Sortir de l’isolement du dirigeant, s’adjoindre des compétences complémentaires, élargir son champ de vision… Voici quelques-unes des vertus d’une gouvernance ouverte que Laurent Brun, associé gérant du groupe vétérinaire Eolia, expérimente depuis deux ans et demi, un peu moins de 20 ans après avoir créé son entreprise, près d’Avignon. "Lorsque j’ai démarré, en 1997, j’étais un jeune vétérinaire, qui ne faisait que son travail de soin aux animaux. Puis, petit à petit, je suis devenu un dirigeant et finalement le pilote, quasiment à temps complet, d’un groupe qui emploie aujourd’hui 90 collaborateurs", raconte celui qui dirige Eolia avec trois autres associés cogérants, Vincent Thary, Eric Maréchal et Arthur Reynaud. Eolia (CA : 8 M€) s’est développé par croissance externe et compte aujourd’hui un centre de référé à Sorgues et sept structures satellites autour d’Avignon. " C’est un peu comme si nous avions un hôpital au centre avec des cabinets de médecine de ville autour ", explique l’entrepreneur.
S’ouvrir à des administrateurs indépendants
Dans un contexte de forte concentration du secteur, Eolia a saisi les opportunités et ouvert son capital à huit de ses collaborateurs en 2025, mais ses associés sont attachés à leur indépendance. Et ils en ont consolidé les bases en s’ouvrant à deux administrateurs indépendants. Depuis qu’en septembre 2023, Laurent Brun, qui confie diriger son entreprise à l’intuition, décide d’ouvrir sa gouvernance et de créer un conseil stratégique. "C’est Philippe Thomas, ancien président de l’association Apia (Administrateurs Professionnels Indépendants et Associés) et ami, qui m’a soufflé cette idée et qui a instruit notre dossier", poursuit le chef d’entreprise. Priscilla Dousse, présidente de l’Apia Méditerranée souligne : "Le dirigeant qui souhaite ouvrir sa gouvernance doit avoir envie d’être challengé et doit pouvoir définir le profil qu’il recherche : un regard neuf, un regard neutre, une expérience complémentaire." L’Apia s’appuie ensuite sur un vivier de 400 membres sélectionnés pour identifier les profils capables de siéger au conseil d’administration d’une entreprise. "Une lettre de mission a été diffusée aux 300 administrateurs membres de l’époque, notre instructeur a reçu 30 propositions et réalisé une sélection pour nous proposer six profils. Nous avons rencontré quatre candidats et en avons retenu deux. Nathalie Thevenon Clere a une riche expérience chez Orange; Xavier Vankeerberghen a un parcours dans le monde des assurances", détaille le dirigeant. Avec son associé Vincent Thary, qui siège à ses côtés au conseil stratégique, Laurent Brun recherchait des compétences et des expériences inspirantes.
Un nouveau rythme de gouvernance
Depuis, l’entreprise a un rythme formalisé, avec ses objectifs et ses échéances. Laurent Brun, Vincent Thary et les deux administrateurs indépendants se réunissent quatre fois par an, en plus de quelques échanges lorsqu’ils ont besoin de leur avis sur un sujet précis et n’ont pas forcément le temps d’attendre la prochaine réunion du comité.
Après deux ans et demi de pratique d’une gouvernance ouverte, Laurent Brun n’y voit que des avantages. "Leur simple présence a permis d’accroître nos compétences. Ils ont apporté leurs expertises et leurs réseaux. Ils nous ont aidés à structurer l’entreprise pour qu’elle puisse se développer dans le temps. Ils ont apporté une vision de long terme pour sécuriser le groupe", confie le dirigeant. Avec l’appui des administrateurs, les associés ont remis à plat le pacte d’associés, cartographié les risques et mis en place une stratégie de performance. Ils ont élargi leur champ de vision, adopté des outils de suivi de l’activité et des résultats. "Ouvrir sa gouvernance permet de poser des jalons pour faire grandir l’entreprise, ensemble, nous créons une structure plus solide pour aller de l’avant", soutient Laurent Brun. Récemment, les deux administrateurs ont ainsi accompagné les équipes dirigeantes du groupe lors d’un séminaire pour les aider à bâtir "un rêve" et une vision à cinq ans. "Ils sont parties prenantes tout en n’étant pas associés, ils s’inscrivent dans le temps long avec nous", ajoute le chef d’entreprise, pour qui le coût (20 000 à 25 000 euros par an) n’est pas excessif par rapport à tout ce qu’ils apportent. Priscilla Dousse confirme : "l’administrateur est un challenger, un aiguilleur".
Des décisions facilitées par le regard extérieur
Les dirigeants d’Eolia mesurent le chemin parcouru et l’apport d’une telle ouverture. "Bénéficier d’un regard extérieur permet d’accoucher de décisions, pour lesquelles nous avions du mal à nous lancer. Avec nos administrateurs, nous avons ainsi sauté le pas de proposer le plan de santé pour permettre à nos clients de mensualiser tous les frais de prévention de leur animal et ainsi de les fidéliser", précise Laurent Brun. Les associés d’Eolia et les administrateurs, "bienveillants et exigeants", sont liés par un contrat d’un an renouvelable. "Ils connaissent notre entreprise, ils challengent nos décisions et ont encore beaucoup à nous apporter", conclut Laurent Brun, qui avoue ne pas avoir mesuré tout l’intérêt de la démarche au départ. "Nous avons eu la sagesse d’agir dans l’intérêt de l’entreprise et ce mode de gouvernance nous a fait gagner un temps précieux."