Depuis sa ferme, malterie et distillerie de Rozelieures (15 salariés), en Meurthe-et-Moselle, la famille Grallet-Dupic distille près de 2 millions de bouteilles de whisky par an, soit entre 500 000 et 600 000 litres d’alcool pur, sous sa marque Whisky Rozelieures. En 2024, l’entreprise est le premier producteur de single malt français et commercialise ses bouteilles à partir de 40 euros les 70 cl. "Actuellement, 20 % de nos ventes sont réalisées à l’export. À horizon cinq ans, nous aimerions passer à 50 %", ambitionne Christophe Dupic.
À la tête d’une exploitation vieille de 147 ans et étendue sur 300 hectares, le dirigeant et sa compagne, Sabine Grallet Dupic, ont pourtant commencé leur production de whisky il y a une vingtaine d’années seulement. Créée par Amable et Ophèle Grallet, l’entreprise est en effet à l’origine une exploitation familiale arboricole et céréalière. Puis Michel Grallet, le fils des fondateurs, plante les premiers mirabelliers de l’exploitation en 1890. L’entreprise se met alors à produire de l’eau-de-vie avec les fruits du verger. "Ils ont rapidement commencé à distiller par l’intermédiaire des bouilleurs de cru ambulants. C’était un bon moyen pour conserver les fruits", lance Christophe Dupic.
De l’eau-de-vie de mirabelles
Les Grallet installent alors un atelier de distillation dans leur exploitation. Entre les deux guerres mondiales, Jean Grallet développe le verger pour valoriser l’ensemble de la production fruitière et prolonger l’activité de l’entreprise pendant l’hiver. Puis Hubert Grallet reprend l’exploitation en 1973 : le dirigeant augmente la production d’eau-de-vie et se lance dans la commercialisation en bouteilles auprès d’une clientèle de cavistes, de restaurateurs et d’épiceries fines. "Avant, nous faisions du vrac", précise Christophe Dupic.
Après avoir repris le flambeau en 1997, Sabine Grallet Dupic crée alors la marque Maison de la Mirabelle, en 2002. Avec son époux Christophe, elle commercialise sous ce nom des parfums créés à partir de fleurs de mirabelliers ainsi que plusieurs de ses alcools. "Aujourd’hui, nous vendons près de 30 000 bouteilles de mirabelle par an", chiffre le dirigeant.
Un tournant dans les années 2000
Après l’arrivée de Christophe Dupic dans l’exploitation en 2002, le couple de dirigeants décide de se lancer dans la production de whisky, avec sa deuxième marque, Whisky Rozelieures. "Toutes les conditions étaient réunies : nous sommes la première région française d’orge à malt, nous avons dans la région les principaux acteurs du malt comme le groupe Soufflet et Malteurop, nous avons d’importantes brasseries comme Champigneulles et Obernai. À Nancy, il y a également l’École nationale supérieure d’agronomie et des industries alimentaires (ENSAIA). Nous sommes aussi dans une région thermale, avec une eau d’une grande qualité et nous sommes proches de l’un des plus importants massifs forestiers", énumère Christophe Dupic.
Une production presque autonome
En 2007, l’exploitation commercialise pour la première fois quelques fûts, puis la production croît chaque année, à mesure que l’entreprise s’équipe. Les exploitants souhaitent se lancer dans le whisky parcellaire, qui nécessite de prendre en compte la nature géologique des sols entourant la distillerie. Pour cela, la distillerie Grallet-Dupic doit maîtriser l’ensemble du processus de fabrication et ainsi atteindre une quasi autonomie. "En travaillant avec de grosses malteries, nous ne pouvions pas faire de traçabilité. Nous avons dû développer une malterie puis une brasserie", se souvient Christophe Dupic.
Le tout est alimenté par une énergie presque entièrement générée par l’exploitation. En 2012, la distillerie Grallet-Dupic a en effet investi 2 millions d’euros dans un méthaniseur, avec deux agriculteurs. "Il couvre 80 % des besoins de l’exploitation", indique le dirigeant.
Compenser la part des anges
En 2023, l’entreprise monte à nouveau en puissance en multipliant par près de 2,7 ses capacités de production en whisky. "Au total, nous avons dû investir près de 20 millions d’euros ces dernières années", compte le dirigeant. Un coup d’accélérateur qui devrait permettre à l’exploitation de faire vieillir de plus en plus de ses whiskys. "Il y a la part des anges : environ 3 % du fut s’évapore tous les ans. En 10 ans, cela fait environ 25 % du volume du fut. Pour vendre à un volume au moins égal, il fallait que nous augmentions nos capacités", justifie Christophe Dupic.
Un whisky s’exportant dans 38 pays
Lancée à l’export "depuis six à sept ans", d’après le dirigeant, la distillerie Grallet-Dupic fonctionne avec un distributeur par pays. "Nous sommes passés par l’Allemagne en premier, puis par la Belgique et le Luxembourg. Aujourd’hui, nous exportons notre whisky dans 38 pays", annonce Christophe Dupic.
L’entreprise s’apprête déjà à conquérir de nouveaux pays, dont elle ne communique pas les noms pour l’heure. Et, pour poursuivre cette montée en puissance, la sixième génération de Grallet-Dupic est déjà dans les rangs : "Maxime a rejoint l’entreprise il y a trois ans, il entre progressivement au capital", annonce le dirigeant.