Loïc Hénaff mise sur les achats locaux pour relocaliser les activités
# Agroalimentaire # Politique économique

Loïc Hénaff mise sur les achats locaux pour relocaliser les activités

S'abonner

Pour Loïc Hénaff, la réindustrialisation française ne dépend pas seulement des politiques publiques ou des nouvelles usines. Invité des Forces Françaises de l’Industrie Rennes Bretagne, le PDG de Jean Hénaff a appelé les entreprises à reprendre la main sur leurs stratégies d’achats pour soutenir les filières locales.

Loïc Hénaff (à droite), PDG de Jean Hénaff, était l’invité des FFI Rennes Bretagne, le 13 mai 2025 — Photo : Baptiste Coupin

Loïc Hénaff partage une conviction forte : la transformation économique ne se décrète pas uniquement par de grandes politiques industrielles, mais se joue aussi dans les décisions des entreprises, notamment dans leurs stratégies d’achats. Celui qui est à la fois PDG de l’entreprise agroalimentaire finistérienne Jean Hénaff (260 salariés, 50 M€ de CA) et conseiller régional pour la Région Bretagne était l’invité des Forces Françaises de l’Industrie Rennes Bretagne, ce mercredi 13 mai, au Roazhon Park. Il est venu défendre son combat du moment : celui de la relocalisation d’activités par les achats.

Relocaliser les achats pour les emplois et la valeur ajoutée du territoire

Une étude fondatrice baptisée Reloc’h, menée en 2020, a démontré que 10 % de tous les achats de toutes les entreprises bretonnes étaient relocalisables, en Bretagne ou en France. En s’impliquant davantage dans leurs achats de proximité, les entreprises bretonnes pourraient générer 5 milliards d’euros de PIB additionnel, favoriser la création de dizaines de milliers d’emplois et éviter 3,9 millions de tonnes de CO2. "Vous avez la main, c’est vous qui pouvez agir", plaide le chef d’entreprise. Pour aider les dirigeants à mesurer leur dépendance, la Région Bretagne pousse désormais des outils simples de diagnostic capables d’identifier la part d’achats réalisés localement. Derrière cette approche, Loïc Hénaff défend aussi une logique de souveraineté économique. "ll faut vraiment qu’on se débranche des risques d’approvisionnement d’Asie", estime-t-il, en rappelant les fragilités révélées ces dernières années par les tensions logistiques et géopolitiques.

Un engagement au service du territoire breton

Lors de sa prise de parole, Loïc Hénaff a également évoqué la question de la réindustrialisation et les moyens d’y parvenir. La Bretagne part de loin. "Dans les années 90, on nous disait qu’il n’y avait pas de place pour nous dans le croissant fertile européen", rappelle-t-il. Produit en Bretagne, ce réseau pionnier de valorisation des savoir-faire locaux, est né il y a 33 ans de cette résistance collective. "C’était une réaction d’orgueil, une réaction économique, une réaction humaine", résume celui qui a été président à deux reprises de ce puissant réseau. Loïc Hénaff voit aujourd’hui dans son engagement à la Région Bretagne une manière de prolonger ce travail au service du territoire, y compris dans ses zones les plus périphériques. La PME familiale, installée à Pouldreuzic, à l’ouest de Quimper, connaît les enjeux liés à l’attractivité des territoires ruraux. Pour le dirigeant, l’industrie ne peut pas prospérer sans un écosystème solide.

Accompagner une industrie "plus sobre et plus moderne"

L’expertise de Loïc Hénaff dans le secteur agroalimentaire et son rôle dans la mise en place de politiques économiques régionales font aujourd’hui de lui l’un des porte-voix bretons de la relocalisation productive. Mais il insiste sur un point : il ne s’agit pas de revenir à "l’industrie d’avant", mais de construire "l’industrie du XXIe siècle", plus sobre, plus moderne et moins dépendante des chaînes d’approvisionnement mondialisées. Le dirigeant pointe notamment les contradictions françaises dans l’agroalimentaire. Il regrette que la France importe toujours davantage de fruits, de légumes, d’œufs ou encore de volailles, malgré un savoir-faire agricole reconnu. Selon lui, le pays doit recréer des capacités de production modernes, capables de répondre aux besoins de consommation tout en améliorant les conditions de travail et la performance environnementale.
Au-delà de la seule relocalisation, Loïc Hénaff défend aussi une logique de coopération entre entreprises. Il cite notamment les groupements logistiques ou les centrales d’achats mutualisées permettant à son entreprise et à plusieurs industriels bretons de travailler ensemble "pour gagner en compétitivité, remplir davantage les camions ou renforcer leurs cahiers des charges". Une façon, selon lui, de bâtir une industrie plus résiliente.

Rennes Bretagne # Agroalimentaire # Politique économique # Écosystème et Territoire # PME