France
Comment l’Europe compte sauver son industrie
France # Industrie # Politique économique

Comment l’Europe compte sauver son industrie

Pour tenter d’améliorer la compétitivité de l’industrie du Vieux-continent, la Commission européenne vient de dévoiler son plan pour une industrie propre. Il tente de redonner des moyens aux industriels européens dans la compétition internationale tout en les incitant à se décarboner.

Le plan de Bruxelles affiche un double objectif : redonner de la compétitivité tout en accélérant la décarbonation des usines — Photo : Aluminium Dunkerque

L’Europe dégaine son "Clean Industrial Deal", son plan pour tenter de sauver son industrie. Face aux récents appels à l’aide de la chimie, de la sidérurgie ou encore de l’automobile, "les industries européennes ont besoin d’un soutien urgent", indique la Commission européenne. Le plan de Bruxelles affiche un double objectif : redonner de la compétitivité tout en accélérant la décarbonation des usines. Ce plan est dévoilé le même jour que le projet Omnibus, destiné à simplifier les réglementations auxquelles sont soumises les entreprises, notamment en matière de durabilité (CSRD) et de vigilance (CS3D).

"Les coûts élevés de l’énergie nuisent aux citoyens et aux entreprises de l’union Européenne"

Le plan pour l’industrie s’attaque d’abord aux coûts de l’énergie, devenue trop chère en Europe. "Les coûts élevés de l’énergie nuisent aux citoyens et aux entreprises de l’Union Européenne", assure la Commission européenne. Celle-ci indique que l’électricité est trois fois plus onéreuse que le gaz dans de nombreux pays européens et que les prix de détails pour les industriels ont presque doublé depuis entre 2021 et 2023 (ils ont baissé depuis, NDLR).

De la visibilité pour les industriels énergivores

Pour rendre l’énergie plus abordable, la Commission européenne propose plusieurs actions d’urgence. Pour les industries les plus consommatrices en énergie, la Commission compte mettre en place des contrats tripartites entre les pouvoirs publics, les producteurs d’énergies et les industriels. Ces contrats de longs termes devront offrir de la visibilité aux industriels comme la chimie ou la sidérurgie et leur proposer des prix attractifs. En janvier, le président d’ArcelorMittal France Alain Le Grix de La Salle avait alerté sur la situation des producteurs d’acier en Europe, pointant notamment du doigt les coûts énergétiques en Europe.

"Le coût de l’énergie est le principal facteur qui explique notre retard de compétitivité. Afin de convaincre les fournisseurs d’électricité propre de consentir des contrats à long terme aux industriels, et donc de désindexer le prix qu’ils consentent de celui du marché, la Banque européenne d’investissement se portera garante", explique Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne dans une interview accordée à nos confrères du Monde.

Des mesures pour baisser les coûts de l’énergie

Dans le but de réduire la facture, l’Europe veut massifier ses achats de gaz. La Commission "étudiera comment exploiter le pouvoir d’achat de l’Union pour obtenir de meilleurs prix pour le gaz naturel importé".

Au niveau de l’électricité, la Commission proposera une méthodologie devant permettre aux pays membres d’utiliser plus efficacement le réseau, en réduisant les coûts de fonctionnement et d’investissement. Cela pourrait se traduire pour les consommateurs par une réduction des taxes nationales sur l’électricité.

Énergies renouvelables et économies d’énergie

La Commission compte mettre en œuvre des mesures permettant d’accélérer les procédures d’autorisations des projets énergétiques. Elle encouragera par ailleurs les acteurs du marché qui fournissent des solutions d’efficacité énergétiques aux entreprises (en matière de rénovation de bâtiment ou de solutions d’éclairage), par le biais d’incitations financières.

Le plan européen ne modifie toutefois pas les règles controversées de construction du prix de l’électricité, qui font que ce dernier est lié au prix du gaz. "Cette discussion devra avoir lieu. Mais les différences de mix énergétique entre États membres la rendent très difficile", assure Stéphane Séjourné au Monde.

45 milliards d'économies sur l'énergie dès cette année

L'ensemble de ces mesures doit dégager des résultats dès à présent. Pour la Commission européenne, elles permettront "de réaliser des économies globales estimées à 45 milliards d'euros en 2025, avec une augmentation progressive jusqu'à 130 milliards d'euros par an d'ici 2030, et 260 milliards d'euros par an d'ici 2040".

Favoriser le made in Europe

Outre l’énergie, l’Europe annonce qu’elle va favoriser les produits fabriqués en Europe. Dans les marchés publics, la Commission examinera en 2026 la préférence européenne pour des secteurs jugés stratégiques. Cela va passer par l’introduction de "critères de durabilité, de résilience" et de "fabriqué en Europe" dans les marchés publics.

100 milliards d’euros d’aides

Le pacte industriel européen s’appuiera sur une enveloppe de 100 milliards d’euros. "Nous mobiliserons 100 milliards d'euros afin d'établir une nouvelle banque de la décarbonation. Nous lancerons bientôt de nouveaux appels à propositions dans le domaine de la décarbonation de l'industrie, en nous appuyant sur un modèle particulièrement réussi, celui de la Banque de l'hydrogène", indique Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Contrairement à ce que son nom suggère, la Banque de l'hydrogène n'est pas une institution financière. Mais un mécanisme qui vise à doper la production d'hydrogène en allouant les fonds européens disponibles.

Sécuriser l’approvisionnement

Pour permettre aux industriels européens de sécuriser leur approvisionnement, la Commission compte jouer la carte collective. Elle veut mettre en place un mécanisme permettant aux industriels de se regrouper pour massifier leurs achats de matières premières critiques, ce qui leur permettra de créer des économies d’échelles et d’avoir plus de poids dans les négociations commerciales.

Taxe carbone revisitée

Enfin, pour se protéger de la concurrence internationale, la Commission annonce qu’elle simplifiera et renforcera le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.

France # Industrie # Politique économique # Union européenne