Derrière les portes de la Conserverie au Bec Fin, une fois la nuit tombée et le calme revenu dans les salles de production, il n'est pas rare de surprendre Marie Franqueza aux fourneaux en compagnie de Michel Dallari, son associé, à la scène comme à la ville. Derrière son piano de cuisine, qu'elle a fait installer à côté de ses bureaux lors du déménagement de l'entreprise en 2006, elle joue du mixeur, fait bouillir les marmites et assaisonne le tout d'un sacré tour de main pour exalter les saveurs de la Provence. Pourtant, Marie Franqueza n'est pas cuisinière. Elle n'est pas non plus l'héritière d'une tradition familiale: son père avait une entreprise dans les travaux publics. Et, cerise sur le gâteau, elle n'est pas née en Provence, «même si après presque quatre décennies passées sur ces terres, je pense que je peux dire que je suis varoise», confie-t-elle.
Ambassadrice d'un art de vivre made in Provence
Une autodidacte pur jus, donc, qui est aujourd'hui régulièrement présentée comme la porte-parole de la gastronomie provençale. Un titre qu'elle n'a pas volé. Parce que cette ambassadrice ne se ménage pas et lorsqu'elle ne concocte pas de nouvelles recettes, elle échange sa toque contre sa casquette de directrice commerciale. «Marie aime les gens. C'est donc très naturellement, qu'elle a pris les rênes du développement commercial de l'entreprise», explique Michel Dallari, qui lui est responsable de la production. La dirigeante reçoit généralement ses clients autour d'une soupe de poissons mijotée «en direct», si bien que «lorsqu'on entre dans la Conserverie, on ne sait jamais à quelle heure on va en sortir», remarque Michel Dallari. Elle parcourt aussi le monde ou sillonne les routes de l'Hexagone. «J'ai eu la chance de me déplacer dans toutes les régions françaises pour apporter un peu de Provence et de soleil à leurs tables». De ses voyages à travers les traditions régionales, Marie Franqueza s'enrichit personnellement mais elle retient également que l'art de la cuisine provençale n'est pas suffisamment ?cultivé?. «En Alsace, vous n'aurez aucun mal à trouver un restaurant pour vous servir une choucroute, en Bretagne une crêperie. Et bien ici, je vous défie de trouver un restaurant qui a à sa carte des farcis», raconte-t-elle.
Le goût de l'authentique
Cette perte d'identité, elle la combat au quotidien «sans ringardise». Dans son entreprise, mais aussi avec d'autres entrepreneurs, réunis au sein d'un pôle baptisé «Art de vivre en Provence». La création de la conserverie au Bec Fin allait en effet déjà dans ce sens. «Les entreprises agroalimentaires se sont industrialisées pour des raisons économiques. Mais la richesse de notre cuisine méritait aussi d'avoir le goût de l'authentique». Depuis, elle réalise des soupes de poissons «avec du poisson, pêché sur nos côtés», s'amuse-t-elle à préciser, des bocaux avec des produits locaux et de saisons.
Femme de réseaux
La cuisine, c'est donc son truc à Marie... Parce qu'elle permet de s'évader et que la dirigeante constate finalement qu'elle est un électron libre. Parce qu'elle réunit aussi. Et, ce goût pour les rencontres, Marie Franqueza le cultive aussi dans des réseaux. Elle est élue à l'union patronale du Var, elle a été présidente de l'office de tourisme de Cogolin pendant 12 ans. Elle revendique aussi depuis 10 ans son statut de femme chef d'entreprise au sein du réseau éponyme et a même créé une antenne sur le Golfe de Saint-Tropez en 2003. «Rien à voir avec du féminisme, souligne Marie Franqueza. Notre objectif est de faire reconnaître nos compétences au sein d'instances représentatives». Mais il reste encore du chemin à parcourir et ouvre d'ailleurs en grand les portes de son réseau aux dirigeantes qui ont la même envie de «rompre leur isolement, de partager, de s'informer».
La dirigeante de la Conserverie au Bec Fin, Marie Franqueza, cultive l'art de vivre à la provençale. Ces traditions, elle les défend d'abord dans l'assiette. Elle les partage aussi car cette ambassadrice de la cuisine authentique est une femme de réseaux, en quête de rencontres.
Hélène Lascols