Les difficultés s’accumulent pour l’industriel Eurolysine (ex-Metex), basé à Paris, qui compte un site de production à Amiens (Somme) et un centre de R & D à Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme). Dans un courrier adressé au vice-président exécutif de la Commission européenne Stéphane Séjourné et au ministre de l’Économie Roland Lescure, plusieurs élus des Hauts-de-France et européens alertent sur "une urgence industrielle et financière" menaçant le seul producteur européen d’acides aminés de fermentation, destinés à la nutrition animale.
Une concurrence déloyale
Détenu depuis 2024 par le groupe Avril, Eurolysine (48,3 M€ de CA en 2024) compte un seul site de production à Amiens (Somme), qui fait vivre "350 familles sur le bassin amiénois", rappellent les signataires, parmi lesquels Frédéric Fauvet, maire d’Amiens et président d’Amiens Métropole, Rémi Cardon, sénateur de la Somme, Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France ou encore Valérie Devaux, députée européenne. Selon eux, l’entreprise est de nouveau fragilisée par la concurrence chinoise, malgré les droits antidumping instaurés par Bruxelles pour protéger la filière européenne.
Dans leur courrier, les élus estiment que les producteurs chinois ont rapidement contourné ces mesures en abaissant fortement leurs prix, jusqu’à vendre à perte selon eux, provoquant une baisse artificielle des cours sur le marché européen. Une situation qui "asphyxie financièrement" Eurolysine alors même que, depuis sa reprise par Avril, "les objectifs de production sont pleinement atteints".
Un an de pertes d’exploitation
L’entreprise enregistrerait des pertes d’exploitation continues depuis plus de douze mois. Face à cette dégradation, les élus demandent à la Commission européenne d’accélérer l’enquête anti-absorption ouverte le 30 avril dernier, une procédure visant à vérifier si les producteurs chinois neutralisent l’effet des taxes douanières en cassant leurs prix. Sans en attendre l’issue, les élus appellent à la mise en place de droits de douane provisoires, portés à 80 %. "Chaque jour qui passe rapproche le site du point de rupture", préviennent-ils.
Le courrier appelle également l’État à soutenir financièrement l’industriel, après le refus de Bpifrance, actionnaire à hauteur de 45 %, de participer à une nouvelle recapitalisation. Les élus demandent ainsi une entrée directe de l’État au capital, aux côtés du groupe Avril, afin d’éviter la disparition d’un acteur jugé stratégique pour la souveraineté alimentaire européenne.