Vous êtes parti à vélo durant un mois loin des préoccupations d’Icilundi, votre entreprise spécialisée dans les espaces de coworking. Pourquoi avoir pris cette décision ?
Mon père est atteint d’Alzheimer depuis cinq ans. La maladie est progressive, et je sens que nous perdons un lien petit à petit. Je me demandais comment agir. Il y a dix ans, il m’avait proposé de traverser l’Europe pour se rendre ensemble à Istanbul à vélo. J’avais refusé, en disant que j’avais une boîte à gérer, et il n’a trouvé personne pour le faire. En septembre 2023, il m’offre son vélo fétiche, car il ne peut plus en faire. J’ai donc fait ce voyage avec son vélo, à défaut d’avoir pu le faire avec lui.
Vous avez pourtant toujours une entreprise à gérer. Qu’est ce qui a changé ?
Bien sûr, mais ce voyage a été ma façon d’agir face à la maladie. Je ne pense pas être un bon aidant, ou un bon accompagnateur au quotidien pour mon père. Cela m’envahit de tristesse. D’abord, ce voyage a permis de se réintéresser ensemble à un projet. Nous nous penchions sur les cartes ensemble. J’ai retrouvé un sourire et un rire qui sont malheureusement de plus en plus rares.
De plus, cela m’a permis de m’emparer du sujet de la maladie en tant qu’entrepreneur. Avec mon expérience, j’ai fait ce que je sais faire : mobiliser un écosystème, et lever des fonds. J’ai créé en parallèle du voyage une cagnotte en ligne, où nous avons récolté 11 000 euros pour l’association France Alzheimer. Plus de 200 personnes ont participé, pour des montants allant de 2 à 1 000 euros. Ce n’est pas simple de demander de l’argent aux gens. Il faut leur raconter une histoire. Il ne faut pas non plus oublier que, malgré la famille et les amis, notre réseau le plus étendu est le réseau professionnel.
Comment ce choix de partir a-t-il été perçu ?
À partir du moment où tu le décides, où tu en parles autour de toi plusieurs mois en avance, tes collaborateurs s’adaptent. Surtout, le projet n’était pas de partir bronzer un mois en Thaïlande. C’est un projet caritatif et familial. Tout le monde m’a soutenu dans la démarche.
"Ce voyage a permis d’accélérer l’évolution de notre organisation interne, avec plus de responsabilisation et de prise d’autonomie des collaborateurs"
Je pensais partir seul au départ, mais un copain d’enfance m’a accompagné. Durant ce mois, j’ai complètement coupé avec Icilundi. En cas de grosse urgence, je pouvais être joignable, mais il n’y en a pas eu. Les équipes savaient que j’étais parti et elles prenaient les décisions par elles-mêmes.
Quels ont été les effets sur l’entreprise ?
Ce voyage a permis d’accélérer l’évolution de notre organisation interne, avec plus de responsabilisation et de prise d’autonomie des collaborateurs. Je pense par exemple à Quitterie Bourrut Lacouture, qui était alors notre directrice des opérations. Elle avait envie de plus, et nous avons profité de ce moment pour changer les statuts. Elle est devenue directrice générale d’Icilundi à cette période.
Les départs accélèrent le changement. Lors de ma précédente expérience entrepreneuriale, avec Swimming Pool, j’avais déjà fait ce constat. Je me souviens que nous tentions depuis un certain temps de dépasser les 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Lorsque j’ai quitté le navire, d’autres ont pris plus de responsabilités, et l’agence a passé ce cap cette année-là.
Comment se porte Icilundi aujourd’hui ?
Nous avons aujourd’hui sept lieux à Nantes, et comptons entre 20 et 25 salariés, pour un chiffre d’affaires de 3,5 millions d’euros. Nous sommes dans une phase de consolidation, car le secteur immobilier et le financement des start-up sont deux secteurs qui ne se portent pas au mieux. Pour faire face à cette baisse, nous nous diversifions pour être moins focalisés sur les start-up. Notre cible est aussi moins orientée tech qu’avant. Nous travaillons par exemple nos offres vers les PME et ETI. Notre dernier lieu ouvert à Versailles accueille d’ailleurs des entreprises de 25 à 50 salariés avec des bureaux privatifs.
Seriez-vous prêt à repartir dans un nouveau voyage ?
Bien sûr. À mon retour, certains m’ont demandé parfois si je n’étais pas trop fatigué. Mais c’était tout le contraire ! Les premiers jours de vélo n’étaient pas les plus simples, mais le corps prend vite le rythme. Après 30 jours de sport, on rentre en forme comme jamais. Je me suis promis de repartir dans une telle aventure, pourquoi pas en solitaire cette fois-ci. Ce sont des moments précieux, qui ne créent que du positif. Nous avons tous à gagner à vivre de telles aventures.