Qu’est-ce qui vous a décidé de lancer à Reims une agence de création, dans les domaines de la communication, de la publicité ou encore du marketing, qui revendique l’usage de l’intelligence artificielle générative ?
J’avais ce désir de faire les choses à ma sauce, et l’IA a complètement ouvert le champ d’action du studio que j’étais en train de lancer. J’ai découvert la puissance d’exécution de cette nouvelle technologie, mais je n’attendais rien sur la créativité. J’ai moi-même fait beaucoup de photos, de films et je connais le processus créatif. J’ai donc bien identifié comment intégrer l’IA, en bout de course. J’ai vu ça comme une révolution, mais pas comme quelque chose qui pourrait nuire au métier créatif. J’ai quitté l’agence de communication rémoise Horizon bleu en décembre 2024, j’ai pris un peu de temps pour moi, ma famille et pour structurer ma boîte en parallèle.
Vous êtes soutenu par la financière Colibri. Comment est structuré le financement ?
Le studio a été créé fin 2025 sous forme de SAS. Nous avons rapidement constitué un portefeuille clients dans les univers du champagne, de la gastronomie ou encore du lifestyle. La financière Colibri, soit la famille Placet, que je côtoie depuis longtemps, est rentrée au capital quand le projet a commencé à être plus clair. Ils ont été séduits par ce nouveau modèle d’agence hybride. Cela faisait sens de faire entrer une entreprise comme la mienne dans leur portefeuille de marques.
Pour quelle répartition de capital ?
Je ne donnerai pas de montant. Mais le deal, c’est que la financière m’accompagne sur la structuration de la société, le développement commercial et le réseau. Et moi, je me concentre sur le développement stratégique et la création.
Quel est l’objectif en termes de chiffre d’affaires ?
Sur la première année, entre 150 000 et 200 000 euros. À l’horizon 2027, avec des recrutements, on espère atteindre les 500 000 euros. C’est un marché volatil, et il y a beaucoup de pédagogie à faire avec les annonceurs, mais ils sont friands de la manière dont j’aborde le sujet de l’IA.
"Je dépense environ 1 000 euros par mois dans l’usage de ces outils, surtout pour la vidéo."
Quels profils souhaitez-vous recruter et combien ?
J’aimerais embaucher deux ou trois créatifs d’ici 2027. Des créatifs qui ont un vécu en agence, sans IA, mais qui ont cette même appétence et curiosité pour l’outil, ou des plus jeunes que je pourrais former.
Vous implémentez l’IA dans votre processus créatif, mais quels outils utilisez-vous actuellement ?
Je vais vous décevoir : trois ou quatre IA, pas plus (Midjourney, DALL-E, Veo 3 et Kling AI…). Je dépense environ 1 000 euros par mois dans l’usage de ces outils, surtout pour la vidéo. Derrière, je fais beaucoup de post-production, notamment avec Photoshop. L’IA, c’est pour moi une banque d’images à ma main. Je continue de faire de la veille. Votre équation créative réside dans la musique que vous écoutez, les films que vous voyez, les voyages que vous avez faits, les gens que vous avez rencontrés…
"L’idée serait de poser mon cerveau dans l’IA. Elle s’entraînerait avec mes propres créations. Nous envisageons une levée de fonds pour cela"
Envisagez-vous de créer votre propre outil IA ?
Oui, j’envisage de créer un outil qui puisse tourner sur nos propres serveurs, en local. L’idée serait de poser mon cerveau dans l’IA. Elle s’entraînerait avec mes propres créations. Nous envisageons une levée de fonds auprès des banques, le moment venu, pour cela. D’ici trois à quatre ans, avec un serveur dédié et une méthode de travail, pourquoi pas imaginer monter un studio à Toulouse ou Paris ? Être associé avec une financière, c’est aussi se voir ouvrir des portes au niveau bancaire.
"Je travaille à partir de mes créations et j’utilise l’IA en bout de processus, par exemple, pour animer une image"
Comment gérez-vous la question des droits des contenus que vous produisez pour vos clients ? Aujourd’hui, en France, le code de la propriété intellectuelle ne protège que les œuvres créées par l’humain.
Je considère qu’il n’y a aucun problème de droits parce que ce sont mes créations. Mon avantage, c’est que j’ai 25 ans de métier, donc je travaille à partir de mes créations et j’utilise l’IA en bout de processus, par exemple, pour animer une image. Quelqu’un qui fait un prompt, sort une image et la vend, c’est en effet différent. Mais, pour tout ce qui est logo, design graphique, je n’utilise jamais l’IA.
"Mes clients me disent que mon travail, ce n’est pas de l’IA, mais de la direction artistique."
Comment protéger votre travail puisque vous intégrez vos créations dans les IA ?
Je ne le protège pas. Cela fait partie du jeu de "nourrir la bête". Certains collaborateurs chez mes clients se sont amusés à prompter pour essayer d’obtenir ce que j’avais créé. Ils n’ont pas réussi. Parce que c’est un processus créatif propre.
"Le passage aux appareils numériques était déjà une révolution. Pourtant, il n’a pas fait naître des millions de bons photographes"
Mes clients me disent que mon travail, ce n’est pas de l’IA, mais de la direction artistique puisqu’il y a une ligne créative que j’avais déjà avant. Je pense aussi qu’il y a là une limite entre les jeunes et les "vieux", comme moi.
C’est-à-dire ?
Nous, les quinquas, allons gagner le match. C’est une boutade, bien sûr. Je ne fais pas de l’anti-jeunisme. Mais, nous avons l’expérience et le recul sur l’image, sur une façon de monter, de décliner, de poser la lumière, etc. Quand vous n’avez jamais tourné ou filmé, vous ne savez pas tout ça. J’ai presque envie de vous dire que nous sommes les plus à même d’utiliser l’IA comme un outil et pas comme une fin en soi. Notre génération a quand même connu toutes les révolutions techniques. Le passage aux premiers appareils numériques, c’était déjà une révolution. Pourtant, il n’a pas fait naître des millions de bons photographes.
Et si l’IA s’avère une bulle et explose ?
Je ressortirai l’appareil, j’irai prendre des photos, je ferai des montages sur Photoshop et j’aurai autant d’idées qu’avant. C’est bien là la différence. Ce n’est pas l’IA qui a les idées, mais moi. L’IA est "juste" un outil pour arriver à mes fins et réaliser mes idées.