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Alérion veut récolter des mirabelles avec un robot à 4 millions d’euros
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Alérion veut récolter des mirabelles avec un robot à 4 millions d’euros

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Bureau d’études nancéien spécialisé en robotique autonome, Alérion planche sur une commande particulière, passée par la coopérative Vegafruits : la mise au point d’un robot de cueillette dédié à la récolte des mirabelles.

Le robot "Syracus" cueilleur de mirabelles est développé par la société nancéienne Alérion — Photo : Jean-François Michel

Un bras robotique de type industriel, vissé sur une plateforme permettant d’aller cueillir des fruits à plus de trois mètres de hauteur, le tout arrimé à des chenilles, pour un poids total de 500 kg. Le robot de cueillette développé par le bureau d’études nancéien spécialisé dans la robotique autonome, Alérion, attend patiemment que les premières mirabelles de l’été 2024 mûrissent au soleil. "Nous nous préparons à mener une campagne de test dans les vergers", précise Anne-Sophie Didelot, présidente et co-fondatrice d’Alérion.

Un projet qui va nécessiter entre "5 et 6 ans de développement"

Sa société, employant un total de huit personnes pour un chiffre d’affaires de 90 000 euros, développe depuis plus de deux ans, pour le compte de Vegafruits (10 M€ de CA), la coopérative fruitière basée à Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle), un robot de cueillette dédié à la récolte des mirabelles. "Tout compris, c’est un projet à 4 millions d’euros, pour lequel il faudra un temps de développement de 5 à 6 années", résume Anne-Sophie Didelot. Pour Louis Viard, chef du projet 'Syracus' (le nom du robot) chez Alérion, la mise au point de ce robot présente "deux défis en un : d’abord être capable de récolter correctement le fruit, puis automatiser cette récolte".

Encore 2 millions d’euros à rassembler

La première moitié du projet a été financée, à hauteur de 2 millions d’euros, par 1,5 million d’euros apportés par la région Grand Est et le Fonds européen agricole pour le développement rural, auxquels sont venus s’ajouter 500 000 euros injectés par Vegafruits. "Pour les 4 prochaines années de développement à venir, beaucoup d’investissements matériels ont été faits", précise la présidente d’Alérion, qui a déjà lancé les recherches pour rassembler les 2 millions d’euros nécessaires à l’aboutissement du projet.

Pallier les difficultés de recrutement

"Pour Vegafruits, l’idée serait d’acquérir entre 10 et 20 robots pour pouvoir satisfaire l’ensemble de ses producteurs", précise Anne-Sophie Didelot. Pesant 40 % de la récolte mondiale de mirabelles, la coopérative Vegafruits regroupe plus de 200 producteurs, qui exploitent un total de 600 hectares de vergers pour une capacité de production d’environ 8 000 tonnes de fruits par an.

Imaginé par Bruno Colin, l’ancien directeur général de la coopérative, aujourd’hui parti en retraite, ce robot doit notamment permettre de pallier les difficultés de recrutement liées à la récolte de la mirabelle, qui s’étale sur une période très courte à la fin de l’été.

Optimiser la récolte des mirabelles avec les données issues des vergers

"Le but n’est pas d’aller remplacer l’homme", se défend toutefois la présidente d’Alérion, en évoquant d’abord le procédé : les fruits récoltés par Syracus sont dirigés vers des cagettes, qui doivent être ensuite amenées par du personnel jusqu’aux tracteurs. "Ensuite, une récolte se prépare toute l’année et un des objectifs du projet est d’exploiter les données issues des vergers permettant d’optimiser la récolte", souligne Anne-Sophie Didelot.

Reconnaître les fruits pourris ou parasités

Fruit relativement fragile, la mirabelle est cueillie par la main de l’homme pour obtenir un "fruit de bouche", sans aucun défaut, propre à être consommé directement. "Le reste des mirabelles est récolté par un système accroché au tracteur et faisant vibrer l’arbre, pour des fruits destinés à faire de la compote, par exemple", précise Anne-Sophie Didelot.

Doté de trois doigts et d’une caméra, le robot Syracus a commencé par apprendre à repérer les mirabelles dans l’arbre, quelles que soient les conditions. "L’année dernière, nous sommes allés dans les vergers pour faire des photos, afin de pouvoir ensuite les montrer au robot", précise Anne-Sophie Didelot. Un sujet pour lequel il a fallu procéder au recrutement d’un spécialiste de la reconnaissance d’image, une des clés du projet. Le robot devra aussi être capable de repérer les fruits parasités, afin d’éviter la contamination de cagettes entières.

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