Avant même l’éventuelle application des accords commerciaux entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, les agriculteurs bretons montent au créneau contre l’usage de produits agricoles importés par des acteurs régionaux de l’agroalimentaire. Depuis plusieurs semaines, la question des approvisionnements étrangers cristallise les tensions dans un contexte de difficultés économiques persistantes pour les filières d’élevage françaises.
Des poulets brésiliens confisqués en Ille-et-Vilaine
Le 14 janvier, une action menée par les Jeunes agriculteurs et la FDSEA à Dol-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine), sur la RN176, a conduit à la confiscation de 21 tonnes de cuisses de poulet congelées, en provenance du Brésil selon l’étiquetage. La marchandise était destinée à la coopérative ligérienne Terrena, basée à Ancenis (Loire-Atlantique). Acteur majeur de l’agriculture et de l’agroalimentaire français, Terrena emploie près de 13 000 salariés et a réalisé un chiffre d’affaires de 5,6 milliards d’euros en 2024. La coopérative exploite notamment des marques grand public comme Paysan Breton, Père Dodu ou encore Nouvelle Agriculture, Douce France, etc. et revendique un engagement en faveur d'"une agriculture à impacts positifs".
Terrena évoque des recours "ponctuels" à l’importation
Dans un message publié sur LinkedIn, son président, Olivier Chaillou, conteste tout recours massif aux importations, évoquant des recours "ponctuels". Selon lui, sur environ 140 000 tonnes de volailles crues utilisées chaque année pour sa filière volaille, les approvisionnements issus de l’Union européenne représentent environ 6 % des volumes, et ceux en provenance du Brésil "près de 1 % seulement". Il justifie ces achats par des contraintes de marché, liées à une demande forte sur certaines pièces spécifiques, comme les filets, que la production française et européenne ne couvre pas intégralement. "Ne pas sécuriser ces volumes, ce serait perdre des marchés et affaiblir notre capacité à investir dans la production française", prévient-il. Terrena affirme par ailleurs viser la construction de 50 nouveaux bâtiments de volaille de chair d’ici 2030 afin de renforcer la production nationale.
Hénaff également interpellé
Le débat sur l’origine des matières premières concerne aussi le finistérien Hénaff (250 collaborateurs). Le fabricant du pâté Hénaff a été interrogé sur l’utilisation de langues de bœuf en provenance d’Amérique du Sud pour ses recettes cuisinées en conserve. Dans un communiqué, le groupe explique que ces pièces ne sont pas disponibles en quantité suffisante sur le marché français et qu’elles répondent mieux aux contraintes techniques de la conserve. Hénaff rappelle néanmoins que 98 % des viandes qu’il achète sont françaises et affirme sa proximité historique avec les éleveurs bretons. "Nous entendons et comprenons la colère des agriculteurs", clame encore la PME finistérienne.
Ces prises de position interviennent dans un climat de forte exaspération du monde agricole, exprimée par des actions menées depuis fin décembre dans toute la France. Le gouvernement a récemment annoncé un plan de soutien de 300 millions d’euros pour soutenir la profession. Les opposants au traité de libre-échange avec le Mercosur redoutent, eux, un affaiblissement des filières agricoles françaises et une concurrence ne respectant pas les normes sanitaires et environnementales européennes.