Structurer et ouvrir sa gouvernance : une décision stratégique
Avis d'expert # Gestion

Structurer et ouvrir sa gouvernance : une décision stratégique

Donner la direction, piloter l’action et prendre du recul sont trois fonctions clefs de l’entreprise qui doivent être séparées pour gagner en fluidité et en lisibilité. Faire appel à un administrateur indépendant permet également de challenger les orientations prises par le dirigeant.

Fabien Pelletier, consultant en stratégie d’entreprise, associé In Extenso EDITION WEB — Photo : DR

Dans de nombreuses entreprises la stratégie ne fait pas défaut (les priorités sont identifiées, les équipes mobilisées et le dirigeant engagé) mais la mécanique de décision reste floue : qui décide, à quel moment, dans quel cadre ?

À mesure que l’entreprise se développe, ce qui fonctionnait de façon intuitive montre ses limites. Les rôles deviennent moins lisibles, les responsabilités se superposent, les décisions s’alourdissent.

Structurer sa gouvernance

Dès lors il devient indispensable de structurer sa gouvernance pour clarifier trois fonctions clés : donner la direction, piloter l’action et prendre du recul.

Donner la direction, c’est fixer un cap et l’assumer dans la durée. Piloter l’action traduit cette vision en décisions opérationnelles. Prendre du recul suppose de questionner les choix, anticiper les risques.

Lorsque ces fonctions se confondent, la décision devient moins robuste, mais si elles sont posées clairement, l’entreprise gagne en fluidité et en lisibilité. Loin d’être réservée aux grands groupes, la dissociation des fonctions de direction, de détention du capital et de contrôle est un atout stratégique majeur pour les PME et ETI.

C’est particulièrement vrai dans les périodes charnières de croissance rapide, d’évolution de l’actionnariat, de transmission ou de préparation d’une cession. Le dirigeant peut alors se retrouver seul à devoir prendre des décisions structurantes.

Challenger les décisions

Ouvrir la gouvernance de l’entreprise en faisant appel à un administrateur indépendant, tel que proposé par exemple par l’association APIA (Administrateurs Professionnels Indépendants Associés), permet d’introduire un regard neutre et expérimenté, pour challenger les orientations prises par le dirigeant sans se substituer à lui. Le dirigeant, seul décisionnaire, bénéficie d’une boussole stratégique afin de détecter les signaux faibles, anticiper les ruptures – technologiques, géopolitiques ou ESG – et mesurer les risques avec lucidité.

Une gouvernance structurée et ouverte est aussi un facteur de stabilité pour prévenir ou apaiser les conflits d’actionnaires en distinguant l’affect, les enjeux familiaux et l’intérêt social. Elle contribue enfin à préparer l’avenir, en toute confidentialité, en sécurisant les grandes transitions et en créant une valeur durable pour l’ensemble des parties prenantes.

Le véritable risque aujourd’hui pour un dirigeant n’est pas de se tromper, mais de devoir décider seul, dans un angle mort. Il suffit parfois d’un cadre clair — et d’un regard extérieur — pour transformer une décision complexe en décision évidente.

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