La situation des équipementiers automobiles continue de se dégrader, alerte la Fédération des industries du secteur. Les résultats financiers de plus de 200 entreprises, et une enquête sur l’activité et l’emploi, révèlent que la filière est "sous forte tension". La Fiev cite notamment une rentabilité dégradée, des suppressions d’emplois, des fermetures de site et des délocalisations accélérées.
"Près de 40 % des entreprises affichent un résultat d’exploitation négatif, perdant de l’argent sur leur activité courante", détaille la Fédération. 52 % des entreprises dégagent une rentabilité comprise entre 0 et 10 % ce qui constitue "un niveau extrêmement faible qui ne leur permet pas d’absorber les aléas économiques ou d’investir suffisamment", commente la Fiev.
Une menace pour l’emploi
Ces résultats financiers impactent directement l’emploi dans ces entreprises. La Fiev évoque même une "réalité sociale dramatique". 45 % des entreprises ont ainsi supprimé des emplois en France sur la dernière année. Dans les prochains mois, 35 % des équipementiers anticipent de nouvelles suppressions de postes. Le recours à l’activité partielle est aussi prévu par un équipementier sur cinq dans les six prochains mois.
"Sans action rapide et déterminée, ce sont des milliers d’emplois industriels, des dizaines d’usines et des pans entiers de notre savoir-faire qui vont continuer de disparaître au profit de pays à bas coûts"
Un contexte tout aussi tendu sur l’import-export
La filière connaît aussi un "déficit structurel" en matière de balance commerciale, affirme Franck Fontanesi, directeur économie et statistiques de la Fiev. En 2023, le solde commercial était déficitaire de 8,3 milliards d’euros sur la pièce automobile.
Un solde commercial qui devrait passer à -7,5 milliards d'euros en 2025. "Ce déficit est notamment accru avec la Chine, mais pas avec les États-Unis, avec qui au contraire, les chiffres s’améliorent pour atteindre un quasi-équilibre", précise Franck Fontanesi.
La problématique vient donc des produits en provenance d’Asie. "La croissance des importations en provenance de Chine est considérable et atteint 1,9 milliard d’euros quand les exportations sont de 230 millions d’euros". Les batteries jouent aussi un rôle important dans le poids du déficit commercial avec la Chine sur la pièce automobile. "Si on met en plus les batteries on peut ajouter deux à trois milliards de déficit", ajoute Franck Fontanesi qui identifie sur ce point "un défi important".
Dans ce contexte, 74 % des équipementiers anticipent une réduction de leurs capacités de production en Europe dans les cinq prochaines années, affirme la Fiev. La concurrence accrue venue de Chine et la montée en charge trop lente des véhicules électriques sont clairement identifiées comme des facteurs importants de cette tendance.
Un appel à des préférences de contenu local
La fédération appelle donc l’Europe à se montrer clairement en faveur de l’adoption de mesures imposant un minimum de composants européens pour la production de véhicules sur le continent. "80 % [de composants européens] pour les voitures et 70 % en moyenne pour les pièces", chiffre la Fiev. "Sans action rapide et déterminée, ce sont des milliers d’emplois industriels, des dizaines d’usines et des pans entiers de notre savoir-faire qui vont continuer de disparaître au profit de pays à bas coûts", affirme Jean-Louis Pech, Président de la Fiev dans un communiqué.
Les équipementiers automobiles attendent de pied ferme, comme de nombreux autres secteurs, la loi d’accélération industrielle européenne qui prévoit notamment l’inscription de la préférence européenne dans le corpus juridique européen. Le texte sera présenté le 26 février prochain.