Si la filière de la pistache de Provence a été relancée dès 2018, Charles-César d'Amat, lui, s'est lancé l'ambitieux dessein de produire une pistache verte, bio et haut de gamme, pour en faire le nouvel ingrédient de la gastronomie française. Autant dire, pas celle que l'on picore à l'apéritif.
Il a pour cela acheté le Clos Devançon à Gréoux-les-Bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Trente-cinq hectares de carte postale provençale avec une bastide en pierre à l'ombre des pins, 400 oliviers, 90 ruches et donc, dix hectares de pistachiers. Un projet agricole qui, a priori, pourrait ne pas correspondre à cet homme impatient, hyperactif qui dit "commencer à travailler vers 3 ou 4 heures du matin", quand on sait qu'un plant met dix ans à atteindre sa pleine production.
Un confinement déterminant
Mais l'homme qui ne tenait pas en place, professionnellement parlant, a changé de vie. L'âge aidant, la sagesse venant, la paternité… et une épidémie mondiale qui l'a littéralement marqué. Pour Charles-César d'Amat, il y a un avant et un après Covid. En vacances à l'Île Maurice avec son épouse en mars 2020, il y restera bloqué 57 jours dans ce qui n'a plus rien de paradisiaque, cherchant de quoi nourrir son fils aîné alors bébé.
"Après vingt ans d'amour fou, je vis un divorce avec Paris. Je me sens chez moi à Gréoux."
De retour sur le sol français, plus question d'imaginer reprendre sa vie parisienne là où il l'avait laissée. "Après vingt ans d'amour fou, je vis un divorce avec Paris. Je me sens chez moi à Gréoux", explique celui qui aime souligner aussi être "à moitié provençal", par sa famille paternelle.
Mais c'est sur la Côte d'Azur qu'il a établi son "camp de base". Il avait proposé Aix-en-Provence, "à seulement vingt minutes de la propriété", mais son épouse voulait voir la mer. Évoluant dans l'art, elle a préféré le Vallauris de Pablo Picasso, près de Cannes. Le couple y a acheté sa maison, face à la mer donc, sans n'y avoir jamais mis les pieds auparavant.
1 001 métiers
Difficile de définir la profession de Charles-César d'Amat en un mot. À 47 ans, celui qui enfant se rêvait comédien, répond dans un large sourire : "exploitant agricole". Puis plus sérieusement : "Mon métier, c'est de déceler ce qui va être la norme de demain. C'est pour ça que j'ai choisi l'impact il y a dix ans."
Il a d'abord été producteur de télévision - il confie avoir "coulé sa première boîte de prod' après huit ans d'existence et 28 salariés, ce qui était beaucoup trop".
Puis il évolue dans la communication, la publicité, l'événementiel, avant de devenir propriétaire d'un bar de nuit, puis d'un restaurant bistronomique avec son meilleur ami, aventure qui le conduira à s'intéresser au vin et à la biodynamie. "Je descendais souvent près de Manosque où j'ai des attaches familiales. Et je me suis mis à faire la tournée des vignerons raisonnés, bio. Je suis un passionné et quand j'aime, j'aime énormément. J'ai découvert tout un monde, celui du travail bien fait, où l'on vend bien ce que l'on produit, on n'est pas dans l'industrialisation."
Un chemin qui le conduira jusqu'au Clos Devançon, où il trouve "le sens" dont il avait tant besoin.
Un homme de réseau
Mais Charles-César d'Amat est aussi, à côté de tout cela, un entrepreneur, à la tête du Groupe d'Amat, une holding d'investissement fondée en 2015. Il est devenu l'un de plus importants business angel français, choisissant des start-up à fort impact environnemental et social (une vingtaine à ce jour en participation). À l'image de la niçoise Nolt qui conçoit et vend des maillots de sports confectionnés à partir de polyester recyclé.
En 2022, il crée Impact Business Angels, réseau de Business Angels exclusivement dédié au soutien de projets à impact. Trois ans plus tard, il cocrée Monaco Global Impact Business pour promouvoir les sociétés à impact au sein de la Principauté, et à l'international.
"Homme de réseau", il rappelle avoir fondé Génération Medef (aujourd'hui Comex 40), soulignant au passage son admiration pour l'action de Patrick Martin, président du syndicat patronal : "Depuis Laurence Parisot, je n'avais pas retrouvé une telle énergie." Depuis ses nouvelles fonctions, plus terriennes, il est devenu l'un des vice-présidents d'Innov'Alliance, le pôle de compétitivité dédié à la naturalité.
Un parcours d'élève sinueux
Ce goût pour les réseaux remonte à ses jeunes années, le long d'un parcours pavé d'obstacles. Une dyslexie synonyme de souffrance sur les bancs de l'école et des pensionnats, des classes redoublées, d'éternel zéro aux dictées, une étiquette de "cancre sympathique", un baccalauréat "brillamment raté" mais qu'il décide de repasser en cours du soir, alors qu'il a quitté le foyer familial de Versailles pour entamer sa nouvelle vie de fêtard à Paris. Venir d'une vieille famille de la noblesse française ne l'exempte pas de travailler. Pour payer son indépendance, il livre des pizzas, garde des enfants, et devient bachelier. "Paris est très dur, plein de certitudes. Commencer avec l'étiquette du looser aurait été une marque au fer rouge."
Bac en poche, il intègre l'ISG, l'Institut Supérieur de Gestion. "C'est une école de commerce très spéciale parce qu'elle est connue et reconnue pour son réseau et pour son style. Des ministres, des milliardaires sont sortis de l'ISG. Le réseau est incroyable."
Déjà une liste d'attente de chefs
Aujourd'hui, ses ambitions sont concentrées dans ce petit fruit qu'est la pistache verte dont il maîtrise désormais, assure-t-il, toute la chaîne, "de la production à l'assiette". Les dix premiers hectares plantés entre 2021 et 2023, ont donné leur première récolte cette année pour un volume forcément confidentiel.
Dix hectares "autofinancés, précise Charles-César d'Amat. Car les banques ne me suivent pas là-dessus. Elles suivent sur du capex, elles acceptent de financer un tracteur par exemple… mais je n'avais pas besoin de tracteur !" À 50 000 euros l'hectare, sans compter le foncier, les calculs sont vite faits.
Et ce n'est que le début. Quinze autres hectares devraient également être prochainement plantés. "D'ici à deux ans, nous serons à une tonne de pistaches vertes pour un hectare. Et nous avons déjà une liste d'attente de chefs cuisiniers et pâtissiers. C'est un produit gastronomique, très haut de gamme."
Un produit précieux à maints égards, symbole d'un véritable "retour aux sources, au sens et à la terre. Je n'ai jamais eu autant d'émotions qu'en voyant les plantes pousser et donner les premières pistaches !"