L’UIMM Loire se dote d’un nouveau campus de formation. Pouvez-vous nous expliquer les tenants et aboutissants de ce projet ?
Le Centre de formation des apprentis de l’industrie (CFAI) que nous avions sur Saint-Etienne commençait à devenir un peu ancien et petit. Nous avons donc décidé d’en faire une extension, quelques rues plus loin, pour proposer de nouvelles formations et avoir une capacité d’accueil plus importante. Nous avons donc investi plus de 10 millions d’euros pour réhabiliter une ancienne friche de plus de 5 000 m² que nous avons transformée en campus dédié à la formation aux métiers de l’usinage, de la chaudronnerie, de la robotique et de la conduite de process industriels. Ce bâtiment sera aussi une vitrine technologique de nos savoir-faire. Une vitrine visible depuis l’extérieur puisque le bâtiment est doté de grandes baies vitrées qui vont nous permettre d’exposer du matériel à la pointe des technologies numériques, robotiques et de ce que les entreprises attendent. Ce bâtiment est partiellement terminé. Des formations ont démarré en septembre dernier. Il sera terminé pour la rentrée prochaine.
Comment se portent vos adhérents ?
Exceptions faites de certains secteurs, les carnets de commandes se sont globalement assez fortement contractés. Nos entreprises manquent de visibilité et, évidemment, la situation politique de notre pays complique le climat des affaires. L’économie est paralysée. Beaucoup de projets sont à l’arrêt dans l’attente d’une visibilité plus grande sur le plan fiscal. Cela se traduit sur le volet de l’emploi par des embauches qui ne se font pas, des départs qui ne sont pas remplacés. Nous constatons aussi une demande croissante du chômage partiel. Plus 30 % par rapport à l’an passé. Les entreprises essaient de temporiser, de résister, mais il ne faudrait pas une nouvelle dissolution. Cela plongerait nos entreprises dans un marasme économique sans précédent.
Quels sont les secteurs les plus impactés dans la Loire ?
L’automobile connaît une crise majeure du fait des changements de technologie, avec ce passage assez brutal à l’électrique et à l’hybride. Mais aussi du fait de la concurrence chinoise qui déferle sur l’Europe. Concurrence assez déloyale puisque bon nombre d’entreprises chinoises sont subventionnées par l’État chinois. Et bon nombre de ces entreprises qui exportent vers l’Europe sont prêtes à vendre à n’importe quel prix tant la surproduction est manifeste dans ce secteur en Chine. Or, l’Europe n’a pas la capacité aujourd’hui à produire des taxes à l’importation comme le font les États-Unis sans se préoccuper de ce qui se passe ailleurs.
Quel est le poids de la filière automobile dans la Loire ?
Nous avons quelques équipementiers comme Dumarey qui sont directement impactés mais nous avons surtout beaucoup de sous-traitants qui fabriquent des biens d’équipements industriels pour la production automobile. Ces entreprises, souvent mal identifiées, sont frappées de plein fouet par les arrêts de production de groupes comme Stellantis. Elles essayent de se diversifier, de conquérir des marchés à l’export, mais en général le premier marché vers lesquels on se tourne c’est l’Europe et en particulier l’Allemagne, notre premier partenaire commercial. Problème, l’Allemagne aussi est en panne. Les équipementiers et les constructeurs allemands sont en train de fermer des usines avec des plans sociaux sans précédents.
L’automobile n’est pas la seule filière impactée ?
Non, Il y a toutes les activités de mécanique qui tournent autour du BTP (engins de chantier, matériel de construction) et dont on connaît les difficultés rencontrées en 2024. L’année 2025, ne s’annonce pas meilleure ! La rénovation énergétique se porte mieux mais la confusion sur la continuité des aides de l’État risque de plomber encore le secteur et en bout de courses nos entreprises.
Quels sont les secteurs qui tirent leur épingle du jeu ?
Le médical, l’agroalimentaire, l’énergie sont des secteurs qui ne se portent pas trop mal. Beaucoup d’entreprises se disent néanmoins inquiètes des tensions avec les États-Unis et s’attendent à des taxes à l’importation qui vont forcément impacter leur activité. Résultat, de plus en plus de nos adhérents se tournent vers l’Inde, un marché émergent. L’Inde sera sans doute dans les dix ans le pays le plus peuplé au monde. C’est un pays avec une croissance intéressante et une demande assez forte en biens d’équipements industriels.
Dans les secteurs qui se portent bien, on trouve le nucléaire. Vous avez confirmé récemment la création d’un consortium du nucléaire dans la Loire. Pour quelles raisons ?
Le nucléaire fait partie des secteurs porteurs depuis l’annonce en 2022 du programme de relance nucléaire et la construction de six EPR2, avec une option pour porter ce nombre à 8. Si on ajoute le maintien en condition opérationnelle du parc existant, il y a là des perspectives extrêmement fortes pour l’industrie. Problème, dans la Loire, nous sommes relativement peu visibles dans le nucléaire alors que bon nombre d’entreprises travaillent déjà pour ce secteur.
"Le nucléaire, c’est un programme sur plusieurs décennies. Ce sont donc des emplois sur le long terme et non pas délocalisables. C’est une forme d’assurance-vie pour notre industrie."
Ce déficit d’image s’explique par l’absence de grands acteurs du nucléaire sur notre territoire. Nous n’avons pas EDF, Orano, Framatome ou le CEA. L’idée du consortium est de rassembler les entreprises ligériennes qui travaillent déjà dans le nucléaire - nous en avons identifié près de 70 - pour mettre en avant tout ce savoir-faire et promouvoir l’industrie ligérienne dans ce secteur. Le consortium a vocation à amener de la visibilité et aider les entreprises à monter en compétences en les accompagnants notamment dans les certifications.
Est-ce que le nucléaire peut-être une voie de diversification et de sortie de crise pour les sous-traitants de l’automobile ?
Si vous fabriquez des millions de pièces unitaires pour l’automobile, le nucléaire ne va pas vous apporter des marchés dans des volumes comparables. En revanche, toutes les entreprises qui font des biens d’équipements industriels sur des volumes plus faibles mais avec beaucoup de technologies et savoir-faire, pourraient tout à fait se reconvertir dans le nucléaire moyennant des montées en compétences de personnels, des reconversions et des certifications. D’où l’intérêt de notre consortium. Et puis, le nucléaire, c’est un programme sur plusieurs décennies. Ce sont donc des emplois sur le long terme et non pas délocalisables. C’est une forme d’assurance-vie pour notre industrie. C’est un train que la Loire ne doit pas rater !