L’annonce du groupe mayennais Lactalis (29,5 Md€ de CA) de supprimer 140 millions de litres de sa collecte concerne environ 120 exploitations laitières en Pays de la Loire. Situés principalement dans le sud des Pays de la Loire (Maine-et-Loire, Loire-Atlantique, Vendée), ces points de collecte pourraient changer de laiteries à partir de 2025, si l’on en croit plusieurs opérateurs.
LSDH ouvre la porte dans les Mauges
Ainsi, LSDH (Laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel) dont le siège se trouve dans le Loiret se dit prête à accueillir une cinquantaine d’exploitations laitières, "soit une centaine de familles", pour alimenter son usine près de Cholet (Maine-et-Loire). Une rencontre avec des représentants de producteurs, notamment l’organisation APLBL (Association des Producteurs de Lait Pays de la Loire Bretagne Lactalis), a déjà eu lieu la semaine dernière. L’industriel évalue ses besoins à 50 millions de litres de lait. L’entreprise en collecte déjà 80 millions dans les Mauges.
Mise en activité en avril dernier, l’usine L’Abeille 2 à Mazières-en-Mauges n’est pas le pôle principal du groupe pour l’activité laitière. "Mais le lait permet d’équilibrer les charges fixes de l’usine", indique Philippe Leseure, directeur filières du pôle liquides, donc du lait, de LSDH (1,2 Md€ de CA, 2148 collaborateurs en 2023, 11 sites de production). Ce site qui s’étale sur 56 000 m2 conditionne avant tout des boissons soft, sodas et sirops. Le groupe y a investi environ 200 millions d’euros.
Assurer le maintien d’une production suffisante
Ces dernières années, LSDH a régulièrement ouvert ses portes à de nouveaux producteurs. "Notre collecte a été multipliée par trois depuis dix ans. Elle se situe autour de 450 millions de litres de lait", poursuit le responsable de l’activité lait. Le groupe se fait livrer par environ 600 exploitations laitières, dont le lait est vendu en grande partie sous marques de distributeur, mais aussi sous marques de producteurs (FaireFrance, Juste de Vendée…) et marques de producteurs-consommateurs comme C’est qui le patron ?.
La laiterie principale de LSDH se trouve à Varennes, dans l’Indre. Or, le Centre est le plus petit bassin de production de France, il pèse 1,5 % de la production nationale. Accueillir des éleveurs de l’ouest de la France, premier bassin de production et de loin — 16 % du lait français provient des Pays de la Loire, 23 % de la Bretagne — sécuriserait donc les approvisionnements. "Nous savons que nous aurons besoin de lait dans les années à venir, confirme Philippe Leseure. Et la baisse de motivation en élevage laitier se fait aujourd’hui sentir jusqu’en Bretagne. Nous voulons donc faire quelque chose concrètement pour ne laisser aucun producteur sur le bord de la route."
La polyvalente Terrena ouverte aux adhérents
Chez Terrena, la commission Lait a également dit oui à l’intégration de nouveaux producteurs. Ces derniers devront toutefois être installés dans un rayon de cent kilomètres autour de la laiterie du Val d’Ancenis (Loire-Atlantique). "Le but est de ne pas détériorer notre valeur ajoutée en élargissant notre zone de collecte", insiste Christophe Miault. Cet éleveur de Donges est l’administrateur qui représente les laitiers de Terrena (5,5 Md€ de CA, 19 000 exploitations adhérentes, 11 300 salariés).
D’autres conditions d’accès, propres aux statuts coopératifs, sont annoncées par Christophe Miault : "Notre objectif est de contractualiser en priorité les producteurs de lait qui sont adhérents à Terrena pour d’autres activités (agrofournitures, céréales, volailles, porc, etc.), tout en assurant la capacité de nos producteurs historiques à se développer."
Une laiterie qui en a sous le pied
La coopérative ligérienne annonce être "en capacité de collecter 40 millions de litres de lait supplémentaires" pour alimenter la laiterie d’Ancenis. Ces volumes seraient le moyen de saturer l’outil industriel. "C’est une réflexion que nous menons depuis deux ans car nous avons la capacité de produire plus et d’aller chercher de nouveaux marchés", explique Christophe Miault. Tout pourrait donc s’accélérer.
La filiale Laïta (1,4 Md€ de CA), détenue par Terrena (à 31 %) et les deux coopératives bretonnes Even et Eureden, a investi 8 millions d’euros dans ses lignes de brie et de camembert à Ancenis, ces dernières années. L’usine produit également du beurre (marque Paysan Breton) ainsi que des poudres de lait, de lactosérum ou à 0 % de matière grasse, revendues à des industries agroalimentaires. En 2024, Terrena a collecté plus de 380 millions de litres de lait dans 530 fermes.
Biolait lance un appel à l’Etat
Alors que Lactalis a également annoncé vouloir réduire la voilure dans la filière bio, dans l’Est et en Bretagne notamment, Biolait s’est déclaré prêt à accompagner les producteurs concernés. Basée à Saffré (Loire-Atlantique), la société de collecte n’a pas d’usine et vend son lait aux industriels qui le transforment pour les gammes du réseau Biocoop ou pour le lait de consommation courante sous marques distributeurs. "Nous avons une centaine de clients transformateurs de tailles et aux débouchés très différents", précise le président Philippe Marquet. Biolait collecte 270 millions de litres de lait, soit 25 % de la collecte nationale de lait bio, auprès de 1 200 élevages. "Nous collectons dans 73 départements de France. Et comme les industriels, nous sommes une entité économique, avec des charges", clame Philippe Marquet.
Le président de Biolait renvoie la ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Annie Genevard, à sa première déclaration publique où elle pointait la décision de Lactalis. Philippe Marquet appelle à actionner des leviers de financement européens pour soutenir une collecte sur l’ensemble du territoire. "Le financement direct de la logistique sur les zones peu denses contribuerait à pérenniser la mission de "service public" que Biolait assume financièrement depuis 30 ans. Aujourd’hui, nos producteurs ne peuvent plus payer seuls le maintien de l’élevage dans des territoires isolés ou de montagne, qui contribue à l’entretien des territoires."