Côtes-d'Armor
Bernard Rouxel (Cooperl) : "Le rythme d’investissements est maintenu à un haut niveau encore cette année"
Interview Côtes-d'Armor # Agroalimentaire # Stratégie

Bernard Rouxel président de la Cooperl "Le rythme d’investissements est maintenu à un haut niveau encore cette année"

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La Cooperl, leader de la production porcine en France, vient de publier un chiffre d’affaires 2025 en légère baisse mais un résultat en hausse. À 60 ans, l’entreprise costarmoricaine continue sa marche en avant en investissant dans un nouveau siège social et dans les questions liées à l’environnement et à l’empreinte carbone. Entretien avec Bernard Rouxel, son président.

Éleveur à Plénée-Jugon, dans les Côtes-d’Armor, Bernard Rouxel est le président de la Cooperl depuis juin 2023 — Photo : Matthieu Leman

La Cooperl, coopérative agroalimentaire costarmoricaine qui est le leader français de la filière porcine en France, vient de publier ses derniers résultats. Quel bilan tirez-vous de l’exercice 2025 ?

L’année 2025 se caractérise par une stabilité relative, en dépit de la conjoncture difficile. Le chiffre d’affaires s’élève à 2,56 milliards d’euros (contre 2,7 milliards d’euros en 2024, NDLR). Le résultat net est de 7,85 millions d’euros, en hausse (6,28 millions d’euros l’année précédente). Quant au montant de l’investissement global, il a été de près de 69 millions d’euros en 2025 (contre 75,5 millions d’euros en 2024).

Quels chiffres ou évolutions sont pour vous les plus remarquables ?

En 2025 comme pour chacune de ses années d’existence, Cooperl continue de se construire avec pour fil directeur de tendre toujours plus vers une filière la plus aboutie possible (la coopérative est présente à toutes les étapes de la filière, depuis l’élevage jusqu’à la commercialisation des produits finis, comme les jambons, qu’il fabrique, NDLR).

Le conseil d’administration s’est déroulé dans votre nouveau siège social, inauguré en juin 2026 à Lamballe. Pourquoi ce nouveau bâtiment ?

Le bâtiment abritant le siège social de Cooperl existait depuis 55 ans et était très vétuste. De plus, le développement des activités industrielles nécessitait de libérer du terrain (l’ancien siège sera reconverti dans la production de biocarburant pour véhicules à base de graisse de porc, NDLR). Ce nouveau bâtiment de 6 900 m2 sur trois niveaux est à l’image de l’engagement RSE de la coopérative Cooperl du fait de l’utilisation de matériaux biosourcés et de son efficacité énergétique. Il a une capacité d’accueil de 350 collaborateurs. Il permet de fédérer toutes les équipes administratives sur un seul lieu pour une meilleure coordination du travail et aussi accessoirement de mettre fin à la location de bureaux sur trois sites extérieurs.

Outre votre nouveau siège social, quels sont les investissements de la Cooperl ?

Le rythme d’investissements est maintenu à un haut niveau encore cette année. Il y a toujours à faire pour continuer de moderniser nos outils industriels. Des dizaines et des dizaines de projets contribuent à rationaliser les consommations d’énergie, d’eau ou à améliorer la traçabilité, la logistique, le sanitaire, le confort de travail… Ou pour ajouter de nouvelles activités. Par exemple, Cooperl a mis en service début 2024 une usine dont l’objectif est de collecter et d’isoler une molécule anti-coagulante contenue dans le mucus intestinal du porc : l’héparine.

"Nous entrons modestement, mais avec succès, dans l’industrie pharmaceutique"

Avec cette nouvelle activité située à Lamballe, nous entrons modestement, mais avec succès, dans l’industrie pharmaceutique. Cet investissement ajoute une brique de plus dans la valorisation des coproduits non alimentaires, notre objectif étant d’aller toujours plus loin dans l’extraction des molécules d’intérêt du porc. Elle apporte également, par ce développement, sa participation à la souveraineté nationale dans de nombreux médicaments essentiels.

Mais l’année 2026 est surtout marquée par la mise en service du nouveau siège social. D’autres grands projets vont suivre dans les années à venir (comme la création d’une plateforme logistique en Mayenne à l’horizon 2028, NDLR), mais nous faisons les choses les unes après les autres.

Y aura-t-il de nouvelles acquisitions d’entreprise ?

Cooperl va poursuivre dans le temps sa stratégie de développement maîtrisé, mais à ce jour, nous n’avons pas d’annonce de ce type à vous communiquer.

Comment le réchauffement climatique affecte-t-il l’activité de la coopérative et que fait elle pour s’en prémunir ?

Notre coopérative est très sensible aux enjeux climatiques. Notre politique est résolument orientée vers la réduction des émissions de CO2 en élevage. Mais au-delà, le volet adaptation doit aussi être travaillé sur toute notre chaîne de valeur. Nos équipes de recherche et développement prennent en compte ce type d’épisode climatique extrême pour mieux réguler les conditions de confort des animaux. Cela passe par des porcheries modernes, bien isolées et un pilotage précis de la ventilation (notamment grâce à l’outil numérique de gestion d’exploitation développé par la coopérative, baptisé Iris, NDLR).

Quelles sont les prochaines étapes dans le domaine environnemental et celui de l’avènement d’un porc "bas carbone" ?

Notre fil rouge est de continuer à réduire notre empreinte environnementale pour à la fois limiter nos consommations de ressources, de plus en plus rares, et pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Les outils de calculs sont désormais fiables et nous savons que produire un porc bas carbone est techniquement possible en agissant sur la nutrition animale et sur la gestion des effluents. Nous avons déjà une gamme de produit sous la marque Madrange qui affiche une réduction de 20 % par rapport à la moyenne du porc conventionnel français.

Quelles sont les conséquences du contexte géopolitique, notamment le transport maritime, pour la coopérative dont la part d’export est importante ?

La fermeture du détroit d’Ormuz n’a pas d’impact très direct sur nos flux de marchandises. Notre activité à l’export se poursuit dans des conditions satisfaisantes. Néanmoins, les fortes fluctuations du cours du brut ont des conséquences très nettes dans le coût du fret ou des emballages plastique par exemple. C’est une nouvelle source d’inflation avec laquelle nous devons composer. Ce niveau d’instabilité renforce notre détermination à continuer de produire notre propre énergie, notamment à partir de la biomasse agricole.

Comment voyez-vous la Cooperl dans 60 ans ?

Si on avait posé cette question il y a 60 ans, je ne suis pas sûr que les éleveurs de l’époque auraient imaginé ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Une chose est certaine : Cooperl sera toujours là. Elle sera certainement très différente car elle est en constante adaptation à ses marchés. C’est une entreprise de taille importante mais qui reste agile dans ses prises de décisions.

Côtes-d'Armor # Agroalimentaire # Agriculture # Elevage # Stratégie # Grandes Entreprises # Investissement immobilier # Transition écologique