Le Finistérien Christophe de Cheffontaines a participé à la "Builders Factory", un programme d’accompagnement d’un nouveau genre pour les porteurs de projets, à Paris, pendant 28 jours. Une sorte de "Star Academy de la création d’entreprise", un incubateur ultra-rapide. Le concept est simple : une promotion d’une quarantaine d’entrepreneurs est enfermée pendant quatre semaines dans un immeuble pour définir sa stratégie, avec un programme d’ateliers et de rencontres de haut niveau. Christophe de Cheffontaines, lui, avait commencé à monter Cueillette, une entreprise dédiée à la collecte de fruits et légumes en direct des producteurs, dès 2023, à Clohars-Fouesnant (Finistère). Mais le concept tardait à trouver son modèle.
Éviter les écueils et structurer sa feuille de route
En rejoignant la Builders Factory, il a dessiné en un temps record la stratégie qui va lui permettre de faire décoller Cueillette. "Cette aventure, que j’ai vécue en novembre 2025, m’a permis d’éviter plein de pièges et de construire ma nouvelle idée, résume le dirigeant breton. Au début, j’avais juste développé une application pour permettre d’acheter des produits en direct à la ferme, puis essayé d’organiser des retraits dans les grandes entreprises, mais sans vrai modèle économique. J’ai alors pensé à développer un système de retrait en locker (ces casiers connectés du type Mondial Relay ou Chronopost…, NDLR). La Builders Factory m’a permis de structurer l’idée et de dessiner ma feuille de route."
Intensité et communauté
Pour y parvenir, l’entrepreneur s’est inscrit à ce programme fondé il y a un an et demi par Martin Cregut. Il lui en a coûté 1 180 euros. "Nous proposons des logements sur place, indique le fondateur du concept. Mais ce n’est pas obligatoire. Les Parisiens rentrent chez eux, et certains ont des solutions personnelles, comme ce fut le cas pour Christophe de Cheffontaines". Il faut dire que les journées sont longues et bien remplies. "Il y a un programme tous les jours de la semaine et jusqu’à 23 heures tous les soirs", témoigne le Breton, qui a trouvé à Paris ce qu’il n’avait pas à Quimper. "Dans cette partie de la Bretagne, pas d’écosystème de la tech. On est dans un désert pour ce que l’on fait !"
Une inspiration venue des États-Unis
"La Builders Factory s’inspire de structures d’accompagnement qui existent aux États-Unis, où des programmes courts, leur intensité et la création d’une communauté, permettent de rapidement savoir si on est sur la bonne piste, explique Martin Cregut. En France, beaucoup d’incubateurs proposent des suivis pendant deux à trois ans, c’est trop long." L’homme a alors aménagé un immeuble entier dans le quartier des Batignolles à Paris (17e arrondissement) pour accueillir cette fabrique d’entrepreneurs.
"L’aventure démarre par deux jours où toutes vos certitudes seront détruites, témoigne Christophe de Cheffontaines. Vous présentez votre projet devant la cohorte de 40 autres créateurs présents, et face à l’entrepreneur et mentor Pierre Gaubil, affûté pour repérer les signaux faibles. Il m’a donné des pistes pour dessiner ma feuille de route. J’ai appris qu’il ne faut pas vendre peu cher, sinon cela ne permet pas de fournir les bons services et la qualité."
Des rencontres inspirantes et challengeantes
Chaque semaine ensuite, des "talks" en direct avec des dirigeants d’entreprises connues (Mapstr, Bagelstein, Superprof…) apportent aux participants des retours d’expériences. "Nous échangeons dans un cadre peu commun, dans des canapés, qui sont propices aux confidences, décrit Christophe de Cheffontaines. Cela permet de comprendre qu’il n’y a pas de recette magique. J’ai vu aussi que tous ces entrepreneurs à succès ont connu des échecs et qu’il faut les accepter. Maintenant, je n’ai plus d’émotion vis-à-vis de cela, même quand je prospecte et que l’on me raccroche au nez."
"Nous avons notre groupe WhatsApp où 150 entrepreneurs de la promo et d’autres sessions peuvent vous apporter une réponse à une question en un temps record."
Dans la Builders Factory, les échanges se poursuivent le soir, lors de dîners, jusqu’à 23 heures. "Il se dégage de ces moments une énergie incroyable qui motive et crée du lien. Six mois après, nous avons notre groupe WhatsApp où 150 entrepreneurs de la promo et d’autres sessions peuvent vous apporter une réponse à une question en un temps record, que ce soit sur un point juridique, administratif, informatique, etc.".
Le programme qu’a suivi Christophe de Cheffontaines comporte évidemment aussi des ateliers, au choix, sur des thématiques aussi variées que la création d’un site web, la levée de fonds, la recherche de "leads", l’IA, la vente, l’emailing, la prise de parole… Entre deux, l’équipe de Martin Cregut organise des rencontres à 5, pendant 20 minutes, pour challenger le groupe. "Chacun donne un objectif pour sa semaine, une problématique, par exemple, et ensuite on fait le bilan. Cela pousse la dynamique, permet de se dépasser et de gagner en confiance."
Préparation d’un modèle économique et de perspectives
"J’avais une idée mais je ne savais pas la distribuer, analyse Christophe de Cheffontaines. Ici, j’ai appris comment faire : c’est plus facile de vendre à un producteur un bien physique qu’une application. J’ai donc confirmé le concept des lockers." Cueillette va, d’une part faire de la marge sur leur vente, et d’autre part assurer des revenus récurrents grâce à un abonnement du producteur à son service. Un modèle innovant, qui n’existe nulle part à l’heure actuelle. La start-up a lancé la commande de quatre premiers casiers de livraison connectés en Asie, qu’elle a reçus en mai, puis programmés. Ils vont être vendus et installés sur différents lieux où les commandes seront déposées au fur et à mesure. "Nous avons trois cibles : les producteurs ou groupements de producteurs, les grandes entreprises, les lieux de vie comme des gares ou campings." Les lockers de Cueillette coûtent environ 12 000 euros. D’ici à cinq ans, l’entrepreneur breton espère atteindre les 5 millions d’euros de chiffre d’affaires et employer 30 salariés. "Nous visons le marché français, mais aussi européen et canadien à court terme", annonce-t-il.