En Mayenne, les 21 exploitations laitières bio livrant la Fromagerie d’Entrammes ont trouvé un nouveau collecteur : Biolait. Après la liquidation judiciaire de la coopérative Lait Bio du Maine, qui portait la fromagerie, le 27 avril 2026, ces éleveurs mayennais s’étaient retrouvés sans débouchés. L’entreprise qu’ils avaient créée en 2010 transformait une partie de leur lait en fromages. Le reste des volumes de lait étaient revendus en spot, le marché des surplus de laiterie à laiterie, ou via des contrats auprès de transformateurs locaux.
Reprise de la collecte dès le 6 mai
Le conseil d’administration de Biolait s’est engagé le 5 mai 2026 à reprendre les 4 millions de litres de lait bio de ces producteurs mayennais à partir du 6 mai. "Nous avons évalué qu'à compter de cette date et jusqu'à la fin de l'année 2026, cela représentait encore 2,5 millions de litres" indique le président de Biolait, Philippe Marquet.
Un contexte de surproduction
Toutefois, dans un contexte de surproduction laitière et en pleine période de pic de production estivale, la société basée à Saffré (Loire-Atlantique) a demandé des engagements ponctuels de mutualisation. Philippe Marquet salue au passage "l’implication de la préfète de la Mayenne (Nadège Baptista) qui a réuni tous les acteurs de la filière locale autour de la table, de toutes dimensions, pour trouver des solutions".
La préfète de la Mayenne reconnait ainsi qu’actuellement, "les capacités d’absorption du marché du lait (réception en usine, valorisation des produits transformés, restauration hors domicile, etc.) sont saturés et ne permettent pas dans l’immédiat de trouver des débouchés pérennes" pour le lait des producteurs de l’ex-Fromagerie d’Entrammes.
La solidarité dans la filière laitière locale
Pendant quatre mois, Biolait se chargera ainsi de la collecte mais le lait sera ensuite directement pris en charge par plusieurs transformateurs présents dans l’Ouest, afin de faciliter les écoulements de ces volumes supplémentaires : jusqu’à fin août par la coopérative Agrial et les entreprises Bel, Lactalis, LSDH, Savencia, Vaubernier et Olga, et jusqu’à fin septembre par le groupe coopératif Sodiaal.
"C’est une réponse à l’urgence, explique le président de Biolait. Ensuite, on espère que le marché bio sera plus florissant, les indicateurs sont positifs."
Les réunions de ces dernières semaines, et les images des ex-producteurs de Lait Bio du Maine jetant leur lait le week-end précédant cet accord, ont également eu selon Philippe Marquet le mérite de recréer du dialogue au sein de la filière. Le producteur de la Loire espère que cette dynamique se poursuivra.
Une solution pour l'avenir
Avec les volumes de lait repris en Mayenne, Biolait va densifier sa zone de collecte laitière dans le Grand Ouest, et va pouvoir ainsi réduire des coûts au kilomètre. Selon Philippe Marquet, c’est aussi un moyen d’anticiper la pyramide des âges et les nombreux départs en retraite à venir dans l’élevage en France. Biolait (140 M€ de CA en 2025) collecte son lait auprès de ses 1 040 fermes adhérentes dans 73 départements, soit 226 millions de litres en 2025.
Cette reprise de collecte intervient alors que Biolait a annoncé dans son projet stratégique à horizon 2030 étudier l’intérêt de créer ses propres marques de produits laitiers bio. La société, qui collecte un tiers du lait bio produit en France, évalue ainsi les moyens de capter de la valeur ajoutée. Depuis sa création en 1994, les dirigeants de Biolait avaient toujours refusé de se lancer dans la transformation afin de peser de manière singulière dans les négociations sur le prix du lait avec l’industrie. Les soubresauts du marché bio de ces dernières années leur ont visiblement fait changer leur fusil d’épaule. La reprise de la fromagerie en Mayenne n’était cependant pas à l’ordre du jour.