Terrena fédère agriculteurs, industriels et distributeurs pour valoriser des pratiques agroécologiques
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Terrena fédère agriculteurs, industriels et distributeurs pour valoriser des pratiques agroécologiques

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Face au réchauffement climatique et à la perte de fertilité des sols, le groupe coopératif Terrena accompagne le changement de pratiques culturales chez des agriculteurs volontaires du "Très Grand Ouest". La création d’un indice de régénération ses sols va servir de base à la création d’une filière de valorisation des productions concernées. Baptisée Covalo Ouest, cette démarche fédère différents acteurs, transformateurs et distributeurs compris (comme Brioche Pasquier et Coopérative U).

Pour valoriser un changement des pratiques agricoles portant sur une régénération des sols, le projet Covalo Ouest porté par Terrena vise à fédérer tous les maillons de la société : agriculteurs, industriels, distributeurs… — Photo : Terrena

Dans les campagnes françaises, le changement climatique est acté. Les dégâts et pertes de production causés par les sécheresses et inondations sont de plus en plus importants. Et la perte de fertilité des sols, scientifiquement reconnue, alourdit la note. L’adaptation des systèmes agricoles s’avère nécessaire. Mais la transition agricole vers l’agroécologie passera par une transition des modèles économiques.

Imaginer une nouvelle chaîne de valeur

Convaincue par ce constat, Terrena s’est déjà engagée dans l’agriculture écologiquement intensive, il y a quinze ans. Et a créé sa marque La Nouvelle Agriculture en 2015 pour valoriser les productions de ses adhérents. Aujourd’hui, le groupe coopératif d’Ancenis (Loire-Atlantique) porte le projet Covalo Ouest. Cette démarche vise à accompagner des agriculteurs volontaires pour faire évoluer leurs pratiques vers l’agriculture de régénération, revitalisant les terres agricoles.

Covalo Ouest fédère des filiales de Terrena (Cérience, Nourience, Evelia, Inveja), ainsi que des industriels (Brioche Pasquier), distributeurs (Coopérative U), organismes financiers (Crédit Agricole, AXA Climate) et techniques (centre de formation Icosystème). Ensemble, ils réfléchissent aux moyens de mettre en œuvre une nouvelle chaîne de valeur. Un indice de régénération des sols (IR) validant les nouvelles pratiques servira de référence.

Une autre vision des contrats de filière

Construire de nouvelles filières ne sera toutefois pas simple : l’agriculture de régénération entraîne un changement de paradigme, avertit Bertrand Morand, responsable des filières et partenariats agricoles chez Coopérative U. "Nous avons aujourd’hui des contrats tripartites, avec des engagements à trois ou cinq ans sur les prix et volumes. Mais avec l’agriculture de régénération, nous ne pouvons plus prendre en compte une seule production. Ces pratiques impliquent un engagement à long terme sur un système agricole dans son ensemble, comprenant des rotations de cultures, etc. Nous devons repenser l’approche."

Un millier d’exploitations engagées d’ici fin 2028

Une centaine d’agriculteurs adhérents à Terrena ont engagé un diagnostic IR en 2025. Ils seront 280 en 2026, un nombre supérieur aux objectifs initiaux. Un millier de diagnostics devraient être réalisés à la fin 2028.

Ces exploitations entrant dans la phase d’expérimentation représentent une diversité de systèmes en grandes cultures, polyculture élevage, productions en porc et volailles. Elles se situent sur l’ensemble du périmètre couvert par Terrena : en Pays de la Loire, en Bretagne, en Normandie et en Nouvelle-Aquitaine. Terrena (5,6 Md€ de CA en 2024, 13 000 salariés) compte au total 18 000 exploitations adhérentes.

Une plus-value nécessaire au changement

"Le but n’est pas de changer le parc matériel, mais de mettre en place des mesures simples pour essayer de stabiliser les rendements, commente Jean-Marie Rousteau, agriculteur à Baugé-en-Anjou et porte-parole de la démarche. On espère aussi aller chercher une amélioration des marges à l’hectare."

Et l’agriculteur angevin d’insister auprès de ses interlocuteurs, conseillers agricoles, banquiers, distributeurs et industriels : "Les couverts végétaux ont un impact agronomique positif, mais tous les agriculteurs n’en font pas car cela représente un coût (des variétés de plantes semées n’ont pas de débouchés directs, comme la féverole ou le lupin, NDLR). Et si le labour extrême est encore beaucoup pratiqué, c’est parce que c’est simple et rapide. Pour engager un changement des pratiques, les leviers économiques sont essentiels."

Des agriculteurs soucieux

Un sondage corrobore ses propos : 80 % des agriculteurs se déclarent plus inquiets qu’hier des impacts du changement climatique. Et 93 % se disent prêts à s’engager dans une transition qui porte sur les modes d’élevages, de cultures, les énergies, les usages de l’eau, etc. "à la condition d'être économiquement rentable, avec des soutiens financiers".

Une démarche nationale

Cette dynamique territoriale s’appuie sur la feuille de route nationale de "Pour une Agriculture du Vivant". Cette association née en 2018 s’est donné pour mission de créer le dialogue entre les différentes parties de la chaîne de production, peut-être jusqu’aux consommateurs demain. L’initiative Covalo est déployée ailleurs en France, et déjà dans les Hauts-de-France, avec un budget national de onze millions d’euros, dont la moitié de fonds publics.

L’association rassemble 115 membres. Parmi les adhérents, on trouve d’autres coopératives agricoles, telles que Nat’Up (Seine-Maritime), la Cavac (Vendée) et Val de Gascogne (Gers) pour les autres porteurs de la démarche en France, ou encore Carrefour, Andros, Bonduelle, Savencia, les minoteries Girardeau, etc. ainsi que des banques et organismes de formation.

"Plus on sera nombreux à financer, plus cela permettra d’avancer", souligne Bertrand Morand, de Coopérative U, par ailleurs vice-président de l’association.

Des références scientifiques

Covalo Ouest, "ce n’est pas uniquement de la com ou du marketing : un conseil scientifique s’appuie sur un socle de données pour valider les pratiques" (nouvelles variétés, allongement des rotations dans les assolements, limitation du travail du sol de de l'épandage de produits phytosanitaires, etc.), argumente Anthony Thuaud, président de Pour une Agriculture du Vivant. "L’objectif est de créer un modèle résilient et performant", appuie encore Anthony Thuaud, par ailleurs directeur général de l’activité biscotte de Brioche Pasquier (4 des 15 sites du groupe). La démarche aura donc un impact positif pour le territoire, selon l’industriel angevin qui s’est "historiquement développé en zone rurale" et s’approvisionne en blé auprès de producteurs locaux.

Proactif sur les futures réglementations

"L’agroécologie se rapproche de notre plan d’amélioration continue dans l’entreprise", compare Anthony Thuaud. Il sait aussi que l’indice IR pourra servir de point de référence pour mettre en place un écoscore sur les emballages ; cette notation devrait être appliquée sur les produits alimentaires pour indiquer son empreinte environnementale, à l’instar du Nutriscore pour les valeurs nutritionnelles.

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