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Yousign devient Youtrust et élargit ses ambitions
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Yousign devient Youtrust et élargit ses ambitions

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Créée à Caen en 2013, le spécialiste de la signature électronique Yousign va adopter le nom de Youtrust à l'été 2026. Un changement d'identité qui traduit une évolution stratégique profonde : celle d'un acteur qui ambitionne désormais de se positionner comme une plateforme européenne de référence de la confiance digitale.

Alban Sayag, directeur général de Yousign, compte doubler le chiffre d'affaires d'ici à 2029. — Photo : Yousign

Un nouveau chapitre s'ouvre pour la PME normande Yousign et ses 215 salariés. En changeant de nom, Youtrust entend clarifier son positionnement et se renforcer sur le marché européen des services de confiance numérique, dans un contexte de durcissement réglementaire et de montée des risques numériques. "Depuis deux ans, nous avons fait évoluer notre offre de la seule signature électronique à une plateforme de confiance digitale qui permet de sécuriser ses flux et ses transactions de bout en bout, explique Alban Sayag, directeur général de Yousign depuis 2023.

Être capable de vérifier les documents, s'assurer qu'ils ne sont pas falsifiés, valider l'identité des personnes physiques ou morales, puis signer : "tout cela doit fonctionner ensemble, et parfois dans des ordres différents selon les secteurs", poursuit-il. Créée en 2013 par Luc Pallavidino et Antoine Louiset, l'entreprise caennaise vise à faire de ces nouveaux usages de confiance digitale l'un de ses principaux relais de croissance à moyen terme.

Cap sur les 100 millions d'euros de chiffre d'affaires

Son chiffre d'affaires s'établit aujourd'hui entre 40 et 50 millions d'euros, avec une trajectoire de rentabilité attendue en 2026, après un exercice 2025 déjà proche de l'équilibre. À horizon 2028-2029, l'ambition est claire : atteindre 100 millions d'euros de revenus, maintenir une croissance annuelle supérieure à 30 %, et faire en sorte qu'un tiers du chiffre d'affaires provienne de produits hors signature électronique.

Ambitions en Europe

Autre priorité : l'international, exclusivement européen. Aujourd'hui, 15 % du chiffre d'affaires est réalisé hors de France, avec un objectif de 30 à 35% à moyen terme. "Nous n'avons pas de velléité de développement aux États-Unis ou en Asie. Nous sommes un acteur européen souverain, et il y a un besoin très fort de souveraineté sur ces sujets de confiance digitale", insiste Alban Sayag. Entre identités, contrats, documents critiques, les données que manipule l'entreprise sont extrêmement sensibles. "Les clients européens veulent désormais des plateformes souveraines", assure-t-il.

Pour les rassurer, la PME a fait entrer la banque publique Bpifrance à son capital lors de sa deuxième levée de fonds en juillet 2024. Historiquement très présente auprès des TPE et PME via une offre self-service de signature en ligne, l'entreprise réalise désormais environ la moitié de son activité avec des ETI, via des intégrations API et des parcours de confiance digitale plus complexes. "C'est la partie qui grandit le plus vite", souligne Alban Sayag. La PME revendique plus de 30 000 clients en Europe, principalement en France, en Allemagne et en Italie.

Ce repositionnement stratégique répond à l'élargissement des usages observés chez les clients, en particulier dans des secteurs fortement régulés qui s'emparent de ces nouvelles briques de confiance numérique. Les premiers secteurs à s'en saisir sont l'assurance, la banque et les fintechs, mais aussi les plateformes de facturation électronique, soumises à de fortes contraintes réglementaires. "Elles doivent contrôler le Kbis des entreprises, vérifier l'identité du représentant légal, garantir l'intégrité des factures. On leur a créé un parcours spécifique de bout en bout", détaille Alban Sayag. L'entreprise revendique déjà huit clients en France sur ces nouveaux cas d'usage. Autre verticale en croissance : l'intérim, où la multiplication des pièces justificatives impose des contrôles renforcés avant contractualisation.

Les nouveaux risques numériques

Cette évolution des usages a conduit l'entreprise à élargir progressivement son périmètre d'intervention. Après une décennie de digitalisation massive des processus métiers, les entreprises ont gagné en efficacité, mais cette transformation a également fait émerger de nouvelles vulnérabilités, entre fraude documentaire, usurpation d'identité, deepfakes, contestation de signatures… C'est ce qu'explique le directeur général de Yousign : "L'accélération des usages numériques s'est accompagnée d'une montée en puissance des risques, eux-mêmes amplifiés par l'IA. On peut maintenant générer facilement un faux bulletin de salaire, un faux RIB, un faux Kbis. C'est très simple, et on peut le faire à très grande échelle".

Faux bulletin de salaire, RIB, Kbis... : "L'accélération des usages numériques s'est accompagnée d'une montée en puissance des risques, eux-mêmes amplifiés par l'IA", constate Alban Sayag — Photo : Golubovy

C'est pour répondre à ces nouvelles vulnérabilités que l'entreprise caennaise s'inscrit désormais sur un marché bien plus large que celui de la seule signature électronique, à la croisée de la cybersécurité, de la conformité réglementaire et de l'identité numérique. Objectif : sécuriser l'ensemble des parcours digitaux critiques. Vérification d'identité (KYC), contrôle de documents, cachet électronique, orchestration de parcours réglementaires… : la signature devient une brique parmi d'autres d'un dispositif plus large.

De la signature à la "confiance de bout en bout"

Cette logique d'intégration vise aussi à répondre à une problématique très concrète du marché : la fragmentation des outils. "Jusque-là, les entreprises bricolaient leurs parcours avec une multitude de partenaires. Cela crée des parcours clients compliqués, des trous dans la couverture réglementaire, des difficultés à budgéter et à piloter les coûts, constate le dirigeant. Aujourd'hui, on fait partie des rares acteurs à proposer une plateforme de confiance digitale de bout en bout avec un seul partenaire", indique le dirigeant de l'entreprise caennaise.

À mesure que son périmètre d'activité s'est élargi, la question de l'adéquation de la marque s'est posée. Si l'offre évolue, la marque devait suivre. "On s'est rendu compte que c'était compliqué pour le marché de comprendre que l'on faisait plus que de la signature électronique, parce que dans notre nom, il y a sign", reconnaît Alban Sayag. "Même si la marque est connue et appréciée, le mot restreignait le champ de ce que nous faisons aujourd'hui". D'où la bascule progressive vers Youtrust, annoncée dès novembre 2025 et qui s'opérera officiellement à l'été 2026. Une transition assumée dans la durée, avec une identité intermédiaire ("Yousign, bientôt Youtrust") pour ne pas désorienter les clients. "On prend le temps de bien le faire, de bien l'expliquer au marché avant la bascule définitive".

Caen # Numérique # Cybersécurité # Stratégie # PME # International # Transition numérique