Maison Lefebvre engage une procédure de sauvegarde pour tenter d’enrayer un coup d’arrêt brutal à sa trajectoire de croissance. Cette PME basée à Seclin (Nord), au capital 100 % familial, a été fragilisée par un incident industriel, lié à une fraude présumée dans sa chaîne d’approvisionnement.
Fondée en 1918, l’entreprise conçoit du linge de maison et des objets de décoration, qu’elle fait fabriquer notamment en Inde, en Chine ou au Pakistan, avant de les commercialiser en B to B to C. Elle affichait jusqu’ici une dynamique soutenue, avec un chiffre d’affaires triplé en cinq ans pour atteindre 50 millions d’euros en 2024, avec une centaine de salariés. Le cap des 100 millions d’euros semblait alors à portée.
Une croissance stoppée net
Mais cet essor a été interrompu début 2025. Dans un communiqué, la PME évoque "un incident industriel majeur, lié à une fraude", et ayant entraîné "des pertes importantes et une réorganisation de son activité". Selon une ordonnance du 3 avril 2025 du Tribunal de commerce de Lille Métropole, Maison Lefebvre a été confrontée à des non-conformités sur des produits fabriqués au Pakistan. La PME affirme que des articles annoncés comme étant en 100 % coton contenaient en réalité du polyester, conduisant l’un de ses principaux clients, l’enseigne Action, à refuser plusieurs livraisons.
Ces défauts ont généré des stocks difficilement revendables, désorganisant l’activité et fragilisant la trésorerie. Dans le même temps, l’entreprise restait redevable de près de 3,4 millions d’euros envers ses banques, qui avaient financé ses achats auprès de ses fournisseurs.
Des décaissements immédiats
Dans l’urgence, Maison Lefebvre avait à l’époque saisi le juge des référés pour tenter de suspendre certains paiements. Une demande rejetée, le tribunal estimant que la fraude n’était pas suffisamment prouvée pour empêcher les banques de payer les fournisseurs.
Après plusieurs mois d’efforts pour redresser la situation et retrouver une dynamique positive, l’entreprise indique avoir été contrainte d’engager une procédure de sauvegarde. En cause, des décisions judiciaires récentes, l’obligeant à faire face à des décaissements immédiats significatifs.
"Les décisions judiciaires qui nous imposent d’exécuter certains paiements portent sur des aspects de forme, mais cela ne préjuge rien au fond de l’affaire", souligne Loïc Lefebvre, directeur général, qui affirme vouloir "faire pleinement valoir" les droits de l’entreprise dans la suite de la procédure.
La sauvegarde pour passer le cap
Engagée avant toute cessation des paiements, la procédure de sauvegarde doit permettre à l’entreprise de mettre temporairement ses dettes en pause, le temps de se réorganiser et de négocier avec ses créanciers. L’objectif affiché est de sécuriser l’activité et de préparer le rebond.
Maison Lefebvre assure que l’activité se poursuit normalement sur son site de Seclin. Les équipes restent mobilisées pour honorer les commandes en cours, avec des stocks disponibles et des collections prêtes à être commercialisées. Aucun arrêt n’est envisagé à ce stade.
Une gouvernance qui évolue
Dans ce contexte, la gouvernance a évolué. Début 2026, Charlotte Lefebvre, qui dirigeait l’entreprise depuis 2018, a fait le choix de revenir à sa première carrière d’avocate en droit social, en rejoignant le cabinet lillois Avocats du Molinel. La direction opérationnelle reste assurée par son frère et sa sœur, Loïc et Camille Lefebvre.
Pour Maison Lefebvre, l’enjeu est désormais de préserver ses emplois et son savoir-faire, tout en restaurant la confiance de ses partenaires.