La raclette C’est Qui le Patron ? n’a pas suffi à relancer l’activité, la Fromagerie d’Entrammes cherche un repreneur
# Agroalimentaire # PME

La raclette C’est Qui le Patron ? n’a pas suffi à relancer l’activité, la Fromagerie d’Entrammes cherche un repreneur

S'abonner

Après des années difficiles, la fromagerie mayennaise a lancé un nouveau produit à l’automne sous l’étiquette "C’est Qui le Patron ?". Mais les résultats des ventes de cette raclette ne sont pas au rendez-vous. La société, portée par une coopérative de producteurs de lait bio, a été placée en redressement judiciaire.

La fromagerie a été créée en 2010 en Mayenne par la société Lait Bio du Maine pour produire des fromages à pâte pressée non cuite, inspirée de la recette des moines voisins, au départ — Photo : Frédéric Gérard

Le 10 février 2026, le Tribunal de Commerce de Laval a placé la SCEA Lait Bio du Maine en redressement judiciaire. La société gère la production et la commercialisation des produits laitiers sous l’enseigne Fromagerie d’Entrammes. Son activité est essentiellement orientée dans les fromages au lait cru. Le lait transformé provient de 25 fermes laitières en agriculture biologique, organisées en coopérative. Située près de Laval, l’entreprise emploie actuellement 22 salariés.

Des chiffres à la baisse

En 2023, la société fromagère avait réalisé 6,4 millions d’euros de chiffre d’affaires, pour ensuite descendre à 4,8 millions d’euros en 2024. Mais sur cet exercice, le résultat net avait bondi à 560 000 euros. Un phénomène positif, mais temporaire, dû à la vente des murs à Laval Mayenne Aménagements : la société d’économie mixte œuvrant pour le développement économique sur le territoire avait ainsi offert une première bouffée d’oxygène à la PME.

En 2025, le chiffre d’affaires, le résultat net et les volumes de ventes de la fromagerie ont diminué. Un repreneur est désormais attendu. Les candidats ont jusqu’au 2 avril pour déposer leur offre de rachat.

Un espoir de courte durée dans la raclette

Il y a six mois, la fromagerie a joué son va-tout : elle s’est lancée dans la fabrication de raclette pour la marque C’est Qui le Patron ?. La marque de consommateurs avait trouvé un gros contrat avec l’enseigne Carrefour. "Nous sommes très loin des objectifs annoncés, pour l’instant nous n’avons pas de réponse sur les raisons de ", rapporte David Hay, le président de la société coopérative mayennaise. L’hiver globalement doux semble ne pas avoir joué en faveur de la raclette, qui reste un produit de saison.

Trouver des volumes

"Nous faisions déjà de la raclette sous notre marque. Cela nous paraissait donc évident d’en faire davantage pour aller chercher des volumes", explique David Hay. La raclette "C’est Qui le Patron ?" était un moyen d’étendre la zone de chalandise à l’échelle nationale. Car dans un marché très concurrentiel, la taille de la structure avec ses 170 tonnes de fromages fabriquées en 2024 — et une production moindre en 2025 — rendait difficile son positionnement dans la bataille des linéaires.

"On sent actuellement un frémissement sur le marché des produits bio. Mais nous n’avons pas encore retrouvé le niveau des ventes de 2021"

Les produits de la Fromagerie d’Entrammes sont principalement connus et vendus en Mayenne et dans les départements limitrophes en restauration, épicerie et grandes surfaces.

Un contexte devenu défavorable

Créée en 2010 à l’initiative d’éleveurs souhaitant maîtriser la valorisation de leur lait de qualité, la fromagerie a longtemps bénéficié de l’engouement pour les produits bio. Globalement, jusqu’après la période de Covid, retrace le président David Hay. "On sent actuellement un frémissement sur le marché des produits bio. Mais la commercialisation était tellement descendue bas depuis 2022 que nous, nous n’avons pas retrouvé le niveau des ventes de 2021."

Des problèmes en cascade

Ces dernières années, la fromagerie a enchaîné les difficultés : coup de frein sur le marché des produits laitiers, baisse du pouvoir d’achat des consommateurs qui ne favorise pas les produits de qualité, problème sanitaire (une suspicion de contamination à la Listeria en 2024)… "Suite à cet épisode, nous avons perdu des clients et des producteurs en fin de contrat. Et moins on a de lait, plus c’est difficile de peser dans les négociations", confie David Hay. Cela a notamment pénalisé la valorisation du lait non transformé, que la coopérative revend soit sous contrats, soit en lait délassé aux cours mondiaux du lait conventionnel, à la baisse depuis 2025.

Laval Ile-de-France # Agroalimentaire # PME # Procédure collective # Production # Conjoncture