Grand Est
" La gouvernance des ETI est un continent encore largement inexploré. "
Interview Grand Est # Services aux entreprises # Réseaux d'accompagnement

Laurent Degabriel directeur général de l’IFA et Hervé Landau " La gouvernance des ETI est un continent encore largement inexploré. "

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Association rassemblant des administrateurs, l’Institut Français des Administrateurs (IFA) renforce son ancrage dans le Grand Est en structurant une antenne dédiée aux ETI régionales. Ce, afin de professionnaliser leurs conseils d’administration et accompagner un tissu économique en transition, expliquent Laurent Degabriel (DG de l’IFA) et Hervé Landau (délégué régional Grand Est).

Laurent Degabriel, directeur général de l’IFA et Hervé Landau, délégué régional Grand Est de l’IFA, à Strasbourg le 3 novembre 2025 — Photo : Marine Dumeny

Pourquoi renforcer aujourd’hui la présence de l’IFA dans le Grand Est ?

Laurent Degabriel : Le niveau de maturité des grands groupes est solide, notamment depuis la loi Copé-Zimmermann de 2011, qui impose 40 % de membres du sexe sous-représenté dans les conseils d’administration et de surveillance. Cette obligation a entraîné l’arrivée de nombreux nouveaux profils qui ont souhiaté se former, accélérant la professionnalisation des administrateurs et la structuration des pratiques de gouvernance. Désormais, le sujet se déplace clairement vers les ETI, où les besoins sont réels. Et les ETI sont très présentes en région, particulièrement dans le Grand Est.

Hervé Landau : Le Grand Est disposait déjà d’une base d’adhérents, mais il était temps d’aller plus loin. Nous sommes en train de constituer une antenne régionale pleinement organisée : gouvernance locale, animation des membres, articulation avec l’IFA national. Nous comptons une soixantaine d’adhérents et nous structurons un véritable collectif pour porter les enjeux de gouvernance sur le territoire.

Les ETI du Grand Est sont-elles un public prioritaire pour l’IFA ?

Laurent Degabriel : Les ETI ne sont soumises à des obligations de gouvernance que lorsqu’elles sont cotées ou relèvent de formes juridiques spécifiques comme les SA. Dans la majorité des cas, aucune contrainte réelle ne structure leurs conseils, ce qui explique l’importance de les accompagner. Cela crée aussi de fortes disparités. Certaines, souvent familiales, ont déjà des pratiques bien établies ; d’autres, plus jeunes, n’ont pas encore structuré leurs organes d’administration. Le rôle de l’IFA est d’aider à poser les bonnes questions : composition du conseil d’administration, articulation avec l’exécutif, gestion des risques, stratégie ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, NDLR).

Hervé Landau : Le Grand Est est un territoire industriel, exportateur et transfrontalier. Les ETI y sont confrontées à des défis très concrets : transmission, croissance externe, intégration ESG, structuration des conseils. Nous lançons d’ailleurs un chantier dédié pour analyser la gouvernance réelle des ETI du territoire et identifier les besoins spécifiques.

Comment s’organise cette future antenne régionale ?

Hervé Landau : Nous avançons dans une structuration complète : un président régional, une animation locale, des groupes de travail thématiques. Des discussions sont en cours des acteurs économiques du Grand Est. Nous voulons un maillage solide, connecté aussi au bassin rhénan : Luxembourg, Sarre, Bade-Wurtemberg. Cette ouverture transfrontalière est un atout de la région.

Laurent Degabriel : Les attentes évoluent vite : aujourd’hui, 61 % des administrateurs en France sont indépendants, non liés aux actionnaires. Les conseils se professionnalisent, les sujets ESG montent en puissance, les opérations de croissance se multiplient. Un conseil n’est pas seulement un lieu de décision : c’est un collectif qui fait, ou défait, la trajectoire d’une entreprise.

Que propose concrètement l’IFA aux administrateurs du territoire ?

Hervé Landau : L’adhésion de base est à 400 €. Elle donne accès à près de 400 ressources documentaires, aux travaux des comités de l’IFA : ETI, start-up/scale-up, associations, ESG, etc. Et à l’ensemble de la vie de l’Institut.

Laurent Degabriel : L’IFA forme également les administrateurs. Notre certificat, développé avec Sciences Po, comporte une simulation de conseil d’administration menée par des professionnels, ce qui met réellement les candidats en situation. Une première session a été testée dans le Grand Est, et nous étudions la mise en place d’une offre de formation spécifiquement adaptée à la région.

L’accompagnement pourrait-il s’étendre aux PME ?

Laurent Degabriel : C’est une trajectoire possible. L’IFA avance par strates. Nous renforçons d’abord l’accompagnement des ETI, puis nous envisagerons, si le socle est solide, d’élargir vers les PME. Le besoin existe, mais il faut structurer les étapes.

Comment voyez-vous évoluer le rôle des conseils dans la période actuelle ?

Laurent Degabriel : Quand l’État se fragilise, l’entreprise prend une place plus forte dans la société. Sa gouvernance devient un enjeu central. Un conseil n’est pas qu’un espace technique ou juridique : c’est un collectif où se gèrent aussi les dynamiques humaines. La qualité du conseil conditionne la qualité stratégique et émotionnelle de l’entreprise.

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