Vincent Legendre, vous êtes maintenant à la tête du Groupe Legendre depuis dix ans. Comment a-t-il évolué depuis 2015 ?
Nous sommes passés de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires et 1 500 salariés à 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires pour 2 500 collaborateurs. Le groupe a donc doublé de taille. Ce n’était pas un objectif en soi. Nous voulions surtout diversifier nos activités en élargissant notre typologie de clients, nos marchés et nos implantations géographiques, ce que nous avons réussi à réaliser.
Vous venez d’ailleurs d’ouvrir une filiale à Guernesey. Pourquoi ce choix ?
Nous étions déjà présents à Londres et à Jersey. Tout près, Guernesey est une île qui dispose de peu de main-d’œuvre ouvrière et qui est très proche de la Bretagne. Le pays a de gros besoins de construction, ce qui est donc intéressant pour nous. Par contre, nous ne pouvions pas y aller sans implanter une filiale, puisque Guernesey est un État souverain, qui a ses propres règles. Si nous avons réussi à pénétrer le marché, c’est grâce à notre filiale anglaise.
Nous avons beaucoup échangé avec le gouvernement guernesiais, très impliqué et heureux de voir une concurrence s’installer, pour développer des projets mixtes et résidentiels.
Nous démarrons en mai la construction d’un premier chantier de 69 logements.
Quelle est votre stratégie à l’international ?
Nous avons démarré à l’international en 2016 avec une première implantation à Londres. L’objectif était de ne plus dépendre uniquement du marché français. Ensuite, nous avons ouvert d’autres pays pour les mêmes raisons, car si nous développons l’Angleterre et la France uniquement, nous devenons dépendants de ces deux zones. Nous avons donc continué avec Jersey, puis la Suisse et le Portugal, et aujourd’hui Guernesey. Les marchés sont à chaque fois différents. En France, nous vivons une crise immobilière, la fin du Pinel, un contexte déstabilisé. Être présent à l’étranger nous permet d’éviter de vivre des pics d’activité et des creux.
Quels sont les marchés les plus dynamiques à l’étranger et quelles sont vos perspectives ?
Actuellement, le Portugal est le marché le plus porteur, les opportunités sont légion dans ce pays européen qui est en excédent budgétaire. Nous y démarrons une 7e opération. Par contre, en volume d’activité, il reste inférieur à l’Angleterre, prévoyant pour 2026 entre 15 et 20 millions d’euros contre 65 millions pour la filiale londonienne. L’international est un exercice difficile, énergivore car nous n’y allons que par croissance organique. Il nous faut donc plusieurs années pour récolter les fruits. Nous y allons donc à une allure raisonnable. L’international représente un peu moins de 10 % de notre chiffre d’affaires, soit 65 millions d’euros en 2025. Nous avons atteint l’objectif que nous nous étions fixé en 2025. Atteindre les 50 % n’est pas une fin en soi, mais ce serait une belle réussite.
Quels sont les autres axes du développement du Groupe Legendre ?
Nous avons ouvert beaucoup de filiales ces dernières années donc nous voulons les porter à maturité. La promotion immobilière repart bien également, après des années moroses. Enfin, le marché de la réhabilitation et de la décarbonation des bâtiments nous paraît incontournable. Il représente 30 % de l’activité aujourd’hui, alors que c’était 1 à 2 % il y a dix ans. Nous devons arriver avec des solutions et il y a de belles opportunités.
Comment pouvez-vous agir pour décarboner la construction ?
Nous pouvons agir à deux niveaux. D’abord dans l’utilisation de matériaux décarbonés, comme des bétons plus performants et des constructions bois. Ensuite, en augmentant la part des constructions hors site nous permettons de réduire l’impact du transport des matières premières et des compagnons sur les chantiers. Nous pouvons assembler un maximum d’éléments en usine de préfabrication. C’est ce que va permettre notre nouvelle usine de modules en bois, qui ouvre sur notre nouveau site d’Étrelles en Ille-et-Vilaine en mai.
Vous portez également le projet d’énergie houlomotrice Dikwe. Où en est-il ?
Nous y travaillons depuis cinq ans avec la société Geps Techno, avec qui nous avons créé la joint-venture Wave-Up. Nous devrions être prêts à l’automne 2026 pour lancer cette première digue portuaire houlomotrice au monde, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Je suis convaincu que Dikwe peut être un élément de croissance demain, car nous produisons des ouvrages porteurs de sens.