Pierre Martin-Neuhaus, à la tête de l’entreprise du Domaine du Coquerel, depuis 2014, installée à Grandparigny, dans le sud Manche est un créatif. S’il marche dans les pas de son père, il a su très vite moderniser son outil de production et s’ouvrir à la fabrication d’autres spiritueux. Dans quelques semaines, un rhum va faire son apparition, issu d’une distillerie écoresponsable de Colombie. Un whisky devrait aussi s’afficher à sa carte en fin d’année. Le chiffre d’affaires de l’entreprise en 2023 est de 5,6 millions d’euros et affiche une progression de 35 % depuis 2015.
80 000 bouteilles de gin produites chaque année
En perpétuelle recherche pour proposer de nouvelles expériences de dégustation, Pierre Martin-Neuhaus a réfléchi, dès 2015, à élaborer du gin. "Un alcool très consommé et très tendance, ce qui a permis de nous ouvrir à d’autres marchés", précise-t-il.
Contrairement au Calvados, le gin est un alcool blanc qui ne nécessite pas de vieillissement et permet un retour sur trésorerie plus rapide mais c’est aussi un alcool qui s’accommode de variantes aromatiques. "En 2015, nous avons débuté par des micro-macérations et des micro-distillations, un challenge car on ne travaillait que le calvados". Depuis, cinq gins baptisés "Normindia" sont proposés avec de nouvelles recettes, comme des accords de pamplemousse, orange ou encore d’épices. Chaque année, 80 000 bouteilles de gin sont produites sur le site normand.
Innover en sublimant les fondamentaux de la maison
Diversifier les alcools est un moyen de redynamiser la distillerie et séduire une nouvelle clientèle pour promouvoir sa production de calvados. Pierre Martin-Neuhaus a souhaité élaborer de nouvelles recettes pour son calvados et ainsi remettre cette eau-de-vie de pomme au goût du jour et à la carte des restaurants. Il a créé, en 2022, une sélection de "finish" qui permet d’exploiter de nouvelles notes aromatiques et gustatives de cet alcool selon les fûts utilisés. Ainsi, il a élaboré des affinages en fûts de bourbon, de porto ou encore en fûts de rhum qui accentuent les notes distinctes et singulières à chaque cuvée.
"Le calvados souffre de mauvaise réputation. Un alcool étiqueté désuet, pas forcément qualitatif, alors que c’est tout le contraire"
Ces nouveaux produits ciblés ont aussi été l’opportunité de faire un packaging différent et de séduire de nouveaux consommateurs plus jeunes.
"Le calvados souffre de mauvaise réputation, explique-t-il, un alcool étiqueté désuet, pas forcément qualitatif, alors que c’est tout le contraire. C’est un produit frais, fruité rond et gourmand qui a le goût de sa matière première, la pomme." L’entreprise en vend annuellement 650 000 bouteilles. Tout est préparé dans le manoir, "des pommes jusqu’à l’expédition". Une vraie fierté pour l’entreprise familiale, qui emploie près de vingt personnes. La production et commercialisation de cette eau-de-vie normande permettent au domaine d’affirmer un rayonnement à l’international, avec 70 % de sa production écoulée à l’export dans plus de 30 pays, des États-Unis au Canada, au Japon ou encore vers les pays nordiques comme la Finlande, le Danemark ou la Norvège mais aussi l’Afrique pour des restaurants gastronomiques.
Un bilan carbone négatif
L’entreprise se veut également exemplaire en matière de développement durable. "Nous récoltons les pommes de 200 agriculteurs à une vingtaine de kilomètres à la ronde de notre entreprise, utilisons du papier recyclé pour nos étiquettes et faisons appel à un verrier proche de notre site de production, ce qui nous permet d’afficher un bilan carbone négatif de 3 kg de CO2 par bouteille" assure le chef d’entreprise, qui ne compte pas en rester là et réfléchit sans cesse à inventer.