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Du calvados au gin, le domaine du Coquerel distille son savoir-faire dans les spiritueux
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Du calvados au gin, le domaine du Coquerel distille son savoir-faire dans les spiritueux

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Depuis 1937, la distillerie normande Coquerel perpétue son savoir-faire dans la fabrication du calvados, cette eau-de-vie à base de pommes typiquement normande. Depuis 2014, Pierre Martin-Neuhaus l’actuel dirigeant, innove et étend sa gamme à d’autres spiritueux en continuant de promouvoir l’excellence.

650 000 bouteilles de calvados, 80 000 bouteilles de gin ont été produites en 2023, pour 5,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 25 % sur un an — Photo : Ingrid Godard

Avec son calvados millésimé ou encore vieilli dans des fûts d’autres alcools, mais aussi des gins aux saveurs épicées ou aux teintes d’agrumes, la distillerie du Coquerel ne cesse de créer des spiritueux haut de gamme. Installée à Grandparigny, dans le Sud Manche, c’est une institution normande en matière de fabrication de Calvados. Mais au fil des années, l’entreprise a su se diversifier pour toucher une nouvelle clientèle : aujourd’hui, non seulement elle produit du calvados ou du gin, mais elle livrera bientôt du rhum et du whisky également.

Diversifier pour redynamiser l’entreprise

650 000 bouteilles de calvados, 80 000 bouteilles de gin ont été produites en 2023, pour 5,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 25 % sur un an — Photo : Ingrid Godard

Diversifier les alcools est un moyen de redynamiser la distillerie et de séduire une nouvelle clientèle pour promouvoir sa production de calvados. Pierre Martin-Neuhaus, l’actuel dirigeant, a souhaité élaborer de nouvelles recettes pour son calvados et ainsi remettre cette eau-de-vie de pomme au goût du jour et à la carte des restaurants. Il a créé une sélection de "finish" qui permet d’exploiter de nouvelles notes aromatiques et gustatives de cet alcool selon les fûts utilisés. Ainsi, il a élaboré des affinages en fûts de bourbon, de porto ou encore en fut de rhum qui accentuent les notes distinctes et singulières à chaque cuvée.

C’est avec la brasserie parisienne Fauve connue des milieux branchés avec son bar du 11e arrondissement et spécialisée dans la bière Craft c’est-à-dire une bière artisanale, brassée en petites quantités qu’est né un premier partenariat. En résulte une nouvelle référence "Finish Fauve" qui amorce la collection "Discovery Serie", une gamme expérimentale.

Oser le gin et le rhum

Le chiffre d’affaires de l’entreprise en 2023 est de 5,6 millions d’euros et affiche une progression de 35 % depuis 2015. "Nous sommes en perpétuelles recherches pour proposer de nouvelles expériences de dégustation, explique Pierre Martin-Neuhaus, j’ai donc réfléchi dès 2015 à élaborer du gin, un alcool très consommé et très tendance, ce qui a permis de nous ouvrir à d’autres marchés."

Contrairement au Calvados, le gin est un alcool blanc qui ne nécessite pas de vieillissement et permet un retour sur trésorerie plus rapide mais c’est aussi un alcool qui s’accommode de variantes aromatiques. "En 2015, nous avons débuté par des micromacérations et des microdistillations, un challenge car on ne travaillait que le calvados". Depuis, cinq gins baptisés "Normindia" sont proposés avec de nouvelles recettes, comme des accords pamplemousse, orange ou encore d’épices. Chaque année, 80 000 bouteilles de gin sont produites sur le site normand.

Cet hiver, un rhum fera donc également son apparition, issu d’une distillerie écoresponsable de Colombie. Quant au whisky, il devrait s’afficher à sa carte en fin d’année.

La 3e génération à la tête de l’entreprise

La distillerie représente 13 % de parts de marché du calvados. 70 % de son chiffre d’affaires est réalisé à l’export — Photo : Ingrid Godard

Créée en 1937, par René Gilbert et sous l’appellation "Calvados Gilbert", l’entreprise sort les premières bouteilles de calvados de la distillation à Grandparigny. Le manoir du Cocquerel est acheté en 1942 et la marque "Domaine du Coquerel" naît. En 1971, François Martin, grand-père de l’actuel dirigeant, et la société Asbach & Cie acquièrent le domaine. Durant les premières années, ils constituent des stocks importants de grand calvados. Ils rénovent la cidrerie, l’agrandissent et bâtissent de nouveaux chais de vieillissement. Ils font alors l’achat de plusieurs milliers de barriques de chêne français neuves et de réemploi ayant notamment préalablement contenu du cognac, du pineau des Charentes ou des vins mutés. Les ventes de la distillerie augmentent alors rapidement en France et à l’étranger pour dépasser le million de bouteilles commercialisées à la fin des années 1980. La distillerie Coquerel se voit décerner à quatre reprises le grand prix d’honneur du président de la République Française récompensant la plus belle cave de calvados.

En 1991, United Distillers, devenu aujourd’hui Diageo, fait l’acquisition du domaine et de son savoir-faire. C’est en 1996 que le fils de François Martin, Jean-François, revient aux commandes en rachetant l’entreprise au géant anglais de spiritueux après y avoir travaillé plusieurs années comme directeur. Depuis 2014, Pierre Martin-Neuhaus, troisième génération, a repris les rênes, et s’il marche dans les pas de son père et de son grand-père, il a su très vite faire souffler un vent de fraîcheur et de créativité mais aussi moderniser son outil de production et s’ouvrir à la fabrication d’autres spiritueux.

Packaging écoresponsable

Tout est préparé dans le manoir, "des pommes jusqu’à l’expédition" — Photo : Domaine du Coquerel

Tous les nouveaux produits ont aussi été l’opportunité de faire un packaging diffèrent et de séduire de nouveaux consommateurs plus jeunes. "Le calvados souffre de mauvaise réputation, explique Pierre Martin-Neuhaus. Un alcool étiqueté désuet, pas forcément qualitatif, alors que c’est tout le contraire. C’est un produit frais, fruité rond et gourmand qui a le goût de sa matière première la pomme."

650 000 bouteilles de calvados par an

Il en vend annuellement 650 000 bouteilles. Tout est préparé dans le manoir, "des pommes jusqu’à l’expédition". Une vraie fierté pour l’entreprise familiale, qui emploie près de vingt personnes. La production et commercialisation de cette eau-de-vie normande permettent au domaine d’affirmer un rayonnement à l’international, avec 70 % de sa production écoulée à l’export dans plus de 30 pays, des États-Unis au Canada, au Japon ou encore vers les pays nordiques comme la Finlande, le Danemark ou la Norvège mais aussi l’Afrique pour des restaurants gastronomiques.

"Nous récoltons les pommes des 200 agriculteurs à une vingtaine de kilomètres à la ronde de notre entreprise, utilisons du papier recyclé pour nos étiquettes et faisons appel à un verrier proche de notre site de production, ce qui nous permet d’afficher un bilan carbone négatif de 3 kg de CO2 par bouteille" conclut le chef d’entreprise, qui ne compte pas en rester là et réfléchit sans cesse à inventer.

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