Le monde se transforme et se polarise à grande vitesse. Les alliances bougent, les clivages s’enracinent, les camps se figent. Ce n’est plus une hypothèse, c’est un cadre avec lequel il faut désormais composer. Le vieux continent a retrouvé, brutalement, le bruit des armes. À l’heure où les grandes puissances se réorganisent, l’Europe paie le prix d’une dépendance militaire, industrielle et numérique acceptée depuis trop longtemps. Si cette fragilité sert les intérêts de ceux qui ont tout à gagner à voir l’Union européenne se diviser et s’affaiblir, elle doit nous mobiliser.
L’Europe n’est pas le "sujet international", réservé aux institutionnels, c’est une organisation politique qui garantit notre sécurité, notre stabilité et notre prospérité. Elle est fondée sur des principes et des valeurs communes aux États européens (démocratie, État de droit, respect des libertés, des droits de l’homme et de la dignité humaine, protection des personnes et de leurs données, etc.) qui nous distinguent et sont attaqués par des régimes prédateurs.
Mais l’Europe, ce ne sont pas que des principes et des valeurs. L’Europe, c’est un modèle social sans équivalent dans le monde et des politiques publiques qui se déploient tous les jours dans nos communes. Réindustrialisation, recherche, innovation, énergie, formation, éducation, mobilités, logement, tourisme, etc., c’est dans les territoires que l’Europe devient réelle.
Créer un bureau nantais à Bruxelles
Or, au moment où la Région Pays de la Loire a décidé de fermer le bureau de la représentation des Pays de la Loire à Bruxelles, nous prenons un risque majeur, celui de nous amputer d’un suivi au bon rythme des politiques européennes, de la capacité d’agir au bon moment et surtout de la construction d’un réseau de partenaires stratégiques dans l’intérêt de l’écosystème nantais. Dans une période où des décisions européennes structurantes (budget, compétitivité, innovation, 28e régime, Data & IA Act) doivent être prises, on ne peut pas abandonner le terrain.
Nous, acteurs économiques, de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, demandons un engagement clair pour le prochain mandat et notamment la création :
1. D’un bureau permanent à Bruxelles de Nantes et de la Métropole (mutualisé avec l’Université de Nantes, les réseaux) pour suivre les dossiers, détecter les appels à projets, construire des consortiums, porter un plaidoyer, avoir un accès aux bons décideurs.
2. D’une "fabrique de projets européens" locale : guichet, ingénierie, cofinancements, accompagnement des PME, laboratoire de recherche, écoles, associations.
3. D’un mécanisme permettant de favoriser les solutions européennes lorsque les alternatives existent en particulier dans le secteur du numérique : cloud, messagerie, visioconférence, cybersécurité, IA, hébergement et surtout le traitement des données.
4. D’une culture européenne augmentée et accessible par la mise en avant des projets et actions supportés par l’Union européenne qui participent aux transformations sociales et économiques du territoire.
Un appel à l’engagement des candidats aux municipales
Remettre l’Europe au cœur du mandat, au-delà des stratégies de communication, ce n’est pas un slogan, c’est un cap clair et assumé. C’est protéger un modèle politique, économique et social, reconquérir notre autonomie stratégique, solidifier notre économie locale, attirer les talents, assurer la résilience, financer nos transitions et accélérer nos innovations.
L’Europe se gagne avec de la conviction, de la méthode, du pragmatisme et en équipe. Nous sommes prêts à travailler avec les futurs exécutifs métropolitains dès le début de leurs mandats. Mais pour cela, nous avons besoin d’un engagement. Candidates et candidats aux élections municipales, prenez-vous suffisamment l’Europe au sérieux pour en faire un véritable cap stratégique, un levier pour notre économie et notre capacité d’innovation et doter ces ambitions des moyens nécessaires ?
Premiers signataires : Mathieu Le Gac (ici_lundi et Startup Palace)
Thomas Mathieu (Guest Suite / Président de La Cantine & French Tech)
Julien Chevalier (Speeral)
Jean-Baptiste Pondevy (Ocode)
Vincent Roux (Goud Santé)
Quentin Adam (Clever Cloud)