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Les éditions nantaises La Mer Salée surfent sur la vague du modèle coopératif
Nantes # Biens de consommation # RSE

Les éditions nantaises La Mer Salée surfent sur la vague du modèle coopératif

Fondée en 2013, l’entreprise La Mer Salée a dû faire face au diagnostic de cancer de sa fondatrice, Sandrine Roudaut. Afin de ne pas laisser l’aventure s’arrêter en chemin, elle a décidé avec son mari Yannick, également fondateur, de transformer leur entreprise en coopérative. Malgré un contexte économique tendu dans le secteur, le succès est là, avec déjà plus de 450 coopérateurs au capital.

Accroché au mur, le marin aventurier Corto Maltese a inspiré le nom de la maison d’édition nantaise, avec la bande dessinée "La Ballade de la mer salée" — Photo : Benjamin Robert

"Soit on arrête, soit on accélère". C’est le choix auquel ont été confrontés Sandrine et Yannick Roudaut, couple fondateurs de la maison d’édition La Mer Salée à Nantes. Suite à un diagnostic de cancer du sein de Sandrine Roudaut, qui ne peut plus être aussi présente au sein de la structure, ils ont choisi de croire en la force collective pour continuer l’aventure démarrée en 2013. Auparavant constituée en SARL, la maison d’édition est devenue une Scic, soit une société coopérative d’intérêt collectif. "Que vous soyez un particulier, une association, ou une entreprise, tout le monde peut prendre une part, à partir de 50 euros", résume Yannick Roudaut. Et le succès semble au rendez-vous, puisque déjà presque 500 coopérateurs ont souscrit, pour plus de 120 000 euros levés. "L’objectif est d’atteindre entre 150 000 et 200 000 euros, et les 1 000 coopérateurs en 2027", espère Yannick Roudaut, qui est ainsi passé du statut de dirigeant à celui de salarié de La Mer Salée.

La Mer Salée est une maison d’édition qui s’intéresse aux récits et aux fictions dédiés à la construction d’un monde futur plus soutenable et écologique — Photo : Benjamin Robert

Un monde de l’édition en crise

Il faut dire que le monde de l’édition connaît des jours difficiles. Entre le recul des ventes de livres neufs, la mainmise de milliardaires sur certaines éditions, ou encore le bouleversement de l’IA, ce serait un euphémisme de dire que la période est mouvementée. Dans cet univers, où beaucoup d’acteurs vivent soit des ventes de best-sellers d’auteurs à succès, soit de subventions publiques, la Mer Salée était obligé d’ouvrir une troisième voie, elle qui a été touchée par la suppression des aides de la région des Pays de la Loire l’année dernière. "Que ce soit pour la relecture ou l’impression des livres, chaque euro était pourtant réinvesti auprès d’acteurs régionaux (PCA-CMB à Rezé, ou l’imprimeur Offset 5 à Rezé, NDLR). Dans tous les cas, les subventions sont une ressource sur laquelle le secteur pourra de moins en moins compter dans les années à venir", craint Yannick Roudaut.
Avec cette opération financière et ce passage en coopérative, la Mer Salée ambitionne de sortir entre 8 et 10 livres par an, afin d’atteindre une taille critique et d’être à l’équilibre économique à l’horizon 2028. "Nous sommes maintenant quatre à temps plein", indique Yannick Roudaut.

Au-delà de l’opération capitalistique, l’objectif de la Mer Salée est aussi de faire vivre cette communauté naissante de coopérateurs — Photo : Benjamin Robert

Un utopiste, sans être un Bisounours

Au-delà de l’opération capitalistique, l’objectif est aussi de faire vivre cette communauté naissante de coopérateurs, par exemple de pouvoir la solliciter sur le choix des livres, où de créer des événements locaux autour de thématiques culturelles. Il faut dire que la Mer Salée se distingue d’autres éditeurs grâce à des récits (romans, nouvelles, essais, fictions, etc.) axés sur la prospective, afin d’imaginer un monde de demain soutenable et durable. "L’idée est d’ouvrir le champ des possibles, et de redonner de l’espoir en l’avenir, notamment aux jeunes. Par la fiction, on peut montrer que l’avenir ne se résume pas à un réchauffement climatique angoissant, et qu’il est possible d’agir", résume Yannick Roudaut, qui se veut résolument utopiste dans les livres choisis. "On peut partager un idéal, une lutte, avec humour et légèreté, mais sans être un Bisounours", précise-t-il.

Plusieurs dirigeants parmi les coopérateurs

La Mer Salée revendique ainsi devenir la première grosse communauté de coopérateurs dans le monde de l’édition en France. Parmi eux, on retrouve par exemple Marie Gaborit, fondatrice de l’entreprise nantaise Toovalu, Olivier Boisteau, ancien dirigeant du vendéen Clean Cells, ou encore des membres de l’association Dirigeants responsables de l’Ouest (DRO). "Si on démontre que ce modèle de coopérative est faisable, et viable sur le long terme, d’autres éditions pourraient suivre notre modèle dans les années à venir", ajoute Yannick Roudaut, qui espère ainsi parvenir à faire bouger les lignes du monde culturel. Toujours grâce au collectif.

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