Municipales 2026 : logement et mobilité, les deux urgences qui unissent les entreprises de Marseille à Nice
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Municipales 2026 : logement et mobilité, les deux urgences qui unissent les entreprises de Marseille à Nice

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À l’approche des municipales de mars 2026, le monde économique fait entendre sa voix. De Marseille à Nice en passant par Toulon, une même hiérarchie des priorités s’impose : loger les actifs et fluidifier les mobilités, conditions désormais indissociables de l’attractivité et de l’emploi.

Patrick Moulard (au centre), président de la Fédération du BTP des Alpes-Maritimes, a demandé aux futurs maires, élus ou réélus, de faire preuve de courage — Photo : Olivia Oreggia

Qu’elles s’expriment à Marseille, Toulon ou Nice, les attentes du monde économique à l’approche des élections municipales de mars 2026 convergent. Loin des clivages politiques et des spécificités locales, une même hiérarchie des urgences s’impose : loger les actifs, d’abord, leur permettre de se déplacer, ensuite. Deux problématiques désormais au cœur du débat municipal.

Car sans logement abordable, pas de recrutement ; sans mobilité fiable, pas de bassin d’emploi fonctionnel. "Ne pas construire de logements, c’est organiser l’exclusion des actifs", résume sans détour Patrick Moulard, président de la Fédération du BTP des Alpes-Maritimes.

Le logement, point de convergence de toutes les alertes

Un constat partagé dans le Var, où professionnels de l’immobilier et de la construction ont décidé de peser directement sur la campagne. Réunis au sein de la délégation varoise de l’Observatoire immobilier de Provence (OIP), ils ont élaboré un manifeste de 21 propositions à destination des futurs élus. Leur message est clair : les communes détiennent une large part des leviers pour répondre à la plus grave crise du logement depuis les années 1950.

Les chiffres avancés sont sans appel. Près de 28 % des actifs varois demandeurs d’un logement social sont hébergés (souvent chez un proche) ou sans domicile, 19 % des étudiants renoncent à certaines formations faute de pouvoir se loger, tandis que les mises en chantier ont chuté de près de moitié par rapport à 2019. Pour Fabien Piersanti, "la construction de logements doit être au cœur de la campagne municipale" et, à la présidence de la Fédération du BTP Var, il a d’ailleurs opéré une vaste opération de lobbying pour pousser les candidats de huit villes varoises à s’engager, à travers un questionnaire. Même tonalité du côté de la Fnaim du Var, qui appelle les maires à "ne pas casser la chaîne du logement".

Au-delà du logement social, les professionnels plaident pour l’accélération des autorisations d’urbanisme, la mobilisation du foncier disponible et une fiscalité locale plus lisible.

"Du courage" face à la pénurie foncière

Dans les Alpes-Maritimes, où un quart des logements sont des résidences secondaires, la pression est encore plus forte. À Nice, deuxième ville la plus chère de France dans l’ancien, la rareté du foncier exacerbe les tensions. Là aussi, le monde économique hausse le ton. "Trop souvent, la peur de construire l’emporte sur le courage de décider", insiste Patrick Moulard, appelant les futurs maires à assumer des choix impopulaires mais structurants.

L’institut Enterritoires, après huit mois de travaux associant acteurs publics et privés, a formulé 30 propositions pour concilier logement accessible et mobilité sur la Côte d’Azur. Parmi elles : réserver certains secteurs à la résidence principale, développer le logement intermédiaire, mobiliser l’investissement privé dans la rénovation, ou encore expérimenter des dispositifs où l’employeur devient partie prenante de la solution logement pour ses salariés.

À Marseille, où l’Institut Enterritoires a mené un travail similaire, le diagnostic est tout aussi sévère. Entre 2020 et 2024, la ville n’a autorisé en moyenne que 2 900 logements par an, contre plus de 5 000 avant 2019, tandis que 45 000 demandes restent en attente dans le parc social et que près de 37 500 logements sont aujourd’hui vacants. Face à un parcours résidentiel largement bloqué, Enterritoires plaide pour un "choc d’offres" reposant sur la densification (élévation, reconstruction, réhabilitation) et sur une relance de la production aux niveaux fixés par le Plan local de l’habitat, soit 4 500 logements par an, dont plus de la moitié abordables. La rénovation massive du centre-ville, conditionnée à un modèle économique capable d’attirer l’investissement privé, est également identifiée comme un levier central.

Mobilité : l’autre face de la crise du logement

Dans tous les territoires étudiés, la mobilité apparaît comme le prolongement direct de la crise du logement. À Marseille, un habitant parcourt en moyenne 21 kilomètres par jour, plus qu’à Bordeaux (16 km) ou en Île-de-France (18 km), tandis que plus d’un actif sur deux se rend au travail en voiture.

Le collectif Tous acteurs, qui regroupe 180 représentants économiques de la métropole Aix-Marseille-Provence, fait de la mobilité intégrée un axe central de ses 42 propositions. Renforcement du ferroviaire, développement des BHNS (bus à haut niveau de service), covoiturage, parkings incitatifs, réalisation des 1 200 km de réseau cyclable : l’objectif est de désaturer les corridors domicile-travail et d’anticiper l’arrivée de milliers d’emplois, notamment autour de Fos-Berre.

Sur la Côte d’Azur, "10 000 Varois, 10 000 Cannois et 10 000 Grassois prennent leur voiture pour aller travailler à Sophia Antipolis", avance Pierre Antras, directeur territorial Sud de l’opérateur privé de transport public de voyageurs Keolis. Sur ce territoire que ce dernier qualifie d’atypique, Enterritoires, aux côtés de l'UPE 06, plaide pour une instance de coordination unique entre les sept autorités organisatrices de la mobilité, voire pour des projets lourds comme un métro littoral jusqu'à Monaco (rejeté par le ministre des transports Philippe Tabarot) ou des voies autoroutières réservées aux transports collectifs.

Les entreprises veulent peser sur la gouvernance locale

À Toulon, cette volonté d’influence prend une forme plus directe encore. Le collectif "Un bouclier pour Toulon", initié par le dirigeant d’entreprise Olivier Remini, entend nourrir le débat municipal par des études thématiques et un sondage local, dans une démarche revendiquée comme apolitique. Sécurité, environnement, ports militaires, qualité de l’air : autant de sujets pensés comme indissociables de l’attractivité économique. Partie prenante du catalogue de propositions, compilées par l’Institut Enterritoires, l’entrepreneur marseillais Guillaume Pellegrin, à la tête de Tivoli Capital et de Newton Offices, a la conviction que "le monde économique doit prendre sa part : les entreprises […] ne peuvent plus se contenter d’être spectatrices."

Une logique partagée par l’UPE 13, qui propose aux candidats un pacte de gouvernance partagée conditionnant son soutien. "Jusqu’à présent, nous avons été gentiment respectés. Cela ne nous suffit plus", assume son président Philippe Korcia. Le message est clair : le monde économique ne veut plus être consulté, il veut être entendu.

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