Depuis sa création il y a plus de 140 ans, la société Giffard a connu de nombreuses évolutions. L’année 2026 sera l’une des étapes marquantes de son histoire, avec la mise en fonctionnement de son nouveau site de production de liqueurs à Saint-Léger-de-Linières, en périphérie d’Angers. Une usine de 10 000 mètres carrés dont l’entreprise familiale entend bien tirer profit pour franchir un cap, avec une forte augmentation de son chiffre d’affaires à l’horizon 2030.
34 millions d’euros d’investissement
Mi-juillet 2026, la production de liqueurs ne sera plus effectuée dans l’usine d’Avrillé, érigée en 1972. Le transfert de l’activité se fera dans les prochaines semaines, et les équipes de l’entreprise familiale s’installeront dans un nouvel écrin pour un investissement global de 34 millions d’euros. Avrillé conservera le siège de l’entreprise et la fabrication de la Menthe Pastille, le produit iconique lancé en 1885, de même que celle du Guignolet, autre liqueur emblématique, et de quelques spécialités plus locales.
À Saint-Léger-de-Linières, deux usines hébergeront des productions distinctes : la première, opérationnelle depuis 2017 a nécessité un investissement de 13 millions d’euros, sert à la fabrication des sirops dans un espace de 6 000 mètres carrés, agrandi de 1 000 mètres carrés en 2021. Elle accueille également un centre logistique.
La seconde fabriquera bientôt les liqueurs de l’entreprise. Entre ces deux usines imaginées par l’architecte angevine Frédéric Rolland, deux passerelles les connectent en un ensemble très cohérent, construit sur une parcelle de 4,7 hectares.
62 millions d’euros de chiffre d’affaires
Pour l’entreprise familiale, dont les rênes ont été reprises en janvier 2024 par Pierre Jouanneau-Giffard et sa cousine Émilie Giffard, représentant la 5e génération de dirigeants depuis la création de l’entreprise en 1885 par Émile Giffard, la construction de cette nouvelle usine est aussi un pari sur l’avenir : "Nous enregistrons depuis plusieurs années une belle croissance, témoigne Pierre Jouanneau-Giffard. La production est passée de 5 millions à plus de 13 millions de bouteilles par an depuis 2017, et notre effectif a doublé, avec le recrutement d’en moyenne 15 personnes par an." Giffard emploie désormais 160 collaborateurs, et l’équipe va se renforcer de 18 personnes avec la construction de nouvelle usine de production de liqueurs.
"Nous nous projetons sur 100 millions d’euros à l’horizon 2030"
Le chiffre d’affaires a lui aussi fortement augmenté : il est passé de 20 millions d’euros en 2017 à 62 millions d’euros en 2025, réparti pour moitié entre les liqueurs et les sirops. "Nous nous projetons sur 100 millions d’euros à l’horizon 2030, souligne Émilie Giffard, codirectrice de l’entreprise familiale, et sur une production de 22 millions de bouteilles."
Le nouveau bâtiment, a d’ailleurs été conçu pour une augmentation de la production à plus longue échéance. L’entreprise prévoit d’y réaliser d’autres tranches d’investissements pour l’outil industriel dans les décennies à venir. En l’état actuel, on pourra y produire 7 millions de bouteilles chaque année. Ce sont au total 40 millions de bouteilles qui pourraient sortir du site de Saint-Léger-de-Linières d’ici 30 à 40 ans. Le site accueillera également une unité de recherche et développement, pour la création de nouvelles gammes de produits et l’amélioration des process.
Sirops, crèmes de fruits et liqueurs
Giffard voit donc sa production et son chiffre d’affaires augmenter sur un marché toujours porteur. L’entreprise angevine, très majoritairement positionnée sur le segment des bars et de la restauration, décline à la fois des gammes de sirops, de crèmes de fruits et de liqueurs. "Ce sont des produits avec ou sans alcool qui plaisent beaucoup pour l’élaboration de cocktails, indique Émilie Giffard. Ils ont réellement le vent en poupe aussi bien chez les professionnels des bars et de la restauration que chez les particuliers. Avec nos gammes de liqueurs, nous sommes parmi les leaders chez les créateurs de cocktails."
Des liqueurs historiquement alcoolisées, que Giffard décline désormais sans alcool, avec un procédé de macération des fruits et des plantes dans du vinaigre de vin blanc, suivi d’une pasteurisation assurant la stabilité du produit. Quant aux sirops, l’entreprise en produit depuis 1903 et enrichit régulièrement sa gamme. "Ce sont nos sirops qui nous ont fait entrer dans l’univers du cocktail et ont été un fort vecteur de développement à l’international", rappelle Pierre Jouanneau-Giffard.
Une présence dans 90 pays
Présente dans 90 pays via des distributeurs, l’entreprise angevine répartit son chiffre d’affaires en trois tiers : le premier est réalisé en France, le second en Europe et le dernier dans d’autres pays, essentiellement en Amérique du Nord, surtout aux États-Unis, de même qu’au Moyen-Orient et dans des pays d’Asie tels que le Japon, la Corée du Sud ou encore la Chine.
"Nous sommes encore peu présents en Afrique subsaharienne, indique Pierre Jouanneau-Giffard, et nous allons faire des efforts pour nous y développer." La France, seul territoire où l’entreprise, qui y assure elle-même la distribution, est également présente en grandes et moyennes surfaces, a également le vent en poupe. "Nous étions auparavant très implantés dans l’Ouest mais nous sommes aujourd’hui bien ancrés sur tout le territoire, souligne Émilie Giffard. Nous voulons continuer de nous développer à l’international mais nous tenons à conserver cet équilibre, avec toujours un tiers réalisé sur le marché français."
L’environnement au cœur du projet
Avec cette nouvelle usine, Giffard se projette donc sur plusieurs décennies, construisant un outil industriel capable d’absorber à terme une production nettement supérieure à ce qu’elle sera à sa mise en service au mois de juillet 2026. L’entreprise a également souhaité placer l’environnement au cœur de son projet, en utilisant par exemple la géothermie comme source d’énergie. 17 forages permettront ainsi d’assurer 97 % des besoins en chauffage et 91 % des besoins en rafraîchissement, réduisant la consommation énergétique de 73 % au regard d’une installation au gaz. Les effluents seront traités avec un procédé de méthanisation qui permettra la production de biogaz, qui sera réutilisé dans les process de fabrication. Déjà, l’usine de production de sirop ouverte en 2017 est dotée en toiture de panneaux photovoltaïques, qui permettent de couvrir 20 % de la consommation électrique du bâtiment.