Spécialisée dans l’élevage de porcs et la transformation de viande porcine, la coopérative agricole et agroalimentaire Cooperl a réuni son conseil d’administration dans son nouveau siège social de 6 900 m², à Lamballe-Armor (Côtes-d’Armor), qu’elle inaugurait pour l’occasion. L’objet de cette réunion était de valider les résultats 2025 de l’entreprise, qui fête en 2026 ses 60 ans et compte 7 500 salariés.
Le chiffre d’affaires est en baisse pour la deuxième année consécutive. Il s’élève à 2,56 milliards d’euros, contre 2,7 milliards d’euros en 2024 et 2,92 milliards d’euros un an plus tôt. Le résultat net est cependant en hausse. Il s’élève à 7,85 millions d’euros, contre 6,28 millions d’euros en 2024. Le montant des investissements est en légère baisse, à près de 70 millions d’euros.
Des installations freinées par l’administration
Pour expliquer la baisse du chiffre d’affaires, Emmanuel Commault, directeur général du groupe, se réfère à la baisse générale de la production porcine française, qui était de 23,7 millions de porcs en 2021 et n’est plus que de 22,2 millions de porcs en 2024. Pourquoi ? À cause des difficultés que rencontrent les jeunes éleveurs qui veulent s’installer : des délais administratifs qui s’élèvent en moyenne à 2 ans ; des investissements importants pour répondre aux normes environnementales et de bien-être animal ; une équation économique difficile à atteindre.
Cette équation ne peut être résolue que par l’agrandissement des exploitations. "Il faut que les élevages puissent croître et tendre progressivement vers 500 truies", explique Bernard Rouxel, président de la Cooperl.
La Cooperl a mis en place des compagnonnages
Pour faciliter ces installations de jeunes (ils ont été 130 à le faire dans le cadre de la coopérative ces 5 dernières années), nécessaires pour compenser les départs en retraite, la coopérative costarmoricaine propose des formations au sein de son Centre de formation aux métiers de l’agroalimentaire, notamment celle du compagnonnage. 60 jeunes y sont inscrits chaque année. Et investit 15 millions d’euros par an dans son programme de ferme intelligente connectée "Iris".
À défaut de lever les difficultés d’installation, notamment d’origine administrative, la France risque la perte de souveraineté alimentaire dans le domaine du porc, comme elle l’a connu dans celui des volailles, prévient le président.
La coopérative a commercialisé moins de porcs en 2025
En 2025, la coopérative costarmoricaine a commercialisé 4,6 millions de porcs (- 5,4 % sur un an) et en a abattu 4,3 millions (- 2,6 %). Le développement des produits élaborés à base de la viande de porc est en revanche en hausse de 12,8 %. Notamment grâce aux produits à impact carbone limité (jambons commercialisés sous la marque Madrange, par exemple) et au succès des marques distributeur. "Nous poursuivons la structuration de notre branche Cooperl Salaison, à travers des investissements et une augmentation des effectifs", pointe Emmanuel Commault.
Investissement dans un abattoir de la Région parisienne
Racheté en 2019, l’abattoir d’Houdan, en Région parisienne, a été rebaptisé Paris Terroir fin 2025 et modernisé pour accueillir notamment une partie transformation de produits estampillés "Le Cochon du Bassin Parisien". "C’est une petite production, qui concerne 70 000 porcs par an pour une trentaine d’élevages, mais elle est bien valorisée compte tenu du pouvoir d’achat du Bassin parisien, qui concentre 25 % de la consommation hexagonale", souligne le DG.
Le regard tourné vers l'empire du milieu
Mais compte tenu de la baisse de consommation de protéine en Europe, le regard et la croissance de la Cooperl sont surtout tournés vers l’international et particulièrement l’Asie et la Chine, pays où la coopérative costarmoricaine compte déjà 350 salariés.
Elle y possède deux élevages de sélection génétique et une usine de salaison de 8 000 m². Surtout, l'empire du milieu représente un formidable débouché pour les services (accompagnement dans la gestion de l’élevage, génétique…) et les produits (équipements d’élevage, suite Iris, savoir-faire en matière d’environnement et de bien-être animal…) de la Cooperl.
La Cooperl va construire une plateforme logistique en Mayenne
"Nous avons au moins 100 clients importants en Chine et notre croissance y est très forte, pointe Emmanuel Commault. La Chine représente 50 % de la production porcine mondiale." Bernard Rouxel ajoute : "Nous n’aurions pas développé un produit comme Iris si le marché chinois n’existait pas."
Mais le prochain gros investissement annoncé de la Cooperl concerne, lui, le marché français : la construction d’une plateforme logistique en Mayenne. Mise en service prévue en 2028, pour un montant d’investissement non communiqué.