Le Château d’Apigné (2,7 M€ de CA, 47 salariés), hôtel-restaurant cinq étoiles au Rheu près de Rennes, se lance dans la viticulture. Au sein du domaine de 25 hectares, 3 200 ceps ont été plantés entre le 30 avril et le début du mois de mai. Une première étape pour un projet que son propriétaire, Karim Khan, mûrit depuis plusieurs années. "Le vin, c’est ma passion, j’adore ça. Je prévois moi-même de mettre la main à la pâte dans l'entretien des terres", sourit l’entrepreneur.
Des cépages originaires du Rhône
Quatre cépages ont été retenus. Le Viognier et la Syrah, originaires de la vallée du Rhône, côtoient deux cépages hybrides plus récents, le Floréal et le Vidoc. Ces derniers présentent l'avantage d’être moins sensibles aux maladies. "Ils demandent beaucoup moins de traitements ou quasiment pas du tout", souligne Karim Khan, qui s’engage dans une production de vins biologiques avec l’intention de limiter au maximum le recours aux intrants. Le dirigeant dit vouloir s’engager dans "une démarche environnementale reposant sur la biodiversité et le vivant". "On ne conçoit pas la vigne autrement", affirme-t-il.
Premières bouteilles attendues en 2028
La première plantation couvre un hectare. Une surface modeste à l’échelle du domaine mais suffisante pour tester le potentiel du projet. Des réserves foncières permettraient toutefois d’étendre ultérieurement le vignoble jusqu’à trois hectares. Les premières récoltes ne sont pas attendues avant 2028.
D'ici là, les jeunes plants seront volontairement peu sollicités afin de favoriser leur enracinement. "On ne veut surtout pas brusquer la vigne. On veut qu'elle se bonifie et se renforce", insiste Karim Khan. À terme, sur son premier hectare, le propriétaire prévoit de sortir quelque 3 000 bouteilles qui seront servies à la table du restaurant. Karim Khan évoque principalement du vin blanc, complété selon les années par du rouge ou du rosé.
Une diversification davantage touristique qu’agricole
La rentabilité de la production viticole n’est pas l’objectif principal. Le projet s’inscrit davantage dans une logique d’animation et de valorisation du domaine. Le Château d’Apigné prévoit déjà des ateliers de dégustation, des initiations à la viticulture et, à terme, des activités autour de la vinification. "Ce sont les prestations qu’on va pouvoir faire au niveau de la vigne qui vont avoir un intérêt économique pour l’ensemble des activités du château", estime Karim Khan, qui espère notamment séduire une clientèle d’Américains attirée par les châteaux et le vin français.
Un investissement de 350 000 euros
Le projet est porté par une société civile agricole, rattachée à la SCI de Karim Khan, créée spécifiquement pour l’occasion. Pour développer son vignoble, le Château d’Apigné pourra s’appuyer sur le lycée viticole Kerplouz LaSalle à Auray (Morbihan), l’Association des vignerons bretons et le vigneron morbihannais Aurélien Berthou. L’investissement global est estimé à 350 000 euros, incluant la création future d’un chai. Les premières plantations et aménagements représentent pour l’heure environ 15 000 euros.
Émergence d’une filière viticole bretonne
En se lançant dans cette nouvelle activité, Karim Khan entend participer à l’émergence d’une filière viticole bretonne encore naissante. Très peu de châteaux restaurants en Bretagne disposent de leur propre vigne. Sur des terres d’Armorique redevenues favorables au vin avec le changement climatique, le Château d’Apigné fera ainsi figure de précurseur.