Alors qu’elle organisait son assemblée générale à Brest pour célébrer ses 25 ans, le 2 juillet 2026, l’Association bretonne des entreprises agroalimentaires (ABEA) a présenté sa contribution à la Conférence bretonne de la souveraineté alimentaire, lancée par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. L’ABEA, qui représente 250 entreprises employant 55 000 salariés, estime que la capacité de la Bretagne à nourrir la France et l’Europe ne pourra être maintenue sans un véritable "réarmement stratégique" de la filière. Pour cela, elle s’inscrit dans un temps long, avec des objectifs à 25 ans. L’association bretonne a ainsi identifié cinq conditions jugées indispensables pour préparer la Bretagne alimentaire de 2050 et faire de l’alimentation un enjeu stratégique des politiques publiques.
L’attractivité des métiers en première ligne
"Le premier enjeu c’est l’humain, lance d’emblée Christian Griner, nouvellement élu président de l’ABEA pour trois ans. Il faut replacer l’humain au cœur de la performance, sécuriser les parcours professionnels et travailler l’attractivité de nos métiers, en ouvrant nos usines et en luttant contre les idées reçues par exemple".
L’idée est de construire une image plus positive de la filière. Alors que les difficultés de recrutement persistent, l’ABEA appelle notamment à mieux faire connaître les formations dès le plus jeune âge et à développer la formation continue afin d’accompagner les évolutions technologiques. Elle souhaite également poursuivre les efforts engagés sur les conditions de travail.
Réduire les freins administratifs
La deuxième priorité affichée par l’ABEA concerne la simplification administrative. "C’est un impératif", insiste Christian Griner. Les industriels dénoncent des procédures d’autorisation jugées trop longues, notamment pour les projets de modernisation ou de transition énergétique. L’ABEA réclame davantage de visibilité réglementaire et des délais d’instruction raccourcis afin de sécuriser les investissements, souvent engagés sur plusieurs décennies. "Nous avons besoin de transformer nos usines en matière de décarbonation, d’équipements, de réutilisation de l’eau, etc.", poursuit le président.
Une transition environnementale à poursuivre
La transition environnementale est d’ailleurs l’une des autres priorités de la filière agroalimentaire pour 2050. "Nous sommes pleinement engagés dans la décarbonation, et cet effort doit être partagé par l’ensemble de la chaîne alimentaire", indique Christian Griner.
L’association plaide notamment pour un accompagnement financier renforcé, une réduction de la dépendance aux protéines importées et aux énergies fossiles, ainsi que des outils communs pour mesurer les émissions de gaz à effet de serre.
Nécessité de moderniser les outils industriels
L’ABEA insiste également sur l’urgence d’investir dans les sites de production. "En France, nous avons le taux de robotisation par emploi manufacturé le plus faible d’Europe", regrette le président de l’ABEA, affichant ses craintes pour la compétitivité des entreprises sur la scène internationale. La modernisation doit permettre de retrouver des atouts face à la concurrence européenne, en même temps qu’un moyen d’améliorer les conditions de travail des salariés. Parmi les priorités définies par l’ABEA : robotisation, intelligence artificielle, évolution des procédés énergétiques ou encore optimisation des ressources.
Sécuriser l’accès aux ressources
Enfin, l’association bretonne appelle à protéger durablement les ressources indispensables à la production, et notamment l’eau. "L’eau, avec l’énergie et le foncier, sont les piliers de la souveraineté alimentaire", rappelle l’ABEA, qui continue de défendre le développement du stockage et de la réutilisation de l’eau, son cheval de bataille depuis plusieurs années.