Strasbourg
Atmos Space Cargo lève 25,7 millions d’euros pour faire du retour orbital un service récurrent
Strasbourg # Aéronautique et spatial # Start-up

Atmos Space Cargo lève 25,7 millions d’euros pour faire du retour orbital un service récurrent

S'abonner

La start-up spatiale européenne Atmos Space Cargo, implantée à Lichtenau en Allemagne et à Strasbourg, a bouclé une levée de fonds de série A de 25,7 millions d’euros. Cette levée doit financer les prochains vols de sa capsule Phoenix 2, amorcer son activité dans la défense et préparer un véhicule de plus grande capacité, Phoenix 3.

Pierre Costes, directeur commercial d’Atmos Space Cargo, accompagne la montée en cadence commerciale de la start-up spatiale européenne, qui veut transformer le retour orbital en service récurrent depuis ses sites de Lichtenau et Strasbourg — Photo : Marine Dumeny

Atmos Space Cargo entre dans une nouvelle séquence. Après le vol de démonstration de Phoenix 1 en avril 2025, la société européenne, qui conçoit et fabrique des véhicules de transport orbital et de rentrée atmosphérique, vient de lever 25,7 millions d’euros en série A. "La concentration de la levée de fonds porte sur les trois prochains vols de Phoenix 2", précise Pierre Costes, directeur commercial d’Atmos Space Cargo.

Phoenix 2 n’est pas un avion spatial : le véhicule est placé en orbite par un lanceur, puis opère de manière autonome grâce à ses systèmes embarqués de propulsion et d’alimentation. Sa mission consiste à transporter des expériences, matériaux ou équipements en orbite basse, puis à les ramener sur Terre. La capsule pèse environ 500 kg, pour une capacité utile de 100 kg.

Cette enveloppe donne à l’entreprise environ deux ans de visibilité financière. Elle doit l’amener jusqu’à une première campagne commerciale, c’est-à-dire une série de missions payantes : "un vol prévu en mars 2027, un deuxième à l’automne 2027, puis un troisième en 2028", déroule Pierre Costes. La levée ne finance toutefois pas seule l’ensemble du programme. Chaque vol Phoenix 2 doit aussi générer du revenu commercial, autour de 5 millions d’euros. "Le modèle repose sur une facturation au kilogramme embarqué, entre 45 000 et 50 000 euros", détaille le directeur commercial.

Un service privé pour la microgravité

Atmos veut se positionner sur un créneau jusqu’ici largement dépendant de la Station spatiale internationale : l’accès à la microgravité et le retour rapide d’expériences sur Terre. Selon Pierre Costes, près de 80 % des clients visés relèvent aujourd’hui des sciences de la vie et du « space manufacturing ». Biotech, laboratoires industriels ou pharmaceutiques, jeunes pousses cherchent à poursuivre ou accélérer des recherches déjà amorcées en orbite, autour de la cristallisation de protéines, de l’ingénierie tissulaire ou encore de pistes liées à l’immunothérapie.

L’enjeu est de transformer une opportunité rare en service récurrent. "Les clients souhaitent généralement rester entre un et trois mois en orbite pour leurs expériences biologiques. La redescente est intégrée au service : deux heures de désorbitation au large des Açores, récupération, puis transport jusqu’aux équipements frigorifiques", assure Pierre Costes.

Atmos revendique déjà un client signé, Space Cargo Unlimited, pour sept vols. L’entreprise indique aussi être en discussion avec une vingtaine d’autres clients potentiels pour les prochaines années. Les commandes et engagements déjà obtenus représenteraient "autour de 7 à 8 millions d’euros de futur chiffre d’affaires", selon Pierre Costes.

Une activité défense séparée

La levée sert aussi à amorcer Atmos Works, une entité dédiée aux clients gouvernementaux et à la défense. L’entreprise veut séparer les flux financiers, les équipes, la propriété intellectuelle et la gouvernance de cette activité. Le sujet est sensible : certains besoins exprimés par les États imposent une confidentialité accrue.

Les applications envisagées vont du transport de biens militaires au retour sécurisé de matériels ou de données sensibles. Atmos met notamment en avant son décélérateur atmosphérique gonflable, une structure déployable qui se comporte comme un bouclier thermique et un frein aérodynamique lors de la rentrée dans l’atmosphère. Cette technologie pourrait, à terme, permettre d’atteindre n’importe quel point du globe en moins de 60 minutes.

Phoenix 3, en développement, doit répondre à cette montée en puissance. Sa capacité visée, environ une tonne de charge utile, serait dix fois supérieure à celle de Phoenix 2. Un changement d’échelle d’abord tiré par les besoins en défense, mais aussi par des missions capables d’agréger plusieurs clients à bord d’un même véhicule.

Strasbourg doit monter en puissance

L’implantation française d’Atmos est appelée à prendre davantage de poids. Aujourd’hui, l’entreprise compte près de 80 salariés en Allemagne et 10 à Strasbourg. Elle vise 130 à 140 salariés au total d’ici la fin de l’année, dont 20 à 25 à Strasbourg. Les recrutements porteront sur le développement commercial, la fabrication et les profils techniques, alors que l’intégration de Phoenix 2 doit commencer.

Le site alsacien répond à plusieurs enjeux : disposer d’un ancrage français dans un secteur spatial européen très institutionnel, se rapprocher du Centre national d’études spatiales, accéder à un vivier scientifique local et s’insérer dans un écosystème biotech et pharma. La logistique rhénane entre aussi dans l’équation. Phoenix 2 reste développé en Allemagne, tandis que Phoenix 3 pourrait l’être en France. Avec ses 4 mètres de haut et 15 mètres de diamètre, le futur véhicule impose déjà des contraintes de transport industriel.

Atmos reconnaît encore peu de partenariats locaux, mais cite des discussions à venir avec le tissu régional, notamment autour de Biovalley France et de l’écosystème biotech. Cette montée en puissance reste toutefois suspendue à la réussite de la brique technologique centrale de l’entreprise : son décélérateur atmosphérique gonflable. Ce système repose sur une réinjection d’air pendant la descente atmosphérique, afin de ralentir le véhicule et de protéger la capsule. Un choix qui doit permettre de récupérer plus vite les charges utiles, mais qui concentre encore une part du risque technique. "L’approche d’Atmos est d’aller vite, de récupérer les données, d’itérer et d’améliorer", résume Pierre Costes. Le prochain jalon sera donc très concret : réussir le vol de 2027, puis démontrer que le retour orbital européen peut devenir un service vendu mission après mission, et non plus seulement une prouesse technologique.

Strasbourg # Aéronautique et spatial # Start-up # Levée de fonds