Eure
Alland & Robert domine le marché de la gomme d’acacia depuis plus de 140 ans
Eure # Agroalimentaire # Stratégie

Alland & Robert domine le marché de la gomme d’acacia depuis plus de 140 ans

S'abonner

À Port-Mort et à Saint-Aubin-sur-Gaillon, dans l’Eure, l’entreprise Alland & Robert travaille de la gomme d’acacia pour l’exporter partout dans le monde. Acteur pionnier dans les gommes naturelles depuis 1884, Alland & Robert a su développer une expertise sur sa matière fétiche et en exploiter toutes les qualités en plus de 140 ans d’activité.

De gauche à droite : Anne-Sophie Alland, Directrice Générale Adjointe et DRH, Frédéric Alland, ex P.-D.G. et aujourd’hui Président de la Fondation d’Entreprise, Charles Alland, Président A & R — Photo : DR Alland & Robert

Des petits confiseurs tricolores jusqu’aux grandes marques de confiseries américaines, tout comme des milliers d’entreprises, réparties dans 75 pays, font appel à Alland & Robert, le géant de la gomme d’acacia. Dominant aujourd’hui le marché mondial, la société Alland & Robert a développé un véritable savoir-faire dans la gomme d’acacia, en tant qu’industriel, ainsi qu’en recherche et développement, conférant ainsi à ce produit une véritable valeur ajoutée. Récoltée à la main, au Soudan (Afrique Subsaharienne) premier pays producteur, la gomme d’acacia se cache aujourd’hui dans de nombreux produits : confiseries, émulsifiant, stabilisant et épaississant, cosmétiques ou pharmaceutiques. Très présent en amont de la chaîne d’approvisionnement, Alland & Robert détient une connaissance profonde du territoire africain, des sols et des régions. Au fil de ses 140 années d’existence, l’entreprise a tissé des liens très forts avec les acteurs locaux.

Premier importateur

"En tant qu’ingénieur chimiste, Francisque Alland, mon aïeul, a mis au point un brevet pour utiliser la gomme arabique dans le textile. C’est grâce à la recherche et l’expérimentation scientifique qu’il entre en contact avec cette matière première, bien avant de fouler le sol africain, raconte Anne-Sophie Alland, directrice générale adjointe et DRH, 6e génération à la tête de l’entreprise familiale. En travaillant sur son brevet, il fait un constat simple mais décisif : personne en France n’importe directement de la gomme". Francisque Alland, s’associe alors à un financier, Alfred Robert, négoce en import-export, avec qui il crée Alland & Robert. L’entreprise spécialisée dans les gommes naturelles, plus particulièrement d’acacia, né ainsi à Paris en 1884. À cette époque, le secteur textile représente le débouché principal et identifié. La gomme est alors utilisée comme fixateur de colorants et pigments, agent d’épaississement, d’apprêt, d’encollage ou de finition.

La crise de 1929 et les deux guerres mondiales

Entre les deux guerres mondiales, la crise de 1929 frappe de plein fouet l’entreprise, ajoutant une difficulté supplémentaire avant même que le second conflit mondial n’éclate. "La Seconde Guerre mondiale est particulièrement douloureuse. D’abord humainement : Adolphe Alland, le fils de Francisque Alland, meurt en juillet 1940, en plein chaos de la débâcle, laissant son fils, René, prendre la tête de l’entreprise dans des circonstances dramatiques, précise Anne-Sophie Alland. Sur le plan des archives, une partie du personnel a dû fuir Paris précipitamment, n’emportant que quelques papiers. C’est pourquoi il reste si peu de traces documentaires d’avant 1940."

Dès 1945, sous la direction de René Alland, Alland & Robert amorce un tournant technique important en lançant la transformation de la gomme arabique par broyage et pulvérisation. "C’est un signe de rebond, et sans doute la manière dont l’entreprise a choisi de se réinventer après des années difficiles", poursuit-elle. C’est en 1972 que le fils de René Alland, Bernard Alland, choisit d’installer une première usine de la gomme d’acacia à Port-Mort dans l’Eure, pour sa situation stratégique, non loin de la Seine, des ports du Havre et de Rouen. Cette étape est décisive pour augmenter la capacité de production. Et pour cause, dans les années 70-80, la gomme s’utilise pour de nouveaux usages, dans l’alimentaire, notamment, en parallèle au textile.

Un cahier des charges et des certifications à respecter

"Nous achetons des quantités de gommes à nos fournisseurs, qui doivent respecter un cahier des charges et plusieurs certifications", indique Anne-Sophie Alland.

Parmi les certifications, la société a obtenu la certification internationale BRC en matière de sécurité alimentaire, traçabilité et qualité. Citons également EcoVadis en matière de RSE (Responsabilité Sociale Environnementale), Ecocert — COSMOS en réponse aux exigences de l’industrie cosmétique, garantissant des méthodes de production et de transformation, respectant l’environnement et la santé humaine. Dernière certification obtenue, Fair for Life, un label garantissant une juste rémunération aux récoltants de la gomme d’acacia, ainsi qu’une chaîne d’approvisionnement transparente et traçable.

"Afin de garantir à nos clients des produits sûrs, avec une qualité irréprochable, nous avons un véritable devoir de vigilance. Nos fournisseurs sont audités une fois par an et nous nous rendons systématiquement sur place", précise Anne-Sophie Alland.

Vers l’internationalisation de la gomme d’acacia

"Mon père, Frédéric Alland, a parcouru les salons internationaux et s’est appuyé sur un réseau de distributeurs dans le monde entier pour se faire connaître", se remémore Anne-Sophie Alland. En 1984, il devient le nouveau dirigeant et accélère l’internationalisation. De fait, l’entreprise réalise 95 % de son chiffre d’affaires à l’export. La capacité de production est également augmentée grâce à la construction, en 2002, d’une première tour de séchage par atomisation, à Port-Mort. Avec ce processus industriel, la gomme d’acacia devient de la poudre. "Nous fournissons nos clients systématiquement en poudre, c’est la façon la plus pratique pour les industriels de l’intégrer. La poudre est le format préféré pour de nombreux ingrédients. Nous avons également vendu de la gomme dite "brute", c’est-à-dire des nodules, certaines industries ayant des capacités pour les traiter. Mais c’est de plus en plus rare. Nous faisons du sur commande pour nos clients", souligne Anne-Sophie Alland. Suivront une deuxième tour de séchage en 2007, puis une troisième en 2013, et enfin, une quatrième, fin 2024, utilisant 50 % de gaz en moins grâce à un nouveau procédé.

Une stratégie de diversification

Ce nouveau procédé, permettant de produire de la poudre granulée avec moins de poussière, a également contribué à augmenter la capacité de production (32 000 tonnes par an) et de multiplier plus que par trois le chiffre d’affaires du groupe. Anne-Sophie Alland et son frère, Charles Alland, président, misent aujourd’hui sur la R et D. "Nous sommes sur un mono produit. C’est à la fois notre force et notre faiblesse. Grâce à notre département R & D, notre plateforme technologique et culinaire, ainsi qu’un nouveau laboratoire pour le contrôle qualité et la recherche appliquée, nous découvrons de nouvelles applications de la gomme dans la cosmétique ou ses effets prébiotiques, favorisant le confort intestinal", explique la directrice générale adjointe. Outre leur agilité, leur capacité à se diversifier et à rebondir face aux chocs géopolitiques, qui constituent le succès de l’entreprise familiale, Charles et Anne-Sophie Alland cherchent à structurer leur gouvernance familiale, en se faisant accompagner par des consultants, afin d’aligner les intérêts familiaux à ceux de l’entreprise.

Eure # Agroalimentaire # Industrie # Stratégie # ETI