Reprise en 2014 par son actuel dirigeant, Nicolas Violle, Etap-Lab ne comptait alors que 7 personnes pour 600 000 € de chiffre d’affaires. Depuis, la société de recherche sous contrat basée à Vandœuvre-lès-Nancy, en périphérie de Nancy, a changé de dimension. Pendant une décennie, la PME a enregistré un taux de croissance annuel moyen de 15 % pour atteindre aujourd’hui un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros, réalisé grâce à une équipe de 45 collaborateurs, dont une quarantaine de scientifiques, répartis sur les sites de Nancy, Marseille et Caen.
Une trajectoire de croissance
Cette expansion a été portée par une stratégie de spécialisations pointues, autour de la recherche sur le système nerveux central ainsi que dans le domaine de la dermatologie, mais aussi des extensions géographiques successives. En 2017, l’entreprise a créé l’établissement secondaire Strok@lliance à Caen, focalisé sur les pathologies neurovasculaire. Fin 2023, Etap-Lab a réalisé l’acquisition de la société Syncrosome à Marseille, reconnue pour ses compétences en pharmacologie cardiovasculaire. L’ensemble de ses savoir-faire, mondialement reconnus, permettent à la société lorraine de réaliser "entre 60 % et 70 % de son activité à l’export", précise Nicolas Violle, auprès de start-up biotech et de grands groupes pharmaceutiques cherchant à tester l’efficacité de leurs futurs médicaments avant la phase clinique.
Une offre structurée autour de quatre marques
Mais la multiplication des sites et des domaines d’expertises a fini par impacter la lisibilité globale de l’entreprise. "Avec notre croissance rapide, nous avions un peu perdu cette capacité à communiquer de manière hyperspécialisée auprès de nos clients", décrit Nicolas Violle. L’entreprise exploitait notamment trois sites internet distincts, créant de la confusion pour les clients. Depuis le 29 avril, le marketing est à nouveau structuré : nouveau site internet, nouvelle identité de marque pour Etap-Lab et restructuration de l’offre de l’entreprise autour de quatre marques, incarnant chacune un domaine d’expertise : Brainxplore pour les maladies du système nerveux central, Skinaxis pour la dermatologie, Strok@lliance pour les pathologies neurovasculaire et Syncrosome pour la pharmacologie cardiovasculaire.
Un cycle d’investissements "massifs"
En interne, cette nouvelle structuration transforme aussi en profondeur la gestion opérationnelle. "Auparavant, le pilotage se faisait site par site", dévoile Nicolas Violle. "Maintenant, nous avons un pilotage par marque, ce qui est beaucoup plus logique." Cette clarification intervient au terme d’un cycle d’investissements massifs, financé par emprunt bancaire. Entre l’extension du bâtiment de Caen, pour 2,5 millions d’euros, le rachat de Syncrosome pour 1,3 million d’euros et le programme de recherche France 2030 "BioDiamond" mené avec les Lyonnais de Netri pour développer des "cerveaux sur puce", pour 1,3 million d’euros, Etap-Lab a investi plus de 5 millions d’euros. Les travaux menés dans le cadre du projet "BioDiamond" devront permettre de placer la société lorraine comme un innovateur sur son marché : avec la start-up lyonnaise Netri, Etap-Lab pourra disposer d’un organe sur puce reproduisant un cerveau sain, pour y induire une maladie puis tester des candidats médicaments. Des recherches qui devront permettre dans un premier temps d’égaler les tests menés actuellement sur les animaux.
Un endettement qui va baisser "très vite"
Alors que le projet d’un nouveau bâtiment de 5,5 millions d’euros à Chavigny, à quelques kilomètres du siège actuel, a dû être reporté en raison du niveau actuel d’endettement de la PME, l’heure est au déploiement commercial. "Les deux prochaines années, et peut-être jusqu’à l’exercice 2028, vont être consacrées à tirer les fruits de nos investissements passés. Et notre niveau d’endettement va baisser très vite au cours des prochaines années", trace le dirigeant d’Etap-Lab. Ensuite, dès 2029, Nicolas Violle prévoit de relancer les projets : le nouveau bâtiment, ainsi que la stratégie de croissance externe.
Vers une ouverture du capital ?
Propriétaire de 51 % des parts de l’entreprise, le reste étant détenu par deux autres actionnaires qui sont aussi salariés d’Etap-Lab, Nicolas Violle n’exclut pas d’ouvrir le capital de sa société de recherche sous contrat pour financer les développements. "Nous savons que nous pouvons intéresser les investisseurs, notamment sur nos travaux en R & D", estime Nicolas Violle. Le marché de la recherche sous contrat est en effet en croissance partout sur la planète : 93 milliards de dollars ont été dépensés dans le secteur en 2025, et 2026 devrait se terminer sur près de 100 milliards de dollars injectés dans des dépenses de R & D des entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques. Les prévisions des analystes du marché, à l’image de Fortune Business Insights, tablent sur 200 milliards de dollars de dépenses dans le secteur en 2034.
Le marché américain qui se referme
Avec cependant des mouvements d’ampleur : "L’investissement privé chinois dans le domaine de la pharma a quasiment rejoint celui des États-Unis", décrit Nicolas Violle. "L’Europe, qui était dans les années 90 au coude à coude avec les États-Unis, se retrouve troisième en termes d’investissements." Hier perçu comme un vecteur de croissance pour les sociétés européennes de la recherche sous contrat, le marché américain se referme peu à peu sous le coup des mesures protectionnistes imposées par l’administration Trump. Concrètement, "le gouvernement américain conditionne désormais ses aides au fait que l’ensemble des travaux soit réalisé aux États-Unis", décrit le dirigeant d’Etap-Lab. Face à un marché américain plus difficile, Nicolas Violle a réorienté le travail de ses équipes vers l’Europe.