Côtes-d'Armor
Cooperl : La petite coopérative costarmoricaine qui a créé en 60 ans une filière intégrée mondiale du porc
Côtes-d'Armor # Agroalimentaire # Grandes Entreprises

Cooperl : La petite coopérative costarmoricaine qui a créé en 60 ans une filière intégrée mondiale du porc

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Ils étaient 24 en 1966. 24 éleveurs bretons qui ont décidé de créer leur propre coopérative afin de pouvoir maîtriser le prix du porc. 60 ans plus tard, la Cooperl est leader de la filière porc en France. Organisée en dix branches qui intègrent toutes les étapes de la filière, de l’élevage à la distribution, la plus grande entreprise costarmoricaine en termes de chiffre d’affaires continue sa marche en avant.

La Cooperl fête en 2026 ses 60 ans d'existence — Photo : Mael Gonnet

Retracer l’histoire de la coopérative agroalimentaire Cooperl Arc Atlantique, c’est plonger au cœur d’un mastodonte, leader français de la production porcine, plus importante entreprise des Côtes-d’Armor par son chiffre d’affaires (2,56 Md€ en 2025).

Un poids lourd qui a créé au fil de ses 60 ans d’histoire une filière intégrée du porc, de l’élevage jusqu’à sa transformation, la commercialisation et la distribution, en passant par l’alimentation des animaux ou la production de robots pour l’élevage. Un modèle qui regroupe 3 900 adhérents aujourd’hui.

Prendre la main sur le prix des porcs

Mais en avril 1966, ils ne sont que 24. Emmenés par Sébastien Coupé (le futur président, de 1969 à 1994) et son frère Eugène, ils quittent la coopérative de Landerneau (la Coopagri qui deviendra Eureden) et créent la COOPérative des Éleveurs de la Région de Lamballe ou Cooperl. L’objectif est alors de prendre la main sur le prix des porcs.

Les "rebelles", comme les nomme lui-même Sébastien Coupé, mettent en place un système innovant, qui lisse les variations : le prix payé au producteur est basé sur la moyenne des 20 semaines précédentes, soit le temps nécessaire à l’engraissement des animaux.

"On sortait de l’école avec le certificat d’études, c’était une aventure", se souvenait Eugène Coupé dans le livre des 50 ans de la Cooperl.

"Les débuts sont empreints d’une "discipline de fer : les porcs devaient être livrés impérativement à la coopérative […], continuait Eugène Coupé. Par contre, il y avait une liberté d’approvisionnement en aliment. Ce n’était pas le cas à Landerneau, sans compter que là-bas on était aussi lié par le crédit !"

Un modèle économique initial qui évolue jusqu’à l’intégration complète

Le modèle économique initial, clin d’œil de l’histoire, écarte alors l’intégration pour encourager la concurrence en amont (approvisionnements et services techniques) et en aval (abattoirs). Il séduit les éleveurs, qui sont déjà 600 fin 1969. Jean Gourdet, le cinquième salarié de la coopérative (le premier était Jean Floc’h, directeur général, qui fondera ensuite le groupe éponyme), se souvient : "En 1968, on fêtait notre millième porc élevé par semaine, soit 50 000 porcs élevés dans l’année. Tous les ans, on franchissait le cap des 100 000, 200 000, 300 000…" En 2025, ce chiffre s’élevait à 4,6 millions de porcs.

Des abattoirs acquis en 1978 comme première étape

En 1978, la Cooperl, qui compte 1 400 adhérents, va faire évoluer son modèle en "mettant le couteau dans la viande", suivant l’expression de Sébastien Coupé. La coopérative investit dans deux abattoirs : Bénijo (à Montfort-sur-Meu, en Ille-et-Vilaine), en janvier, et Ollevier (Lamballe), en mai.

Ce dernier était en difficulté et la Cooperl y possédait un encours de près de 5 millions de francs. Sa disparition aurait privé les éleveurs adhérents de l’abattage de 15 000 porcs par semaine.

Avec ces rachats, la coopérative passe de 99 salariés à 446. Elle modernise et agrandit ces outils.

La Lamballaise, première marque de la Cooperl

La marche vers l’intégration se poursuit avec le lancement en juillet 1984 de la première marque de la Cooperl : la Lamballaise. Sont vendus des saucisses, des côtes de porc, merguez, rôtis… issus de l’abattoir de Lamballe, alors que l’abattoir bretillien est consacré à la vente en carcasse. Suivent les andouilles et andouillettes d’Ollevier Salaisons, racheté en 1988. La marque La Lamballaise laisse la place à Calidel, en 1989, qui lance des tapas, grillades marinées, saucisses cocktail…

D’autres rachats auront lieu : en 2017, celui du pôle salaisons de la Financière Turenne Lafayette (qui apporte les marques Paul Prédault, Caby, Madrange et Montagne Noire) ; et en 2021 avec les sociétés Calixte (saucissons secs) et Isturaï (jambon sec).

L’achat décisif de Brocéliande pour pénétrer le marché du jambon

Mais le gros enjeu est celui du jambon. Après avoir hésité longtemps à construire son usine, la Cooperl rachète, en 2009, Brocéliande. L’entreprise bretillienne compte 4 usines en Bretagne, Normandie et Loire, 1 100 salariés, et produit 52 000 tonnes de charcuteries cuites par an. Elle permet à la Cooperl d’entrer sur le marché des marques de distributeur.

En 2009 toujours, la Cooperl devient Cooperl Arc Atlantique après sa fusion avec l’union de coopératives Arca, troisième producteur français de porcs. Avec 6,7 millions de porcs produits et 3 800 adhérents, la coopérative est plus que jamais numéro 1 français de la production porcine.

Une fusion avec la coopérative La Hunaudaye

Entretemps, la Cooperl a complété les strates de son modèle intégré. Dès 1987, la coopérative rachète le fabricant d’aliments pour animaux Logeais (Ille-et-Vilaine).

L’usine est agrandie et opérationnelle en 1991, avec l’objectif d’atteindre une production annuelle de 250 000 tonnes.

En 1993, la fusion avec la coopérative de La Hunaudaye, chez qui nombre d’adhérents se fournissaient en aliments, permet à la nouvelle activité de compter trois usines d’aliments qui produisent alors 450 000 tonnes par an. Le rachat de l’usine de Plounérin (aliments volaille), suit en 2000.

La production s’élève aujourd’hui à 1,3 million de tonnes.

Le début de l’export vers la Russie en 1992

Dans la longue histoire de la Cooperl, on peut encore relever le rachat en 2011 des boucheries Défi Viandes, dernier maillon de la filière créée par la coopérative, qui débute avec le groupement d’éleveurs et s’achève avec la distribution (70 magasins multi frais et à la ferme).

En 2020, elle a ouvert son Centre de formation aux métiers de l’agroalimentaire, qui accueillent ses collaborateurs mais également ceux d’autres sociétés.

Côté export, qui représente 26 % du chiffre d’affaires de Cooperl Viandes, les ventes commencent en Russie en 1992, au Japon en 1994, en Chine en 2005. Elles concernent 50 pays.

Deux élevages de sélection génétique en Chine

En Chine, la coopérative possède deux élevages de sélection génétique et une usine de salaisons de 8 000 m². Son marché est une priorité pour la Cooperl.

Pour la génétique, pour sa branche de production d’équipements d’élevage (Cooperl Équipements) mais aussi parce que la Chine augmente ses exigences en matière de respect environnemental et de bien-être animal. La Cooperl, qui est leader mondial, en volume, dans l’élevage de porcs sans antibiotique, peut apporter des solutions.

Né en 1990, Cooperl Environnement comprend par exemple Denitral, spécialisée dans le traitement des lisiers, mais aussi des outils permettant de gérer les matières solides séchées.

Alors qu’elle a intégré son nouveau siège social de 6 900 m² en mai 2026, la coopérative va consacrer l’ancien à la production d’un carburant pour véhicules issus de la graisse animale recueillie dans les abattoirs. Une nouvelle diversification pour compléter encore la filière de la Cooperl.

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