maintenues

Sur le plan opérationnel, Ninkasi adopte une posture prudente. Le réseau comptera 26 établissements (19 en franchises et 7 en propre) dès le 7 avril avec une ouverture à Rennes. Mais le rythme de développement sera ralenti en 2026. "La procédure de sauvegarde nous impose un tempo plus calme", confirme Camille Vidal, responsable du développement. Deux nouveaux projets franchisés, restent toutefois bien engagés pour 2027 : "Le premier à Roanne, sur le vaste projet de rénovation du quartier Foch et le deuxième en périphérie d’Annecy, sur un pôle de loisirs en développement", poursuit-elle. Deux ouvertures qui pourraient porter à 22, le nombre d'établissements Ninkasi en Auvergne Rhône-Alpes.

La volonté est donc de consolider l’existant en 2026 puis de relancer des ouvertures dès 2027. "On ambitionne de faire le Salon de la Franchise à l’automne 2026 à Lyon et celui de Paris début 2027 afin de reprendre notre développement", explique le fondateur.

Réouverture du Ninkasi Gerland prévue en 2028

Parallèlement, le chantier très attendu, du site historique de Gerland (7e arrondissement de Lyon) doit démarrer en juin 2026. Le site, déconstruit ces derniers mois par le promoteur immobilier Promoval, doit être entièrement reconstruit avant une réouverture annoncée à l’automne 2028. "C’est notre vaisseau-amiral. Gerland, c’est le quartier qui a accueilli notre première brasserie en 1997", déclare Christophe Fargier.

À Oullins (Rhône), le projet de tiers-lieu Spark, prévu dans le quartier de La Saulaie et porté avec Etic et Graines de Sol, reste en "mode sommeil", mais n’est pas abandonné. "On attendait les élections. On n’est pas revenu en arrière", assure la direction. Pour rappel, la volonté est d'allier une salle de concerts modulable, des bureaux mutualisés, des cuisines collaboratives ainsi qu'une halle polyvalente au sein de ce tiers-lieu.

Le pari de la grande distribution

Pour soutenir sa croissance, Ninkasi mise aussi fortement sur la grande distribution. De nouveaux accords doivent permettre une hausse de 25 % des ventes en GMS en 2026. "Nous allons chercher cette croissance grâce à la distribution de nos produits de la gamme classique mais aussi par des innovations", explique Pauline Schmitt, cheffe de produit boisson. Un levier clé pour mieux utiliser les capacités de production de Tarare et générer du cash-flow à court terme, dans un contexte où l’accès au financement externe sera limité.

Lancement des bières Ninkasi Triple et Ninkasi Rosée

Sur le segment bière, la marque élargit sa gamme en canettes, un format en croissance sur le marché de la GMS (+4,7 % en 2025). Deux nouvelles références font leur apparition : la Ninkasi Triple et la Ninkasi Rosée. Autre évolution stratégique : la Ninkasi Blonde, produit phare de la brasserie, est désormais proposée en pack de six bouteilles de 25 cl. Un format clé en grande distribution, qui représente près des deux tiers des ventes en volume. "Avec ce conditionnement, nous facilitons l'accès à notre bière emblématique", explique la direction.

Côté spiritueux, Ninkasi franchit un cap avec le lancement de son premier whisky 10 ans d'âge, baptisé Whisky Lab 16. Il combine un élevage en fût de viognier et un passage en chêne américain. Outre son whisky, l'entreprise lyonnaise produit également du gin, de la vodka, des liqueurs et eaux de vie.

Une remise en question stratégique

Au-delà des chiffres, la période marque une inflexion dans la trajectoire du groupe. "C’est une remise en cause profonde de notre fonctionnement", reconnaît Christophe Fargier. Une nouvelle ouverture du capital n’est pas exclue pour accompagner la restructuration. "Tout est ouvert aujourd’hui", indique le dirigeant.

En toile de fond, Ninkasi cherche à démontrer qu’il peut transformer cette phase de tension en levier de consolidation. "Nous sommes confiants sur le fait que nous allons sortir plus forts de cette procédure", affirme-t-il. Reste désormais à convaincre les créanciers que ce modèle hybride peut retrouver un équilibre durable. Verdict attendu d’ici la fin de l’année.

Lyon # Restauration # Vins et spiritueux # PME # Procédure collective # Implantation # Commercial