L’arrivée de Donald Trump au pouvoir aura eu une vertu : mettre les questions de souveraineté numérique sur le haut de la pile des dossiers en Europe. Cela profite à certaines entreprises européennes et françaises, qui se posent en alternatives aux géants américains du numérique. C’est le cas bien sûr du leader européen du cloud, OVHcloud (2 800 salariés, 1 Md€ de CA), situé à Roubaix. C’est aussi valable pour des acteurs moins en lumière comme Clever Cloud, un hébergeur fondé à Nantes en 2010 (150 salariés). Ensemble, les deux entités ont formé un consortium, avec l’acteur luxembourgeois Deep, afin de répondre à un appel d’offres de la Commission européenne. Objectif : fournir des services de cloud souverain aux institutions, organes et agences de l’Union européenne.
"Renforcer la résilience"
Ce groupement vient de remporter ce marché, qui est doté d’un plafond de 180 millions d’euros sur six ans. "La Commission européenne fait le choix d’un modèle multi-fournisseurs, visant à renforcer la résilience et à éviter toute dépendance à un acteur unique", note un communiqué de presse.
"Ce projet prouve qu’il existe en Europe des alternatives solides, capables de répondre aux plus hauts standards"
Au sein de ce consortium, OVHcloud met à disposition une solution cloud de grande capacité, afin d’assurer un déploiement rapide à grande échelle. "Ce projet prouve qu’il existe en Europe des alternatives solides, capables de répondre aux plus hauts standards", note Octave Klaba, directeur général d’OVHcloud. En 2025, OVHcloud a franchi la barre symbolique du milliard d’euros de chiffre d’affaires, ce qui représente une hausse de 9,3 %, à données comparables, par rapport à 2024.
Des perspectives de croissance pour OVHcloud
Le géant du cloud a par ailleurs enregistré un résultat net de 0,4 million d’euros en 2025, en amélioration comparé à la perte nette de 10,3 millions d’euros en 2024. Pour son exercice 2026, OVHcloud évoque une perspective de croissance organique du chiffre d’affaires comprise entre 5 et 7 %. Une dynamique en deçà des attentes.
Un chemin vers la souveraineté encore long
De son côté, Clever Cloud apportera aux institutions européennes une couche d’outils informatiques afin de rendre possible la mise en œuvre d’architectures hybrides, combinant cloud public, privé et infrastructures dédiées. Enfin, Deep amène ses capacités d’hébergement, mais également son expertise dans les domaines du cloud et de la cybersécurité.
"Aujourd’hui encore, plus de 80 % du marché numérique européen est fléché vers les États-Unis et les Gafam"
Néanmoins, le chemin vers une véritable souveraineté numérique européenne semble encore long. "Auparavant, les décisions de l’Union européenne étaient prises pour ne pas se froisser avec les États-Unis, quitte à leur sacrifier notre souveraineté numérique. Aujourd’hui encore, plus de 80 % du marché numérique européen est fléché vers les États-Unis et les Gafam", pointe Quentin Adam, fondateur et directeur général de Clever Cloud.
De son côté, la société nantaise reste discrète sur son chiffre d’affaires. "Le marché du cloud grandit de 20 à 25 % par an. Nous sommes pour notre part sur une croissance de 35 % l’année dernière", précise néanmoins le dirigeant.
De nouveaux leviers pour Clever Cloud
Clever Cloud mise également sur d’autres leviers pour l’avenir. Elle a développé une offre de cloud industriel. Les forces de calculs sont alors positionnées directement au sein des usines. Les zones industrielles peuvent alors fonctionner en autarcie complète au niveau numérique, avec des processus locaux. "Nous le vendons depuis un peu plus d’un an. Il y a une vraie demande, notamment dans le secteur de la défense", appuie le dirigeant.
En parallèle, l’entreprise participe également à un projet européen pour diminuer le coût énergétique de l’IA. "Il y a une phase d’intégration des technologies. Nous devrions pouvoir livrer ce projet dans le courant 2026" ajoute Quentin Adam.
"Le divorce avec les États-Unis se poursuivra sur le long terme"
Pour sûr, ce dernier ne compte pas rester sur le succès de cet appel d’offres. "J’espère que cette prise de conscience vis-à-vis de la souveraineté numérique va monter en puissance. Il ne faut pas que l’Europe se contente d’une tendance à aller vers la souveraineté juste à cause du président américain actuel. Il faut faire comprendre que le sujet est central, et que le divorce avec les États-Unis se poursuivra sur le long terme, avance Quentin Adam. Il en va de la survie des valeurs européennes".