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Agroalimentaire : les négociations commerciales patinent à l’approche de la dernière ligne droite
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Agroalimentaire : les négociations commerciales patinent à l’approche de la dernière ligne droite

À l’approche de la clôture des négociations commerciales le 1er mars, les relations entre producteurs, industriels et grande distribution se sont envenimées. La Fédération du Commerce et de la distribution (FCD) a quitté le comité de suivi des négociations après les critiques de la ministre de l’Agriculture, l’association Pact’Alim dénonce des demandes de baisses de prix inacceptables, et les coopératives signalent des pressions…

Des déclarations d’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, ont provoqué la colère de la Fédération du commerce et de la distribution — Photo : Capucine Taconet

Les producteurs et distributeurs de l’agroalimentaire semblent être venus à bout de leur entente cordiale. À quelques jours du Salon de l’agriculture qui ouvre le 21 février et, surtout, de la clôture des négociations commerciales annuelles le 1er mars, la Fédération du Commerce et de la distribution a claqué la porte du comité de suivi des négociations.

"Une politique de diversion" pour la FCD

Les déclarations d’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, à l’attention de la grande distribution sont en cause. La ministre a en effet déclaré au journal Le Parisien le 15 février que "certaines enseignes procèdent à un chantage mortifère". Pour la FCD, "désigner la distribution comme responsable de tous les déséquilibres relève d’une politique de diversion" occultant les "véritables leviers d’action".

Dans une lettre adressée à la ministre, la Fédération présidée par Alexandre Bompard, PDG du groupe Carrefour, estime qu’il existe de "véritables leviers d’action" comme la simplification administrative, la protection face aux normes étrangères moins exigeantes ou encore la modernisation des outils de production.

La FCD y défend aussi son bilan, citant l’Observatoire de la formation des prix et des marges. "Entre 2020 et 2025, les prix alimentaires à la consommation ont progressé de 23 %, quand les prix de vente industriels agroalimentaires augmentaient de 34 % et les prix agricoles à la production de 31 %".

Des demandes "pas acceptables" de baisses de prix pour Pact’Alim

Pour les PME et ETI de l’alimentation représentées par Pact-Alim, "les déclarations de la FCD n’engagent que la FCD", commente Jérôme Foucault, son président. Ce dernier constate des demandes "pas acceptables de baisses de prix, dans un contexte où les matières premières agricoles sont sous tension et où les salaires ont augmenté". Selon un récent sondage réalisé par Pact’Alim auprès de ces adhérents, 25 % des répondants affirmaient que les négociations sont marquées par des baisses de prix systématiques et des pressions persistantes.

1,5 à 3 %

Pact’Alim a fait part "des états de blocage de ses adhérents" au gouvernement. L’association espère parvenir à faire passer "ses augmentations de coûts à la distribution qui ensuite fixe les prix de vente consommateurs et fera bien ce qu’elle veut", ajoute Jérôme Foucault. Les hausses de tarifs demandés par les PME et ETI de l’alimentation oscillent entre 1,5 et 3 %.

Quant à la charte d’engagements mutuels voulue par le gouvernement, qui devait "créer un espace d’échanges stable, voulu par tous, et orienté vers l’intérêt général" entre les participants des négociations, force est de constater qu’elle "n’a pas eu l’effet souhaité", commente le président de Pact’Alim.

Des "pressions et menaces" subies par les coopératives

Les agriculteurs dénoncent quant à eux un "climat profondément dégradé" avec les industriels et la grande distribution. La coopération agricole dénonce des "pressions et menaces" subies par près de la moitié des coopératives. Les menaces portent sur "le déréférencement" de certains produits "pour se voir imposer des baisses de prix injustifiées, au mépris de la loi Egalim qui impose la non-négociabilité du prix des matières premières agricoles", indique la fédération dans un communiqué.

"Tous les voyants sont au rouge"

Selon La coopération agricole, ces pratiques "fragilisent toute la chaîne alimentaire en aval des négociations". Elle appelle à la "responsabilité des distributeurs" et à l’application de la charte d’engagement, à l’instauration d’un dialogue constructif avec tous les acteurs. L’objectif étant de "reconquérir notre souveraineté alimentaire" alors que "tous les voyants sont au rouge" sur ce sujet.

Dans cette guerre des prix entre producteurs, industriels et distributeurs, les consommateurs aussi tentent de se faire entendre. 32 associations de divers horizons (associations de consommateurs, de lutte contre la précarité, de professionnels de santé, de défense de la santé environnementale) appellent à la mise en place de prix coûtants sur 100 produits "bons pour la santé", comme les fruits et les légumes et les produits issus de l’agriculture biologique, dans les supermarchés.

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