Portée par la Loi de programmation militaire 2024-2030 et ses 413 milliards d’euros, l’industrie française de Défense connaît une croissance sans précédent. La région Paca, qui concentre 26 000 emplois et 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuels dans la filière, s’impose comme un territoire clé de ce basculement vers l’économie de guerre.
Plus de 6 milliards d’euros injectés en 2025
Le ministère l’a rappelé il y a quelques semaines : l’armée est un acteur économique majeur avec, sur la seule région Paca, 5,3 milliards d’euros de paiements directs prévus en 2025 et près de 724 millions d’euros investis dans les infrastructures.
L’écosystème régional repose sur de grands groupes (Airbus Helicopters, Thales, Naval Group, MBDA…), mais aussi sur 230 PME et ETI innovantes et près de 2 000 entreprises prestataires du ministère des Armées. Ensemble, elles constituent un maillage stratégique qui alimente la Base industrielle et technologique de défense (BITD). Depuis la guerre en Ukraine, la priorité est claire : accroître la production et relocaliser certaines capacités jugées critiques.
Investissements à tous les étages
À La Seyne-sur-Mer (Var), CNIM Systèmes Industriels a ainsi doublé ses capacités pour livrer des ponts flottants destinés à l’export. À l’est de Toulon, la PME Baumier, experte en soudage, fournit KNDS, fabricant du canon Caesar. "Nous sommes passés de 4 à 8 kits de casiers à munitions par mois, avec un carnet de commandes plein jusqu’en 2028", confie son directeur, Xavier Cantillon. Même souffle chez Exail Robotics, dont les drones sous-marins affichent une demande record : "Nous devons fournir près de mille systèmes en trois ans", explique Jérôme Bendell, directeur général systèmes maritimes d’Exail.
Les grands groupes ne sont pas en reste. Naval Group prépare une nouvelle usine de drones à La Londe-les-Maures (Var) et étend son site d’Ollioules, futur centre d’excellence des systèmes embarqués. Airbus Helicopters lance 600 millions d’euros d’investissements à Marignane (Bouches-du-Rhône) pour moderniser son outil productif. "Si les commandes suivent, nous irons encore plus loin", prévient Matthieu Louvot, vice-président stratégie.
Cette montée en puissance concerne aussi les infrastructures militaires françaises. À Orange, la base aérienne va quadrupler son parc de Rafale d’ici 2030. À Toulon, premier port militaire d’Europe, un programme de 9 milliards d’euros est engagé pour accueillir une flotte renforcée.