L’entreprise Seaowl Technology Solutions "se porte bien" selon les mots de son directeur général Mathieu Glade, et elle concrétise un projet annoncé en fin d’année 2024, la construction d’une usine. Avec un investissement de 10 millions d’euros, le groupe Seaowl fait entrer le projet en phase de concrétisation. "Parce que notre métier est de fabriquer des drones, pas des bâtiments, nous avons choisi un contractant général, le groupe avignonnais GSE, et le cabinet aubagnais BGB Architecture pour dessiner l’enveloppe du futur bâtiment", explique le directeur. Le permis de construire sera déposé au début de l’été, la première pierre posée début 2027 et l’usine devrait être opérationnelle en fin d’année 2027. "Nous sommes très bien accompagnés par les services de l’Etat, la métropole toulonnaise, la Ville d’Ollioules et nous avançons bien", confie Mathieu Glade.
Une usine pour changer d’échelle
À quoi ressemblera cette nouvelle usine ? Un bâtiment de 3 000 m² abritera pour moitié les bureaux et services d’ingénierie et pour le reste des capacités industrielles. Il ne s’agira ni d’un chantier naval, ni d’industrie lourde. "Notre métier, c’est de la haute technologie fine. Des petits et moyens navires entreront chez nous. Nos équipes y intégreront des systèmes développés par nos ingénieurs pour que sortent de l’usine des drones navals. Nous réaliserons aussi des systèmes embarqués destinés à de grands navires, mais dont l’intégration se fera ailleurs, sur des chantiers plus grands", explique le directeur.
Un écosystème local au cœur du projet
Pour réaliser cette usine, puis la faire tourner, Mathieu Glade et sa soixantaine de collaborateurs ne travaillent pas seuls. "Nous ne pourrions pas réussir sans nous adosser à une industrie manufacturière forte et nous privilégions les acteurs locaux, qui apportent rapidité et fluidité et nous permettent de nous positionner sur des marchés et d’innover", souligne le dirigeant qui estime entre une cinquantaine et une centaine le nombre de partenaires situés dans le sud-est de la France. Cette posture répond aussi à un impératif de souveraineté. "En travaillant notamment pour la Défense, nous avons une forme de responsabilité, mais aussi la conviction que privilégier les fournisseurs locaux, français, voire européens permet d’éviter une certaine dépendance, qui pourrait se transformer en une erreur majeure."
D’ici trois à quatre ans, l’usine de Seaowl emploiera 70 à 100 collaborateurs directs, tout en étant dimensionnée pour accueillir 120 à 150 personnes et absorber la croissance potentielle. "Pour un emploi chez nous, nous estimons à 1,5 à 2 emplois indirects", précise le dirigeant.
Des marchés civils et militaires en expansion
La filiale du groupe maritime Seaowl (2 000 collaborateurs, + de 130 M€ de CA), née à la faveur de la reprise de l’entreprise seynoise Sofresud, est passée de 2 millions d’euros il y a quelques années à 10 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé en 2025. Mathieu Glade vise les 12 à 15 millions d’euros dans les deux ans qui viennent, les 20 à 30 millions d’euros dans quatre à cinq ans. "Une tendance de croissance qui repose sur nos marchés, et notre capacité à innover avec 40 % de notre activité dédiée à la R & D", explique l’entrepreneur, qui a par ailleurs pris soin de constituer une équipe "hautement qualifiée et motivée par les projets que nous menons."
Le développement de l’entreprise repose sur une présence désormais affirmée sur les marchés civil et de la Défense, autour des enjeux de protection, de surveillance et d’autonomie décisionnelle en mer. Seaowl décline ainsi une gamme de drones navals adaptée à différents usages. Les plus petits modèles, de moins de six mètres, peuvent être déployés en "meutes" pour simuler des attaques rapides, complexes et asymétriques en environnement maritime. Une capacité qui a valu à l’entreprise de décrocher le prix de l’innovation de la Défense navale décerné par le Gican (Groupement des Industries de Construction et Activités Navales). Les drones de taille intermédiaire, entre six et quinze mètres, sont destinés à des missions de protection et de surveillance, aux abords des côtes, dans les ports ou pour sécuriser des actifs sensibles comme des unités navales ou des parcs éoliens. Ces applications concernent à la fois les secteurs civil et militaire : "Nous avons des contrats avec TotalEnergies et participons au projet Danae, qui vise à développer un drone naval armé de référence pour l’armée française", précise Mathieu Glade.
Enfin, l’entreprise se positionne également sur des navires télé-opérés de grande taille, dédiés au transport de marchandises ou de personnels. Elle a ainsi lancé la fabrication de deux unités de 60 mètres pour 3 000 tonnes. "La fabrication est réalisée en Asie. Seaowl assure la maîtrise d’œuvre et la mise en place du système de dronisation."
Une montée en puissance industrielle
Seaowl Technology Solutions s’est imposée comme un intégrateur de systèmes et a concentré ses efforts pour devenir un acteur incontournable des navires autonomes et des navires télé-opérés dans le domaine de la sûreté/sécurité. La PME figure d’ailleurs parmi les acteurs qui comptent dans le paysage régional, "dominé par des champions : Naval Group, avec son projet de centre d’excellence dédié aux drones, Exail dans le domaine des drones navals de déminage, mais aussi des PME comme Marine Tech ou SubseaTech. Nous avons tous notre spécificité, mais intervenons tous dans le domaine des drones. Et, avec le soutien du Pôle Mer Méditerranée, nous avons la capacité à créer des relations fortes avec les universités, et à former les ingénieurs dont nous avons besoin", s’enthousiasme Mathieu Glade.
Avec cette nouvelle étape, l’entreprise varoise entre dans sa troisième phase de transformation, à savoir le passage à l’échelle industrielle. "Nous avons mis au point des prototypes et des produits opérationnels. Nous avons des clients et nous devons passer de la production de petites séries à une dimension industrielle et capacitaire pour délivrer massivement", conclut l’entrepreneur.