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Du petit artisan breton au groupe de BTP de dimension internationale, l’ascension de Legendre
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Du petit artisan breton au groupe de BTP de dimension internationale, l’ascension de Legendre

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Le groupe de BTP rennais Legendre fête cette année 80 ans d’une histoire familiale née sur le territoire breton. Du maçon d’Amanlis au groupe international de 2 500 collaborateurs qu’il est aujourd’hui, Legendre a su, sur trois générations, passer de la rénovation de fermes à la réalisation de tous types de constructions, du logement au génie civil.

Le Groupe Legendre emploie 2 500 salariés dans les métiers de la construction — Photo : Dimitri Lamour

Chez les Legendre, on est maçon de père en fils depuis le XVIIIe siècle. Ce métier est une fierté et il a façonné les 80 ans d’un développement entrepreneurial qui se poursuit aujourd’hui bien plus loin que les terres familiales bretilliennes. Le groupe Legendre vient en effet d’ouvrir une nouvelle filiale à l’international, à Guernesey, pour y construire un premier programme de logements. Mais l’île anglo-normande n’est pas la première destination étrangère à voir débarquer les compagnons de l’entreprise rennaise. Angleterre, Jersey, Portugal, Suisse… Legendre a planté ses drapeaux et installé ses grues hors des frontières au fil de ces dix dernières années, depuis l’arrivée de la 3e génération avec Vincent Legendre (lire interview), petit-fils de celui par qui tout a commencé, il y a exactement 80 ans.

Reconstruire les fermes après-guerre

En 1946, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de fermes ont été délaissées ou détruites pendant le conflit. À Amanlis, petite bourgade d’Ille-et-Vilaine, Jean-Baptiste Legendre lance son entreprise de maçonnerie, proposant ses services pour rénover et reconstruire les fermes du Pays de Rennes avec son frère. "Mon grand-père avait la passion du travail bien fait, de l’effort, et il aimait transmettre son savoir, avec une énorme bienveillance", se souvient Vincent Legendre. Il emmenait d’ailleurs souvent ses fils avec lui, leur faisant confiance pour qu’ils apprennent.

Tombé dedans tout petit

"Mes premiers souvenirs de chantier remontent à mes 10 ans, raconte Jean-Paul Legendre, fils de Jean-Baptiste. J’avais le droit d’aller avec lui, de prendre un marteau et une truelle." A l’âge de 16 ans, il devient apprenti, lui aussi passionné par ce métier. Plus entrepreneur dans l’âme que son père, il a très vite envie de développer l’affaire familiale. "Il a dit à mon grand-père de créer une autre société pour construire des maisons. Mais il a refusé et répondu : "prends ma place, crée l’entreprise, et moi je deviens ton ouvrier"!", raconte Vincent Legendre.

Début de l’expansion géographique

En 1974, Jean-Paul Legendre démarre donc une nouvelle activité, embauchant son frère Gilbert, son père et un apprenti. Il décide de se lancer dans la construction de maisons neuves. Pendant dix ans, il ne fait plus que cela, travaillant pour des constructeurs, promoteurs et lotisseurs.

Mais une première crise économique vient mettre du sable dans les rouages. La construction marque un coup d’arrêt en Bretagne. Jean-Paul Legendre, qui emploie alors 25 collaborateurs, cherche des solutions. "Il trouve du travail pour ses compagnons à Cherbourg. Là-bas, tous les ouvriers étaient mobilisés pour construire les centrales de La Hague et Flamanville et plus personne ne construisait de logements", rappelle Vincent Legendre.

Des maisons aux logements collectifs

Vincent Legendre et son père Jean-Paul Legendre, qui a dirigé l’entreprise de 1974 à 2015 — Photo : Legendre

C’est le début d’une expansion géographique pour l’entreprise, qui réalise également des chantiers à Tours, Évreux et jusqu’en Île-de-France. En 1986, Legendre a l’opportunité de se lancer dans la construction de son premier immeuble de logements collectifs, à Juvisy-sur-Orge en région parisienne. "Cette décision n’est pas anodine. Elle a même été stratégique pour la suite de notre développement, analyse Vincent Legendre. Face à une concurrence très féroce et pour se démarquer, mon père a décidé d’aller vers le marché du collectif, où il fallait investir dans du gros matériel".

Legendre n’est alors plus un simple maçon, mais une société de gros œuvre. "Nous avons grossi par étapes, bien souvent liées à la conjoncture. Dès qu’il y avait une crise et que l’activité repartait, il fallait foncer", confie Jean-Paul Legendre.

"En 1993, le marché de la construction était complètement à l’arrêt et la promotion a permis de renflouer les caisses"

Il a ainsi pris une décision majeure en 1991 : créer une filiale de promotion immobilière, Ouest Immo 35 (qui deviendra OTI puis Legendre Immobilier) pour aller construire là où les autres promoteurs n’allaient pas. "Cela a marché, et cette décision a sauvé l’entreprise", poursuit-il. "En 1993, l’entreprise a en effet failli disparaître, explique Vincent Legendre, qui voit en son père un entrepreneur et un visionnaire. Le marché de la construction était complètement à l’arrêt et la promotion a permis de renflouer les caisses. C’est la meilleure décision que mon père ait prise."

Le Groupe Legendre a réhabilité l’ancien hôtel des monnaies à Rennes — Photo : Dimitri Lamour

Pendant les quinze années qui ont suivi, l’entreprise a connu une croissance continue. À l’époque, Vincent Legendre, alors adolescent, suit déjà les pas de son grand-père et de son père. Lui aussi a arpenté les chantiers tous les étés. "Je n’ai pas hésité longtemps pour mon orientation", confie-t-il. Après son diplôme d’ingénieur, en 2003, il rejoint le groupe, qui emploie 1 500 salariés. Pendant qu’il gravit les échelons, son père lui demande de réfléchir à l’envie de reprendre un jour les rênes.

"J’ai vu l’international comme un moyen de diminuer les risques. Pour nous consolider sur le long terme, je ne souhaitais pas que nous soyons dépendants du seul marché hexagonal"

De 2011, lorsque le siège s’installe à La Courrouze à Rennes, jusqu’au départ en retraite de Jean-Paul Legendre en 2015, père et fils forment le nouveau duo fort de l’entreprise et partagent les décisions. Ensuite, Vincent Legendre décide de créer une nouvelle gouvernance, avec un directoire (doté de 4 directeurs généraux) qui partage avec lui les décisions stratégiques.

Les débuts à l’international en 2016

À Londres, Legendre a réhabilité l’immeuble de bureaux ParkerTower, qu’il a transformé en appartements — Photo : Legendre UK

Le capital, lui, reste à 95 % aux mains de la famille. Le nouveau patron devient, lui, le chef d’orchestre d’un ensemble qui prend alors un nouveau virage. Il veut sortir des frontières nationales. "J’ai vu l’international comme un moyen de diminuer les risques. Nous atteignions une taille importante et je ne souhaitais pas que nous soyons dépendants du seul marché hexagonal, pour nous consolider sur le long terme." Legendre ouvre sa première filiale étrangère à Londres en 2016.

En même temps, le groupe diversifie ses marchés, se lançant dans les marchés publics, le génie civil… Jusqu’à atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires aujourd’hui, dont 65 millions à l’international. La suite ? "Mes enfants ou neveux et nièces nous rejoindront s’ils le veulent, indique Vincent Legendre, 47 ans, avec la même bienveillance que les générations précédentes. Dans tous les cas, je leur expliquerai les devoirs d’un bon actionnaire d’une entreprise familiale."

Le Groupe Legendre emploie aujourd’hui 2500 collaborateurs, rattaché à 20 sites en France et à l’international — Photo : Dimitri Lamour
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