Depuis 2020, les cours internationaux du café, notamment l’arabica, ont atteint des niveaux historiquement élevés sous l’effet des aléas climatiques au Brésil et au Vietnam et des tensions logistiques mondiales.
Pour un torréfacteur produisant 7 600 tonnes par an, dont 5 000 tonnes sur le site de Strasbourg, chaque variation de prix se répercute mécaniquement dans les comptes. "Quand la matière première augmente, notre chiffre d’affaires brut augmente. Mais cela ne signifie pas que la rentabilité progresse dans les mêmes proportions", précise Nicolas Schulé, président de Sati, un groupe familial qui fête cette année ses 100 ans d’existence. Sati affiche en effet 100 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidés sur 2025, contre 68 millions d"euros en 2024.
Le grain, segment refuge
Dans ce contexte, Cafés Sati a trouvé un relais de croissance structurant : le café en grain. "Nous n’avons jamais arrêté le café en grain, même quand le marché poussait fortement le moulu. Aujourd’hui, cela nous donne un avantage."
Le segment a progressé de 30 % en tonnage annuel, et sous marque en propre, le café en grain représente désormais trois fois plus de volumes que le café moulu. Une dynamique portée par l’essor des machines automatiques domestiques et professionnelles.
Autre facteur déterminant : l’Allemagne, premier marché du groupe à l'export. Outre-Rhin, la taxe café, soit 2,19 euros par kg, renchérit les prix, ce qui favorise certains arbitrages d’achat. " Le consommateur allemand est habitué au café en grain. C’est un marché naturel pour nous. "
Deux sites, un ancrage européen
Le groupe s’appuie sur deux implantations : Strasbourg, site historique et cœur industriel, et Gdansk (Pologne), ouverte après 1989, qui représente aujourd’hui 30 % de l’activité. L’ensemble emploie 56 salariés en France et 90 en Pologne. "La Pologne nous permet de rayonner vers l’Allemagne et les pays baltes. C’est un pilier de notre développement européen.", explique Nicolas Schulé.
Automatisation et maîtrise industrielle
L’outil industriel strasbourgeois, modernisé à plusieurs reprises, est fortement automatisé : silos pilotés pour les mélanges, lignes capsules à 280 unités par minute, palettisation robotisée. "L’automatisation nous donne de la régularité et de la compétitivité. Mais la dégustation reste humaine. On contrôle en permanence les échantillons." Le café perd environ 20 % de son poids à la torréfaction et gagne en volume, modifiant sa densité. Une donnée technique qui influence les coûts et la logistique.
GMS dominante, pression permanente
La grande distribution représente 75 % du chiffre d’affaires de Sati, notamment via les marques de distributeurs."Les enseignes recherchent le triptyque prix-qualité-élargissement de gamme. Il faut être capable de répondre à tout", déroule le président. L’entreprise revendique d’ailleurs 15 % de parts de marché en Alsace via les centrales régionales.
Côté MDD, ce sont les labellisations bio ou équitables, avec des certifications type Rainforest ou Fairtrade qui l’emportent.
Transition énergétique et cap 2030
Labellisée PME + et Alsace Excellence, Cafés Sati mise sur la RSE avec une équipe de 8 personnes et des mesures déjà ancrées. Un partenariat avec les Jardins de la Montagne Verte, à Strasbourg, récompensé aux derniers Trophées RSE, permet par exemple un compostage des déchets du café.
Des investissements sont également prévus à l’orée 2030 : " Notre objectif serait d’aller vers une torréfaction électrique, peut-être solaire. Cela représente 4 à 5 millions d’euros d’investissement." Le projet inclut également l’extension des surfaces de production de 360 m² supplémentaires.