En 2020, lors des dernières élections municipales, le collectif Tous acteurs avait fait 15 propositions aux candidats, accompagnées d’une charte. Six ans plus tard, il en a présenté 42, au Palais de la Bourse de Marseille. Regroupant 180 représentants du monde économique de la Métropole Aix-Marseille Provence (représentés par les chambres consulaires, fédérations, groupements interprofessionnels et professionnels, clubs d’entreprises, associations de zones d’activités et de commerçants), le collectif "part du principe que pour faire gagner notre territoire, l’audace entrepreneuriale peut tracer une voie, inspirer nos élus, explique Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille Provence. Pour nos entreprises, mais aussi au-delà, pour nos concitoyens." Objectif : "Booster l’économie du territoire."
Un contrat de gouvernance territoriale partagée
Cinq groupes ont donc travaillé dans une démarche collaborative, sur les thèmes considérés comme essentiels : le foncier et le logement, la mobilité, les centres-villes, la jeunesse, l’attractivité et les grands projets. Après une douzaine d’ateliers, qui ont mobilisé une soixantaine de participants, chacun a émis des propositions concrètes, mais aussi suggéré des "petits pas" et des idées "audacieuses". Pour aboutir à "une sorte de mode opératoire, de contrat de gouvernance territoriale partagée", résume Jean-Luc Chauvin, qui estime que "les élus sont là pour mettre en œuvre, les acteurs économiques pour les accompagner".
Une méthodologie de "co-construcion et d’expérimentation que défend le Club Top20", rappelle Sandrine Motte, qui fait partie du conseil d’administration de cette structure fédérant les dirigeants des plus grandes entreprises de la Métropole Aix-Marseille Provence. "L’économie d’un territoire ne se pilote plus en silo, commune par commune, sujet par sujet, mais comme un tout cohérent à l’échelle de notre bassin de vie", souligne-t-elle.
Dans l’attente d’engagements
Tous les candidats déclarés, dans les 92 communes de la métropole, vont donc recevoir ces suggestions (elles sont envoyées ce 4 février) et être appelés à y répondre. "Nous souhaitons que les candidats se les approprient et s’engagent à les mettre en œuvre. Nous communiquerons donc sur leurs retours", insiste le président de la CCI AMP. Les propositions s’adressent d’ailleurs aux futurs élus municipaux mais aussi à leurs homologues métropolitains, issus de leurs rangs.
Mieux utiliser le foncier
Et c’est la problématique du foncier, de l’immobilier d’entreprise et du logement des actifs qui est la plus nourrie, avec 7 propositions contre 5 pour chacune des autres thématiques. Tous acteurs demande ainsi d’intensifier l’usage du foncier, de requalifier les friches industrielles ou encore d’expérimenter "la charge foncière décalée et maîtrisée" pour relancer la production de logements et bureaux. Un modèle financier applicable aux cessions de terrains publics, selon lequel le vendeur ne perçoit la recette foncière qu’une fois l’opération commercialisée, afin d’inciter les promoteurs à lancer les opérations.
Fluidifier la mobilité
Le collectif est également proactif sur la mobilité, notant dans sa synthèse qu’il est "urgent de créer un système plus intégré, plus fiable et respectueux de l’environnement" pour "renforcer la compétitivité". Sont notamment mis en avant le renforcement des axes ferroviaires Aubagne-Marseille, Aix-Marseille et Vitrolles-Marseille, l’expérimentation d’une voie partagée BHNS (bus à haut niveau de service)-covoiturage, la réalisation des 1 200 km de réseau cyclable structuré prévus dans le Plan de Mobilité Métropolitain et la concrétisation de l’intégralité du Plan de Mobilité Fos-Etang de Berre pour anticiper l’arrivée de nouvelles activités et de nouveaux salariés. Une mobilité que l’on retrouve également sur la question des centres-villes, où le collectif réclame des parkings à des tarifs incitatifs et des zones de dépose-minute.
Renforcer l’attractivité
Plus largement, Tous acteurs rappelle la nécessité de renforcer le rayonnement de la métropole pour y attirer des entreprises, des investissements et des actifs. Cela passe par exemple par la requalification des abords des gares TGV de Marseille et Aix-en-Provence, l’ouverture de "lieux totem de valorisation du Made in Provence" et la promotion d’une réindustrialisation décarbonée, notamment auprès des plus jeunes. Ce secteur prometteur, comme celui des transitions numériques et écologiques, doit susciter des vocations auxquelles il faut répondre avec des formations adaptées, estime le collectif. Qui plaide pour l’augmentation des capacités des écoles d’ingénieurs existantes et la création de nouvelles, ainsi que pour des écoles davantage reconnues dans l’IA, la cybersécurité, les métiers de la mer et l’hôtellerie. Il propose par ailleurs d’instaurer dans chaque commune une commission mettant les jeunes entrepreneurs en relation avec l’écosystème local.
"Ces propositions viennent du terrain, elles ne sont pas hors-sol, conclut Élodie Garcia, représentant la CPME13. On voudrait que ce soit la feuille de route des élus." "Aujourd’hui et au-delà du 22 mars", prolonge Catherine Valès, présidente de l’U2P des Bouches-du-Rhône.