L’adage voudrait qu’il soit toujours plus prudent de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Pourtant, l’objectif de Vflit (ex-OMR Infogérance) est tout autre. "Nous voulons convaincre nos clients de mettre tous leurs œufs dans le même panier : le nôtre". Pour y parvenir, Dave Lecomte, président-directeur général de Vflit, mise sur l’étendue des activités de son entreprise : infogérance, cybersécurité, cloud, logiciel de gestion, téléphonie, etc. Le dirigeant ambitionne de répondre à toutes les questions de ses clients, liées à l'informatique. Il faut dire que depuis sa création en 2008, l’entreprise a multiplié les croissances externes, multipliant ainsi le nombre de cordes à son arc. Mais elle ne compte pas s’arrêter là. Avec aujourd’hui un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros, Vflit, dont le capital est partagé entre trois actionnaires, vise l'objectif d’atteindre les 50 millions d’euros d’ici 2030, et ainsi devenir une ETI.
Un objectif déjà visé en 2025
Vflit n’en est pas à son premier galop d’essai. Déjà au sein de son plan stratégique précédent, entre 2020 et 2025, l’objectif fixé était déjà d’atteindre les 50 millions d’euros. Mais la dynamique n’a pas été au rendez-vous. L’entreprise est finalement passée de 260 salariés et 34 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023, à 226 salariés et 30 millions d’euros aujourd’hui. "Il y a eu une forte perturbation du marché des télécoms ces dernières années. Le marché des TPE que nous adressions auparavant n’est plus accessible, car pris par les gros opérateurs, et nous avons abandonné cette branche. C’est là que nous avons perdu le plus de salariés", explique Dave Lecomte. Vflit a donc adapté son offre télécoms vers les plus grosses entreprises, afin de retrouver de la profitabilité.
Mais au-delà, l’entreprise ne cache pas avoir perdu du chiffre d'affaires sur l’ensemble de ses activités en 2024. "Nous avons malgré tout réussi à récupérer ce volume d'activités en 2025, tempère Dave Lecomte. Cela nous amène à une certaine stabilité ces dernières années". Outre le manque de croissance organique entre 2020 et 2025, Vflit est également passé à côté de certaines opportunités de rachat ces dernières années. "Nous avons souvent terminé deuxième dans les processus d’acquisition. Mais deuxième ou dixième, cela revient au même. Charge à nous d’être plus ambitieux sur nos prochains plans d’acquisitions", souligne Jean-Emmanuel Urien, directeur général associé.
Une réorganisation pour une logique de groupe
Si l’activité a globalement stagné ces dernières années, la direction de Vflit a opéré plusieurs mises à jour. Il faut dire qu’avec douze sites, qui s’étendent de Brest à Nevers, et de La Rochelle à Caen, l’organisation interne est primordiale. Or, ces dernières années, Vflit a surtout grandi via des croissances externes, avec Dactyl Infogérance et Présence Informatique dès 2014, Medis en 2016, CTV en 2017, Siren Télécoms en 2019, et Espace Com en 2022. "Les activités étaient dispersées au sein de chacun de nos sites de manière inégale. Il fallait nous réorganiser dans une logique de guichet unique numérique. Nos clients doivent avoir un seul interlocuteur, capable de coordonner l’ensemble de leurs besoins numériques", appuie Dave Lecomte.
Se renforcer avant de croître
Vflit s’est ainsi réorganisé ces dernières années autour de quatre pôles métiers : l’infogérance et la cybersécurité, les télécoms et réseaux de téléphonie, les logiciels de gestion, et une dernière branche dédiée à la sûreté (vidéosurveillance, alarme, détection incendie. etc.). "L’infogérance est notre activité historique. Elle représente 50 % de notre activité. Les télécoms pèsent environ 25 %, la sûreté 20 %, et les logiciels de gestion 5 %", analyse Jean-Emmanuel Urien. Mais si Vflit ambitionne bien de progresser sur ces quatre nouvelles verticales, les proportions pourraient bien fluctuer. "L’évolution dépendra des croissances externes à venir. Par exemple, notre pôle sûreté est très présent dans les Pays de la Loire. Nous pourrions faire une acquisition dans ce domaine en Bretagne pour faire converger nos offres. À l’inverse, en Normandie, nous sommes très orientés vers les télécoms, donc nous pourrions racheter une structure dans l’infogérance", expose Dave Lecomte, qui veut éviter pour l’instant de s’éparpiller au-delà du Grand Ouest. "L’objectif est d’abord d’avoir un poids régional minimal afin d’harmoniser nos compétences. Nous avons besoin de gagner en assise sur les territoires où nous sommes déjà présents", tempère-t-il.
Si l’expansion géographique n’est pas pour tout de suite, Vflit ne se pose aucune barrière vis-à-vis de la nature de ses clients. "Tout le monde utilise aujourd’hui l’informatique. Nous sommes un groupe régional et nous adressons autant aux associations qu’aux collectivités qu’aux entreprises privées de l’industrie ou de service", appuie le dirigeant.
Une croissance organique forte grâce à la cybersécurité
Pour passer de 30 à 50 millions d’euros d’ici 2030, Vflit ambitionne de gagner environ 10 millions d’euros via des opérations de croissance externe, et un gain similaire en croissance organique. Pour y parvenir, l’entreprise mise fortement sur l’envolée de la cybersécurité. "Par rapport à la concurrence, notre point fort réside dans la proximité. Il en découle une certaine réactivité. Or, ces deux points sont essentiels pour avoir une politique de cybersécurité efficace", pointe Jean-Emmanuel Urien. Là où, en 2024, Vflit recensait de 2 à 3 incidents informatiques par mois chez ses clients, l'entreprise en a enregistré dix fois plus en 2025, soit en moyenne un incident par jour. "Parmi ces incidents, nous relevions 2 à 3 cyberattaques par mois", ajoute le dirigeant. Pour se démarquer dans ce domaine, Vflit a d’ailleurs mis en place une cellule qui tourne 24heures sur 24 et 7 jours sur 7. Elle est composée de cinq personnes chargées de coordonner le reste des équipes, et répondre aux incidents à n’importe quel moment. "Nous assistons nos clients dans toutes leurs déclarations. C’est à chaque fois beaucoup de stress pour les structures touchées. Auparavant, cela touchait surtout les grands groupes. Maintenant, les associations, les PME et même les artisans peuvent être touchés. Et certaines structures ne s’en relèvent pas", précise Dave Lecomte.
Un investissement en Vendée estimé à 2,5 millions d'euros
Pour preuve des balbutiements de cette croissance en interne, Vflit a aujourd’hui une douzaine de postes ouverts. Et l’entreprise investit également dans ses sites pour accompagner leur expansion. Celui de la Roche-sur-Yon, qui compte 60 personnes, sera entièrement refait à neuf. "Ce site vendéen est le siège de nos activités liées à la sûreté. Le dépôt de permis de construire devrait être fait cet été. Les travaux démarreront en 2027, et nous pourrons accueillir jusqu’à 90 salariés à terme, avec une surface de 1 000 m²", prévoit Jean-Emmanuel Urien. L’investissement est estimé à 2,5 millions d'euros. De quoi également accueillir les futurs clients sur place, dans de bonnes conditions. Et les convaincre de, peut être, y mettre tous leurs œufs.